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23 octobre 2008

Comment le PS tient la force atomique

Les experts planchent sur le futur mix énergétique belge. Le PS est prêt à prolonger les centrales. Sur base d'avis scientifiques. Et sans se laisser intimider par Ecolo.
Joëlle Milquet et le CDH ont pris position, samedi, pour une prolongation de la durée de vie du parc belge de centrales nucléaires au-delà de 2015. Avec ce virage clair, les humanistes se sont rangés aux côtés de l'Open VLD et du CD&V - deux partis qui plaident pour le maintien des centrales belges. Le MR, même s'il n'est pas (encore) ouvertement revenu sur la loi de sortie du nucléaire, devrait se rallier in fine à ces trois partis. Et le PS ?
Le parti socialiste est aujourd'hui le seul des cinq membres de l'équipe Leterme à entretenir le suspense sur sa position. Or, le PS détient les clés du ministère de l'Energie. Et Paul Magnette refuse de se laisser pousser dans le dos par ses collègues de gouvernement pour des "raisons électoralistes". Conformément à l'accord de gouvernement de mars 2008, une commission a été mise en place par le ministre de l'Energie et doit plancher sur le mix énergétique le mieux adapté à la Belgique. La commission devra remettre ses conclusions "courant 2009" pour permettre, ensuite, au gouvernement de poser un choix. Cette commission ne remettra pas un seul scénario : elle formulera plusieurs hypothèses de combinaison énergétique.
Il est cependant hautement improbable que ce choix soit posé avant les élections de juin 2009. Formulé platement : "on ne sera pas dans les temps , assure, sous couvert d'anonymat, un observateur du dossier. Et si c'est pour arriver trois semaines avant les élections avec ce dossier, autant reporter sereinement la prise de décision" .
La commission est composée d'experts belges et internationaux. Rayon belge, se retrouvent des représentants de la Creg, du SPF Economie, de la DG Energie, du Bureau du Plan ainsi que de la Banque nationale. Au niveau des techniciens internationaux, chacun des membres retenus fait autorité dans le domaine énergétique : l'économiste français Jacques Percebois côtoie un expert italien, un Anglais et un Allemand. Les experts disposent à présent de l'ensemble des documents nécessaires pour entamer leurs travaux, et leur première réunion est formellement prévue courant du mois de novembre.
"Pas d'idéologie préconçue"
Le ministère de l'Energie est déterminé à faire respecter à la lettre l'application de l'accord de gouvernement : il n'y aura pas, y assure-t-on, d'anticipation de la prise de décision pour des raisons politiques. "Les choix politiques doivent être objectivés par des avis techniques", martèle-t-on au ministère de l'Energie.
Reste que la décision de fond - si le calendrier reste à déterminer - ne fait guère de doute : le parc nucléaire belge devrait bien voir sa durée de vie prolongée. Le ministre de l'Energie himself est dit partisan d'une transition énergétique organisée. Mais "nous n'avons pas d'idéologie préconçue sur la question nucléaire, expose un responsable socialiste. Nous n'avons pas de doctrine. Le CDH est pour le nucléaire, Ecolo est contre. Nous avançons en fonction des études scientifiques, en particulier sur la gestion des déchets radioactifs". Un autre : "Nous n'avons certainement pas peur des Ecolos. Ils ne nous dicteront aucun agenda. Suez et Electrabel non plus, d'ailleurs." Un troisième responsable dit : "Il n'y a pas trente solutions pour proposer une énergie bon marché aux citoyens. L'énergie nucléaire doit être utilisée."
"Ecolo est populiste"
Depuis l'opposition, les verts font feu sur les partisans de l'atome. "Ecolo, relève-t-on au parti socialiste, est devenu un parti populiste. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour pomper les électeurs du PS." Si le parti socialiste déverrouille effectivement le parc des centrales nucléaires belges, il entend le faire sans se laisser mettre dans les cordes par les verts. C'est que la bataille sur la gauche et le centre de l'échiquier politique s'annonce sanglante dans la perspective des Régionales de 2009 entre PS, Ecolo et CDH. "On ne va certainement pas sombrer dans le populisme, conclut un cadre rouge. D'ailleurs, si c'était le cas, nous aurions déjà donné le feu vert à la poursuite du nucléaire : l'atome a le vent en poupe pour le moment."

28 août 2008

Incident nucléaire à l'IRE: l'alerte trop tardive

L'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) charge l'Institut des radioéléments (IRE) de Fleurus pour le délai qui s'est écoulé entre l'incident nucléaire, qui s'est déclaré le week-end dernier, et l'alerte lancée auprès de l'Agence. "Il leur a fallu près de deux jours pour nous avertir", remarque Willy De Roovere, directeur de l'AFCN, cité jeudi dans le quotidien Le Soir."C'est un problème de culture de sécurité, qui fait défaut depuis longtemps à Fleurus", explique encore M. De Roovere. Selon l'AFCN, le seuil d'alarme avait déjà été franchi dimanche matin. "Les courbes des graphiques montrent une augmentation progressive de la radioactivité depuis samedi au niveau de la balise de la cheminée de l'IRE", note le directeur de l'AFCN.Le ministre du Climat et de l'Energie Paul Magnette avait indiqué que l'IRE avait averti l'AFCN "aussitôt" l'incident détecté. L'AFCN est alors descendue à Fleurus dès mardi matin.

19 juillet 2008

Série noire dans l'industrie nucléaire

Trois incidents en dix jours dans ou aux abordsde centrales : du jamais vu. Les autorités dédramatisent et appellent à la modération, mais les associationsne décolèrent pas. La "diplomatie nucléaire"de l'Elysée embarrassée ?
S écurité et transparence". Lors d'une conférence de presse organisée en catastrophe vendredi, Jean-Louis Borloo a promis de "remettre à plat les dispositifs d'information, d'analyse et de sécurité" dans l'industrie nucléaire, qui a été le théâtre de trois incidents ces dix derniers jours. Le ministre de l'Ecologie n'en a pas moins ostensiblement affecté le plus grand calme, et a appelé l'opinion, les médias et les associations à la modération. "Ne mélangeons pas transparence et diffusion d'inquiétudes", a-t-il exhorté. "Ne surdimensionnons pas, ne surréagissons pas".
Le dernier incident en date a été signalé vendredi à Roman-sur-Isère (Drôme). La rupture d'une canalisation souterraine dans une fabrique de combustible nucléaire a causé "un épanchement d'uranium d'une quantité comprise entre 120 et 750 grammes". Précédemment déjà, des effluents contenant 74 kilos d'uranium s'étaient accidentellement échappés d'une cuve d'une usine de traitement de déchets nucléaires du site du Tricastin (Vaucluse). Sur le même site, quelques jours plus tard, quatre points de concentration en uranium anormalement élevés ont été repérés dans une nappe phréatique. Cette pollution-là proviendrait de déchets nucléaires militaires enfouis il y a quarante ans.
La série noire, en fait, avait commencé au mois de mai, lorsque le chantier de construction du réacteur EPR à Flamanville (Manche) avait dû être interrompu à cause d'"anomalies" dans le coulage du béton du réacteur nucléaire.
Un manque de "rigueur"
En termes de gravité, ces incidents, a rappelé Jean-Louis Borloo vendredi, ne sont que de niveau 1, soit le plus faible échelon d'une échelle qui en compte sept. Il se produit chaque année une centaine d'incidents de ce type.
Toutefois, leur multiplication en un laps de temps aussi réduit est une première. Le ministre de l'Ecologie y voit un manque de "rigueur" de la filière, en tout cas en ce qui concerne le traitement des effluents ou de l'eau des centrales nucléaires.
Le gouvernement envisage d'accroître et de renforcer les contrôles effectués par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le "gendarme du nucléaire". En attendant, il a ordonné une inspection de toutes les nappes phréatiques situées à proximité de centrales.
Certaines explications données par les autorités n'ont rien de rassurant. Ainsi, la canalisation qui a rompu dans la Drôme était "défectueuse depuis longtemps". De même, la cuve en cause au Tricastin aurait en fait été fissurée "depuis quinze mois". Et en 2007 déjà, des mesures inhabituellement hautes avaient été effectuées dans les déchets nucléaires enfouis non loin de la centrale. Autant d'éléments qui en disent long sur la fiabilité et le suivi des contrôles dans ce secteur.
La situation, en tout cas, est apparue suffisamment grave à l'ASN pour qu'elle ordonne la suspension de l'activité de l'usine du Tricastin, estimant "pas complètement satisfaisante" sa "mise en sécurité destinée à empêcher toute nouvelle pollution".
L'ASN a aussi déploré "des irrégularités" dans l'exploitation de l'usine et "des lacunes" en matière de transparence et d'information. Le directeur de la société a été limogé. Et des mesures de précaution ont été prises a posteriori (interdiction de consommation d'eau, des baignades, etc.), mesures qui, selon les associations, dépassent le cadre de simples incidents de niveau 1.
Des associations qui, évidemment, ne décolèrent pas. "Derrière ces incidents à répétition, se dessine la faillite de toute une filière dangereuse, coûteuse, polluante et mal maîtrisée", ex-ministre de l'Environnement Corinne Lepage juge que cette série noire met en lumière "un sous-investissement dans la sécurité, la protection de la santé humaine et de l'environnement". "Le politique a perdu le contrôle de la filière nucléaire", estime carrément l'association France Nature Environnement
"La culture du secret"
Les associations réclament davantage de contrôles, et que ceux-ci soient effectués par des organismes totalement indépendants. Les médias, critiques, dénoncent "la culture du secret", "démontrant que tout n'est pas aussi parfait qu'on le dit au royaume de l'excellence nucléaire". Ces incidents, écrivait un éditorialiste vendredi, ont même "de quoi refroidir l'ardeur nucléaire de l'exportateur Nicolas Sarkozy", qui, à chacun de ses déplacements à l'étranger, en profite pour vendre des centrales nucléaires françaises.
Ce n'est pas le seul dégât collatéral de cette série noire qui pourrait gêner le gouvernement. Le débat sur l'obsolescence du parc nucléaire est relancé : au lieu de construire un deuxième réacteur de la nouvelle génération EPR, ne faudrait-il pas remplacer les vieilles centrales ? Greenpeace, en tout cas, met la pression : pour l'ONG, le programme EPR doit être "stoppé en attendant qu'un vrai bilan de la filière nucléaire soit effectué".
Ces incidents à répétition pourraient aussi gêner les autorités dans leur ambition de privatiser bientôt le groupe nucléaire Areva, vu la crainte de certains milieux que la sécurité soit sacrifiée sous l'autel de la rentabilité. Sans parler de la décision que devait prendre le gouvernement cet été de désigner la commune française qui accueillera bientôt 170 000 m3 de déchets nucléaires. Ce n'était déjà pas une décision facile à prendre. Elle l'est encore moins désormais.

07 avril 2008

L’éclosion difficile du printemps de Magnette

C’est le 15 avril que sera lancé officiellement le « Printemps de l’environnement » par le Premier ministre Yves Leterme. Qu’est-ce donc là ? Un colloque de plus sur le développement durable ? Que nenni. Inspiré du Grenelle de l’environnement soutenu par Nicolas Sarkozy en France, ce vaste débat participatif associera pendant deux mois pouvoirs publics, partenaires sociaux et société civile dans un schéma inédit en Belgique.
Réchauffement climatique, énergies renouvelables, ressources naturelles, environnement-santé, modes de production et de consommation et transports : ces six thèmes formeront l’ossature de débats initiés par le ministre de l’Environnement et de l’Energie, Paul Magnette (PS). Tout est cependant loin d’être réglé puisque ni le calendrier ni le contenu des débats ne sont arrêtés à ce stade. Et le ministre régional wallon de l’Environnement Benoît Lutgen (CDH) n’a jamais caché son irritation face à un processus jugé trop vague. Ce lundi, justement, Benoît Lutgen rencontrera Paul Magnette sur la question.
Questionné ce dimanche sur l’état d’avancement du dossier, le ministre Paul Magnette veut rassurer toutes les parties : « L’implication des Régions est fondamentale dans ces matières. Je crois en un fédéralisme constructif. Je soumettrai moi-même lors du Printemps une série de propositions de décisions en matière de biodiversité et de climat que j’aurais pu adopter seul. Ma volonté, c’est que ce processus politique soit le plus collégial possible et tire les débats vers le haut. »
Entre autres écueils, le ministre Paul Magnette devra encore convaincre certaines ONG comme Inter-Environnement de monter dans ce bateau. Les environnementalistes ne veulent en effet pas jouer un rôle de faire-valoir pour avaliser, en bout de course, la création de groupes de travail… « J’ai rencontré les ONG et je leur ai garanti que l’idée est bien d’arrêter pour chaque thème une série restreinte de mesures concrètes, précise Paul Magnette. Tous les partenaires ont reçu un éventail de mesures possibles. La liste élargie à débattre et le calendrier des ateliers seront finalisés cette semaine. »

L'environnement inquiète les francophones

La dégradation de la qualité de l'environnement inquiète une majorité de francophones, loin devant le communautaire. A peine 34 % parient sur une amélioration.
Un baromètre exclusif et six jours d'enquête dans Le Soir.
L'édito : "De l'hiver communautaire au printemps vert"

Une courte majorité de francophones est favorable à l’idée de systématiser une fois par semaine la journée sans voitures.
De ce lundi jusqu'au samedi 12 avril, Le Soir livrera les principaux résultats de ce baromètre environnemental réalisé, en partenariat avec la RTBF, par Dedicated Research. Il a été conduit sur un échantillon de 1.205 personnes (502 Bruxellois et 703 Wallons) entre le 20 et le 31 mars. Ce sondage sera répété chaque année afin d'évaluer l'évolution des attentes et des comportements en matière d'environnement.
SIX JOURS D'ENQUÊTE
A l'approche du « Printemps de l'environnement » lancé par le gouvernement fédéral, six thèmes jalonneront cette semaine. Chaque jour, Le Soir passera en outre au scanner l'impact d'un objet du quotidien sur la planète.
Mardi, l'énergie. Les francophones souhaitent-ils prolonger le nucléaire ?
Mercredi, l'argent. Les Belges placent-ils leurs avoirs dans des fonds verts ?
Jeudi, la mobilité. Jusqu'à quelle limite êtes-vous prêt à rouler en voiture ?
Vendredi, la santé. Quel impact l'environnement exerce-t-il sur notre santé ?
Samedi, l'empreinte écologique. Quels gestes êtes-vous prêts à accomplir ?
Loin, très loin devant l'acuité des débats communautaires, la qualité de vie et la perception de sa dégradation sont au cœur des préoccupations de la population francophone. C'est un des enseignements majeurs que nous livre le nouveau baromètre annuel, commandé par Le Soir et la RTBF, sur les opinions des Bruxellois et des Wallons en matière environnementale. Réalisée entre le 20 et le 31 mars, cette étude conduite par Dedicated Research a bénéficié d'un taux de réponse de 68 % : « Un chiffre impressionnant qui témoigne s'il en est de l'intérêt de la population pour ce thème, précise Marc Dumoulin, directeur de l'institut de sondage. Et, fait frappant par rapport à d'autres thématiques, on retrouve désormais une grande homogénéité entre les catégories sociales quant à la sensibilité aux problèmes environnementaux. La seule différence demeure sans doute la plus grande préoccupation des femmes sur ces sujets. »
1 Une préoccupation majeure des francophones. Les sujets de préoccupation de la population vont majoritairement à des thèmes liés à la qualité de la vie. La question de la santé (72 %) précède de peu celle de la pollution (69 %). Et sur quatorze thèmes évoqués, cinq priorités liées à des politiques de bien-être et d'environnement figurent parmi les six premiers classés. Il convient à cet égard de noter que les Wallons manifestent de manière générale une plus grande préoccupation (de 5 à 20 %) sur tous ces thèmes que les Bruxellois.
2 Une mauvaise qualité de l'environnement. Fait édifiant, le baromètre laisse apparaître une très mauvaise perception par la population de la qualité de l'environnement (air, eau et sols). Pas un Wallon n'estime vivre actuellement dans un environnement de « très bonne qualité » et à peine 13 % jugent bonne la qualité de l'air, des sols ou de l'eau. Si cette perception est légèrement meilleure à Bruxelles, la qualité de l'environnement y est néanmoins perçue à 44 % comme « mauvaise ou très mauvaise » ! A peine 1 % des citoyens estiment vivre dans un environnement de « très bonne qualité ». L'avenir ? Il n'est pas très vert, si l'on en juge par les craintes formulées dans les deux tableaux publiés ci-contre. Quelque 44 % de la population pensent que la qualité de l'environnement va se dégrader dans les vingt ans. Et à peine 5 % considèrent que celle-ci sera fortement améliorée. « La notion de dangerosité, notamment en matière de pics de pollution, est acquise, précise Marc Dumoulin. D'ordinaire, le Belge a tendance à considérer que les choses vont s'arranger. Ici, le doute profond semble installé durablement. »
3 Une perception mitigée du réchauffement. « Il n'y a plus de saisons, madame ! » L'adage est connu mais il figure ici comme la première perception (35 %) spontanée des manifestations du réchauffement climatique. Globalement, les conséquences des changements climatiques (fonte de la calotte glacière, hausse du niveau de la mer, canicules) sont bien identifiées par la population. Bémol : les risques liés aux impacts humains du réchauffement (nouvelles maladies, migrations environnementales dans les pays pauvres voire extinction massive des espèces) n'ont pas encore franchi la rampe dans l'opinion. Du côté des causes, les connaissances demeurent mitigées. A côté de l'industrie, les transports routiers sont désormais pointés en deuxième place par les francophones. Mais la population minimise toujours l'impact des activités domestiques (chauffage, alimentation…), agricoles, voire de la déforestation sur le réchauffement.
4 Une attente vis-à-vis des pouvoirs publics. Pour 70 % de la population, le réchauffement est un « vrai problème qui risque de s'aggraver et dont il faut se préoccuper ». Comment ? Une majorité des francophones (72 %) considèrent que les pouvoirs publics doivent mener des actions autant au niveau des entreprises, de l'industrie, des pouvoirs publics eux-mêmes que des citoyens. Bref, chaque acteur doit être impliqué dans la bataille même si la population estime en faire encore trop peu à ce niveau. « Le Belge veut bien agir, mais pas tout seul, concède Marc Dumoulin. L'effort doit être collectif pour accepter des mesures au-delà des petits gestes qui atteignent leur limite en termes d'impact. »
5 Une incarnation faible du combat écologique. Aucune personnalité ne se dégage vraiment, côté francophone, pour incarner le combat environnemental sur la place publique. Lorsqu'elle évoque spontanément les personnalités associées à la cause écologique, la population pointe prioritairement une majorité d'élus écologistes. Mais ceux-ci ne dépassent guère 10 % du taux de réponses et la première personnalité de la société civile, Alain Hubert, est citée par à peine 9 % de personnes. Est-ce à dire qu'une place est à prendre, à l'instar de la France, où Nicolas Hulot personnifie ce combat ? Commentaire de Marc Dumoulin : « La personnalisation n'aide pas forcément à l'adhésion des valeurs. »

Les francophones disent « oui » au nucléaire
La question posée pour Le Soir aux Wallons et aux Bruxellois à l'occasion de la Semaine verte était claire : « Pensez-vous que l'énergie produite par les centrales nucléaires est une alternative acceptable pour lutter contre le réchauffement climatique ? » Surprise : à 61 %, les personnes interrogées répondent par l'affirmative.
Soixante et un pour cent. Coïncidence frappante, proportion identique, résultat opposé… Alors que, dans un sondage européen (Eurobaromètre de la Commission européenne) publié en mars, 61 % des citoyens du Vieux Continent « estiment que la part du nucléaire dans l'approvisionnement en énergie devrait être réduite en raison des problèmes liés aux déchets nucléaires et des risques d'accident », la consultation réalisée par Le Soir et la RTBF livre une issue inverse : 61 % des personnes interrogées en Wallonie et à Bruxelles répondent positivement à la question « Pensez-vous que l'énergie produite par les centrales nucléaires est une alternative acceptable pour lutter contre le réchauffement climatique ? ». Entre l'exercice continental et le sondage de la francophonie belge, les formulations diffèrent. Mais tendances et directions indiquées par les citoyens transparaissent clairement. Et s'opposent. La mise en exergue des déchets et des risques d'accident dans le premier, la dimension environnementale (la production d'électricité par fission atomique n'émet pas de CO2) ont-elles orienté les réponses ? Possible.
Ce sondage marque néanmoins une rupture par rapport aux nombreux exercices du genre : traditionnellement, le nucléaire est plutôt majoritairement décrié. Bémol : la plupart des consultations embrassaient l'ensemble du royaume.
L'absence des citoyens flamands explique-t-elle ce revirement ? Pas exclu – théoriquement, les déchets nucléaires seront stockés en Flandre…
Ces précautions n'enlèvent rien au résultat : les Bruxellois et les Wallons consultés se prononcent clairement en faveur d'une solution nucléaire à la problématique climatique. Un « plébiscite » qui pèsera dans l'orientation de la politique énergétique du royaume ?
Le débat est actuellement plus qu'ouvert. Si, en janvier 2003, le Parlement a voté une loi qui prévoit l'extinction progressive (entre 2015 et 2025) des sept réacteurs atomiques belges (trois à Tihange, quatre à Doel) qui représentent environ 60 % de la production électrique nationale, ce texte n'a cessé d'être contesté, remis en question, voire présenté comme inapplicable par de nombreux acteurs politiques ou économiques. Aussi, le gouvernement actuel a-t-il également décidé de commander la énième étude sur la question.
Ni les sociaux-chrétiens ni les libéraux (des deux côtés de la frontière linguistique) ne cachent leurs velléités de prolonger la durée de vie des deux centrales nucléaires belges. Un coup double : primo, cela soulagerait l'épineux problème d'approvisionnement qui se profile en cas de fermeture, secundo, ça permettrait de doper le budget (la prolongation serait monnayée).
Côté socialiste, la porte s'est entrouverte récemment au sud, mais reste fermée au nord.
Chez les écologistes, c'est « niet ». Au nord et au sud.
Reste que le gouvernement est une « orange bleue sanguine » (francophone). Autrement dit, plutôt nucléariste. Le résultat actuel apportera de l'eau à son moulin.

Climat : « il est urgent d'agir »
« Il est urgent d'agir », a déclaré ce lundi le ministre du Climat et de l'Energie, Paul Magnette, lors d'un colloque sur les effets des changements climatiques sur la santé, organisé à Bruxelles à l'occasion de la Journée mondiale de la santé.

Pour les différents intervenants issus du monde scientifique, il est indéniable que le dérèglement climatique a des conséquences sur la santé. Selon eux, il n'est pas trop tard pour réagir. Même si l'on ne peut encore identifier et prévoir toutes les incidences des changements climatiques sur la santé, les vagues de chaleur, les catastrophes naturelles et la pollution atmosphérique sont autant d'éléments qui menacent le bien-être de l'homme.
Selon M. Magnette, la problématique est déjà prise en compte en Belgique, au sein des différents plans fédéraux. Ainsi, le plan d'action national Environnement/Santé 2008-2013 devra inclure un projet « Climat et Santé » en 2009 et 2010, a précisé le ministre. Ce plan d'action comprend notamment la création d'un monitoring afin de mesurer les effets des changements climatiques sur la santé des Belges, tout en intégrant les facteurs sociaux.
« Par ailleurs, les causes structurelles de la pollution de l'air seront traitées dans le cadre du plan air fédéral 2008-2011 », que M. Magnette compte soumettre au gouvernement cette année. Ces différents sujets seront en outre abordés lors des ateliers du Printemps de l'Environnement, un vaste processus de concertation qui démarre la semaine prochaine.
Le ministre a également plaidé pour une politique drastique, structurelle et à long terme, de réduction des gaz à effet de serre. Mais peu de mesures efficaces peuvent selon lui être prises dans un cadre national, plébiscitant dès lors une action coordonnée avec les pays voisins et l'Europe.
Pour le Dr Philippe Marbaix, de l'UCL, « arrêter de détruire les forêts pourrait contribuer à faire diminuer les émissions ». Si l'on veut empêcher le phénomène de s'amplifier, il est nécessaire de diminuer les émissions de moitié au niveau mondial, au plus tard en 2050, a-t-il dit. Sous nos latitudes et sur le pourtour méditerranéen, les conséquences de ce réchauffement climatique sont doubles : une hausse des précipitations en hiver et une sécheresse en été, a-t-il expliqué.
Les maladies infectieuses, qui sont notamment transmises par des insectes dont l'existence dépend de l'environnement, peuvent par ailleurs s'étendre dans des parties du globe qui sont encore pour le moment épargnées. D'après les projections réalisées à l'heure actuelle, il s'agit toutefois d'une redistribution des zones affectées : on ne comptera donc pas plus de malades globalement, a indiqué le Prof Eric Lambin, du département de géographie de l'UCL.
Le Prof Herman Van Oyen, de l'Institut scientifique de Santé publique, a rappelé pour sa part que la canicule de 2003 avait fait de 1.250 à 1.300 tués en Belgique, principalement des jeunes enfants et des personnes âgées. En France, le nombre de décès dus à la vague de chaleur s'est élevé à 15.000. Depuis 2005, notre pays dispose d'un système de suivi et de surveillance permettant de prévoir ce type d'événement en vue de prévenir les populations à risque.
Le colloque, mis sur pied par le SPF Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement, en collaboration avec la Politique scientifique fédérale, avait pour but de mettre en lumière les effets possibles du changement climatique sur la santé, thème central de l'année du 60e anniversaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Plusieurs associations environnementales, comme Inter-Environnement Wallonie (IEW) pour le sud du pays et 11.11.11, active en Flandre, y étaient associées. « Il est important d'agir maintenant », a réaffirmé la représentante d'IEW. « Il n'est pas trop tard », a-t-elle ajouté en indiquant qu'on pouvait peut-être encore limiter cette hausse des températures.
Certaines mesures prises aujourd'hui en faveur de l'environnement ont des effets directs sur la santé, comme l'isolation des bâtiments offrant une meilleure qualité de l'air intérieur ou la limitation de l'usage de la voiture, qui peut apporter une solution à l'obésité en favorisant les déplacements à pied ou à vélo, a-t-elle conclu.

26 mars 2008

Paul Magnette doute de la sortie du nucléaire

Paul Magnette avait toujours maintenu que lui et son parti, une fois au gouvernement, soutiendraient la fermeture des centrales nucléaires comme cela avait été prévu.
S'il s'avérait que notre pays ne disposait pas de suffisamment d'alternatives énergétiques, l'ouverture des centrales nucléaires pourrait être prolongée de quelques années, estime mercredi le ministre du Climat Paul Magnette (PS), dans les colonnes du Morgen.
Paul Magnette avait toujours maintenu que lui et son parti, une fois au gouvernement, soutiendraient la fermeture des centrales nucléaires comme cela avait été prévu.
Les partenaires de la coalition orange-bleue avaient insisté auprès de Paul Magnette pour accorder un délai à la sortie du nucléaire. Le parti socialiste lui-même semble désormais prêt à une telle hypothèse.
Groen et le sp.a ne veulent pas discuter de cette nouvelle option. Pour les deux partis flamands de l'opposition, ce doute incessant constitue un coup fatal porté aux investissements en matière d'alternatives énergétiques.

Un pan de l'Antarctique a commencé à se désintégrer
Au cours des cinquante dernières années, la partie occidentale de la péninsule antarctique a enregistré la plus forte augmentation de température sur le globe.
Un pan de la banquise antarctique équivalent à près de quatre fois la superficie de la ville de Paris a commencé à se désintégrer sous l'effet de la rapidité du réchauffement climatique, a indiqué mardi le Centre national de la neige et de la glace de l'Université du Colorado (NSIDC). Selon des images satellite, cette désintégration porte déjà sur un pan de glace de 414 km2 faisant partie du plateau Wilkins et a commencé le 28 février par le soudain décrochage d'un iceberg de 25,5 km de long sur 2,4 km de large sur le flanc sud-ouest.
Ce mouvement a déclenché la désintégration d'un bloc de 569 km2 du plateau Wilkins, dont 414 km2 ont déjà disparu. Ce plateau, dont la superficie est de 12.950 km2 est actuellement soutenu par une bande étroite de glace de 5,6 km entre deux îles, a expliqué dans un communiqué Ted Scambos, responsable scientifique du NSIDC (National Snow and Ice Data Center).
Il s'agit de la plus grande banquise dans l'Antarctique. "Si les glaces continuent à reculer, cette bande de glace pourrait se désintégrer et nous perdrions alors probablement la moitié de la banquise de cette région au cours des prochaines années", a-t-il déclaré. Au cours des cinquante dernières années, la partie occidentale de la péninsule antarctique a enregistré la plus forte augmentation de température sur le globe avec une hausse de 0,5 degré Celsius tous les dix ans.
"Nous pensons que le plateau Wilkins existe depuis quelques centaines d'années mais l'air chaud et les vagues de l'océan provoquent sa dislocation", a expliqué Ted Scambos, qui a constaté pour la première fois cette désintégration en mars. L'été touchant à sa fin dans l'Antarctique, les scientifiques ne prévoient pas davantage de désintégration du plateau Wilkins dans les prochains mois. "Le spectacle est terminé pour cette saison, mais en janvier prochain nous allons observer attentivement pour voir si le Wilkins va continuer à se disloquer", a ajouté ce scientifique. Ces dernières années, la banquise bordant la péninsule antarctique a connu une dislocation rapide.
En 1995, le plateau Larsen A, long de 75 km et large de 37 km, s'est décroché puis fragmenté en icebergs dans la mer de Weddel. Le 19 mars 2002, un satellite de la Nasa observait l’effondrement de Larsen B, d’une surface de 3850 km2 et 200 mètres de haut qui contenait 720 milliards de tonnes de glace.
La fonte accélérée des glaces de l'Antarctique - plus 13.000 km2 de banquise ont disparu en cinquante ans - pourrait contribuer de façon importante à la montée du niveau des océans. Selon certaines projections au rythme actuel (+3 mm par an de 1996 à 2006), les océans pourraient avoir gagné 1,40 mètre d'ici la fin du siècle.

27 octobre 2007

Des photos du site nucléaire présumé



Est-ce un indice supplémentaire de la nature de l'opération menée par l'aviation israélienne le 6 septembre en Syrie ? Le centre d'études américain "Institute for Science and International Security" (Isis) a diffusé jeudi des photos satellite du site qui aurait été frappé nuitamment par les Israéliens, dans l'est de la Syrie, à 145 km de la frontière irakienne et à 780 mètres à l'est de l'Euphrate.

21 octobre 2007

L'Iran menace d'un déluge immédiat en cas d'agression

MAJ 21/10/07

Le départ de Larijani pourrait compliquer les discussions avec l'Iran

Saïd Jalili succède à Ali Larijani.L'Iran a assuré dimanche que sa politique nucléaire resterait inchangée après la démission surprise de son négociateur, Ali Larijani mais son successeur, Saïd Jalili, pourrait rendre encore plus difficiles les discussions avec les Occidentaux. "La démission de M. Larijani a été approuvée par le président, mais la politique de la République islamique d'Iran conserve un objectif inchangé", a dit le porte-parole de la diplomatie iranienne Mohammad Ali Hosseini lors d'un point de presse.

Depuis sa nomination au poste de secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale en août 2005, M. Larijani, qui a démissionné samedi, était l'interlocuteur privilégié de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et des Occidentaux pour tenter de trouver une solution négociée à la crise autour du nucléaire iranien. Il devait reprendre mardi prochain à Rome des discussions sur ce thème avec le Haut représentant pour la politique étrangère de l'Union européenne, Javier Solana, qui agit au nom des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité et de l'Allemagne. Selon M. Hosseini, il participera bien à ces entretiens, mais aux côtés de son successeur: "M. Jalili sera là, et M. Larijani sera là aussi, au titre de représentant du guide suprême", l'ayatollah Ali Khamenei. C'est ce statut qui faisait de M. Larijani un partenaire de poids dans les discussions que M. Solana a eu avec lui pour essayer de convaincre l'Iran de suspendre son enrichissement d'uranium. "Durant cette période, M. Larijani a toujours été considéré, en particulier à cause de sa désignation par le guide, comme un canal de contact fiable entre l'Iran et le monde", remarquait samedi un éditorial du site internet Tabnak, proche de l'ancien commandant des Gardiens de la révolution Mohsen Rezaïe. Son successeur, Saïd Jalili, ne dispose pas d'une telle autorité. Son essor politique est étroitement lié à celui du président Mahmoud Ahmadinejad, qui en a fait son conseiller après son élection en 2005 avant de le placer au poste de vice-ministre des Affaires étrangères la même année. Ce docteur en sciences politiques, auteur d'un ouvrage intitulé "La politique étrangère du Prophète", a été décrit par des diplomates occidentaux en poste à Téhéran comme un "personnage rigide" qui met un point d'honneur à "délivrer des sermons interminables à ses interlocuteurs". Un jugement partagé par Mark Fitzpatrick, directeur du programme sur la non-prolifération à l'Institut international d'études stratégiques, selon qui cette arrivée "rend plus difficile la conclusion d'un accord, car il n'y a personne ayant un penchant pragmatique avec lequel négocier". M. Hosseini a fait état dimanche d'une "solidarité profonde entre tous les responsables de l'Iran (...) sur l'objectif à atteindre" dans le domaine nucléaire. Téhéran refuse obstinément de suspendre son enrichissement d'uranium, ce qui l'expose au risque d'une troisième résolution du Conseil de sécurité des Nations unies comportant des sanctions. Les gr andes puissances ont décidé d'attendre la remise en novembre des rapports de M. Solana et du directeur de l'AIEA, Mohammed ElBaradei, avant d'engager le cas échéant le travail sur une nouvelle résolution. M. Solana doit rendre compte de la position de Téhéran sur l'offre de coopération des grandes puissances à l'Iran en échange d'une suspension de son enrichissement d'uranium, et M. Elbaradei sur la coopération de la République islamique pour éclairer les zones d'ombre de son programme nucléaire. En plaçant son homme à la tête des négociations avec le diplomate de l'UE comme avec l'AIEA, M. Ahmadinejad en a fait le principal responsable d'un éventuel échec de ces discussions, selon le journal réformateur Etemad Melli dimanche. "Le fait que l'équipe de négociateurs nucléaires et celle de la diplomatie iranienne soient désormais unifiées et sous le contrôle direct des amis du président est un acte stratégique, mais le président et ses conseillers comprennent parfaitement le prix d'une telle décision", a écrit le journal. (afp)

L'Iran a prévenu samedi qu'il répliquerait immédiatement par un déluge de roquettes et d'obus, jusqu'à "11.000 dès la première minute", en cas d'agression étrangère, par la voix d'un des commandants des Gardiens de la révolution. "Dès la première minute d'une invasion ennemie, 11.000 roquettes et obus seraient tirés sur les bases ennemies", a déclaré le général Mahmoud Chaharbaghi, cité par l'agence de presse Fars.



L'intensité "des tirs ne faiblirait pas" ensuite, a ajouté ce responsable, en charge de l'artillerie et des missiles au sein des forces terrestres des Gardiens de la révolution, décrits comme "l'armée idéologique" du régime. "Si une guerre éclate, cela ne durera pas longtemps car nous leur ferions mordre la poussière", et "l'ennemi ferait bien de se demander combien de ses citoyens il est prêt à sacrifier en attaquant stupidement l'Iran", a encore déclaré Mahmoud Chaharbaghi, selon Fars. Il a ajouté que les Gardiens de la révolution allaient bientôt recevoir des roquettes d'une portée de 250 kilomètres, contre 150 jusqu'à présent. Ces déclarations ont pour cadre la crise du nucléaire iranien, les pays occidentaux accusant Téhéran de chercher à se doter de l'arme atomique sous couvert de programme civil, ce que l'Iran dément.

Mercredi dernier, le président américain George W. Bush a brandi le spectre d'une troisième guerre mondiale pour affirmer la nécessité d'empêcher l'Iran d'acquérir le savoir-faire pour fabriquer l'arme nucléaire. Le conseil de sécurité des Nations unies a déjà voté trois résolutions --dont les deux dernières assorties de sanctions-- réclamant de l'Iran l'arrêt de son programme d'enrichissement d'uranium, sans succès. En cas d'action militaire des Etats-Unis, l'Iran a prévenu qu'il n'hésiterait pas à viser en représailles les bases des forces américaines en Irak et en Afghanistan. "Nous avons identifié nos cibles", a répété samedi le général Chaharbaghi. (afp)

MAJ 19/10/07

Le déclin d'Ahmadinejad

Même si le président iranien fait preuve de virulence, il n'a pas les moyens de concrétiser ses diatribes. Seule une confrontation militaire avec les Etats-Unis pourrait lui en donner l'occasion.
EPA
Bien que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad ait rallié un soutien important dans le monde musulman par ses critiques virulentes des Etats-Unis, en Iran même son emprise sur le pouvoir faiblit. Ses rivaux politiques placent leurs pions sur l'échiquier et la population est de plus en plus mécontente de l'aggravation de la situation économique.
Dès son instauration, la République islamique d'Iran a été caractérisée par une présidence faible. En définitive, le pouvoir est aux mains du Guide de la Révolution, d'abord de l'ayatollah Khomeini et aujourd'hui de l'ayatollah Khamenei. Le premier président de la République islamique, Abolhassan Bani Sadr, a dû quitter ses fonctions un an après son élection. Dès ce moment, le régime s'est farouchement opposé à l'idée d'un président fort et a régulièrement fait comprendre que le chef de l'État était inféodé au Guide suprême.

L'élection d'Ahmadinejad il y a deux ans avait fait naître de grands espoirs. Le nouveau président avait promis de faire en sorte d'amener "l'argent du pétrole sur la table" des Iraniens et de combattre la corruption. Mais plusieurs de ses premières nominations furent pour récompenser ses partisans, ses affidés des Gardiens de la Révolution ainsi que des membres de la milice Basij, des groupes armées qui mobilisèrent les électeurs en faveur d'Ahmadinejad durant la campagne électorale. Le ministère du pétrole a par exemple octroyé un contrat de 1,3 milliards de dollars, sans appel d'offres, à une compagnie pétrolière proche des Gardiens de la Révolution, et Ahmadinejad a nommé son beau-frère comme secrétaire du gouvernement.
Ce genre de mesures auraient pu être ignorées dans une période économique plus faste. Mais le budget iranien accuse aujourd'hui un déficit équivalant à quinze pour cent du PIB, et les réserves en devises étrangères fondent malgré la flambée du brut. Au lieu de redistribuer la manne pétrolière au moyen d'un programme de prêts à faible taux d'intérêt, comme promis, le gouvernement a dû rationner l'essence - les promesses se sont transformées en crise économique.
Les tensions se sont aussi exacerbées depuis qu'Ahmadinejad a donné suite à sa promesse électorale d'appliquer les restrictions islamiques à la vie sociale. Depuis deux ans, la police harcèle les jeunes et les femmes. L'été dernier, plus de 150 000 femmes ont été arrêtées à Téhéran pour cause de foulards non conformes, et les coiffeurs ont reçu des directives très précises sur les coupes de cheveux acceptables pour les jeunes hommes.

Les manifestations des chauffeurs de bus, des enseignants, des mouvements des femmes et des étudiants ont été brutalement réprimées, et des dizaines d'arrestations ont eu lieu. Des photos et des vidéos des forces de police tabassant des civils à Téhéran et dans d'autres villes du pays ont été diffusées sur Internet.
Aujourd'hui, les adversaires d'Ahmadinejad se positionnent pour réaffirmer les contraintes de longue date imposées à la présidence. Son principal rival, Akbar Hashemi Rafsandjani, l'ancien président qu'Ahmadinejad a battu aux dernières élections, a effectué un remarquable rétablissement politique pour devenir le chef de l'Assemblée des Experts, l'organisme tout-puissant qui élit le Guide de la Révolution et qui peut même le destituer.

De plus, les conservateurs qui s'étaient alignés avec Ahmadinejad le critiquent aujourd'hui ouvertement. L'ayatollah Khamenei, qui en qualité de Guide Suprême est également chef des armées, a pris lui aussi des mesures pour afficher son autorité en remplaçant récemment les chefs des Gardiens de la Révolution et des Bassidji.

Pour les observateurs de l'Iran, ces mesures semblent avoir pour objectif de revitaliser l'armée, en particulier dans la perspective d'un éventuel conflit avec les Etats-Unis. Mais ils notent également que les chefs limogés étaient proches d'Ahmadinejad et qu'au cours des dernières deux années, ceux-ci avaient grandement contribué à mettre en oeuvre le programme politique du président.
Bien qu'Ahmadinejad continue à attaquer verbalement les Etats-Unis, il ne contrôle pas l'appareil politique qui décidera de la poursuite du programme nucléaire iranien et des relations que le pays entretiendra avec la communauté internationale. La menace de sanctions continue à peser lourdement et les milieux d'affaires iraniens, sans parler de la population, souffrent de l'isolement de l'Iran.

Compte tenu de l'implication complexe des dirigeants politiques iraniens dans l'économie, les effets des sanctions ne doivent pas être sous-estimés. L'économie est l'un des seuls domaines de la vie du pays où Ahmadinejad garde un pouvoir certain. Mais ses choix économiques sont vivement critiqués et ses déclarations ne font qu'aggraver la situation en isolant davantage encore le pays de l'économie mondiale.

Alors que les différends avec l'Occident atteignent un point critique, il est important de comprendre les manoeuvres politiques en cours dans l'opaque système politique iranien. Même si Ahmadinejad fait preuve d'une virulence de plus en plus marquée, il n'a pas les moyens de mettre ses diatribes en oeuvre concrètement. Seule une confrontation militaire avec les États-Unis pourrait lui donner l'occasion de revenir au centre de la scène - une évolution dont l'administration américaine devrait tenir compte.

30 juillet 2007

Des réacteurs français vendus à la Chine

La France aurait vendu ses deux réacteurs nucléaires EPR à la Chine pour cinq milliards de dollars (3,66 milliards d’euros), affirme le réseau écologiste français « Sortir du Nucléaire », un chiffre confirmé de source proche du dossier. Le coût du premier EPR qu’Areva construit en Finlande, où le groupe public est maître d’ouvrage et fournisseur, est évalué par les spécialistes à environ 3 milliards d’euros. En Chine, Areva n’est pas maître d’ouvrage mais doit fournir les réacteurs et leur combustible (uranium), ainsi que les services associés, soit toute la chaîne de valorisation du minerai. Cette transaction « est loin d’être la bonne affaire pour la France », qui « vendrait ces deux EPR au prix d’un seul, c’est-à-dire largement à pertes », déplore « Sortir du Nucléaire ».

Enquête sur EON et GDF

La Commission européenne soupçonne les groupes gaziers EON et Gaz de France de s’être partagés les marchés français et allemands, après avoir épinglé la semaine dernière les électriciens EDF et Electrabel. Concrètement, la Commission a ouvert lundi « une procédure formelle » à l’encontre des deux entreprises, l’allemand EON et le français GDF.

29 juin 2007

La sortie du nucléaire coûterait trop cher

MAJ 29 jun 2007

http://blogonoclaste.blogspot.com/2007/06/contrle-des-prix-de-lnergie.html

Le prix du gaz, entre étincelles et négociations secrètes
Des négociations secrètes ont commencé entre le groupe Electrabel et l'association Test-Achats. En cause, encore et toujours, les hausses de prix du gaz. Après l'envoi d’un huissier voici huit jours, chez les patrons électriciens, le ton est redescendu d'un cran. Une rencontre s'est déroulée ce vendredi en milieu de journée….

La politique tarifaire du groupe Electrabel continue de susciter des étincelles. Vendredi dernier, l'association Test Achats a envoyé un huissier au siège social, avec mise en demeure de cesser l'envoi d'une lettre aux clients, une lettre qualifiée de "publicité mensongère". A l'époque, la direction du groupe Electrabel n'a pas paru craindre une éventuelle plainte en justice. Mais, en une semaine, les réflexions ont mûri. Et les deux parties ont décidé de se parler.

La rencontre, de "haut niveau", s'est déroulée ce vendredi midi. Mais sur quoi les discussions ont-elles porté ? Apparemment, su les moyens d'améliorer la communication. Mais, pour le surplus, le groupe Electrabel et l'association Test Achats se taisent dans toutes les langues. La seule certitude, c'est que les pourparlers se prolongent la semaine prochaine. Le feuilleton du prix du gaz, à l'évidence, n'est pas encore arrivé à son dernier épisode...

ARTICLES
• Gaz : ultime compromis de la Violette

MAJ 23/06/07

La Commission Energie 2030 recommande dans son rapport final de revoir la loi de sortie du nucléaire, notamment en raison du coût de sa mise en oeuvre. Un climatologue de la Commission a pour sa part plaidé pour un délai supplémentaire de 5 ans dans le calendrier de sortie. La loi de 2003 programme la fermeture des centrales nucléaires belges entre 2015 et 2025. Mais les circonstances dans lesquelles elle a été votée ont changé de manière significative, dit la Commission mise sur pied fin 2005 à l'initiative du ministre de l'Energie Marc Verwilghen (Open Vld).
L'urgence générée par le changement climatique est devenue plus apparente et l'ère du pétrole et du gaz à bon marché est révolue, constate la Commission.
« Tout cela, vu la réalité actuelle et les prévisions futures, réclame de reconsidérer l'ensemble de la politique énergétique belge, dont l'électricité nucléaire », dit-elle.
Le rapport conclut qu'une réduction éventuelle d'ici 2030 de 30 % des émissions de CO2 sans le nucléaire est intenable. Une réduction de 15 % serait réalisable, mais à un prix élevé.
Si cette réduction devait être opérée sans le nucléaire ni les systèmes CCS - qui permettent de capturer le CO2 et de l'enfermer sous terre, ce qui serait en pratique infaisable en Belgique, selon la Commission -, la facture énergétique augmenterait de 150 % pour l'industrie et de 170 % pour les ménages. Avec les centrales nucléaires, l'augmentation serait limitée à 50 %.
Il n'y a pas de solution unique. La seule option raisonnable serait de combiner diverses sources d'énergie, sans exclusive. Il faut éviter de mettre tous les oeufs dans un même panier, conclut William D'haeseleer, le président de la Commission.
Pour les experts, il convient d'examiner les quatre groupes de « sources d'énergie » que sont les économies d'énergie - sur lesquelles ils insistent tout particulièrement -, les ressources carboniques, le nucléaire et les énergies renouvelables.
Les recommandations de la Commission sont aussi très concrètes, avec l'imposition de standards de performance énergétique pour les bâtiments, des taxes et charges supplémentaires pour décourager l'utilisation superflue des véhicules, une taxe sur les véhicules très pollueurs en fonction de leurs émissions, etc. Il faut mettre la barre plus haut pour chacun, que ce soit l'industrie ou le consommateur, souligne William D'haeseleer.
Encourageant la Belgique à adopter une approche européenne de l'énergie, les commissaires recommandent aussi de rendre plus stable et cohérente la politique énergétique belge actuellement répartie entre Régions et fédéral. « La fragmentation des responsabilités en Belgique n'est pas efficace pour un bon fonctionnement du marché », relève la Commission.
Ils soulignent en outre l'importance d'investir « beaucoup plus » dans la recherche sur l'énergie.
Ecolo critique la Commission
Ecolo estime que la Commission Energie 2030 a confirmé dans son rapport définitif les options rigides qui étaient déjà les siennes dans son rapport de novembre 2006.
Cette commission « pilotée par deux nucléaristes convaincus », dit Ecolo, n'apporte aucun élément neuf au débat, malgré les avis négatifs formulés notamment par les experts du Conseil fédéral du développement durable, de la Commission de régulation (CREG) ou de la Banque nationale (BNB).
Cela disqualifie son rapport et empêche qu'il puisse être considéré comme un outil pertinent d'analyse pour la législature à venir, estiment le secrétaire fédéral Jean-Michel Javaux et la députée Muriel Gerkens.
La Commission, regrettent encore les Verts, sous-estime dans les scénarios étudiés les possibilités réelles de limitation de la consommation, en particulier dans le secteur du chauffage et du transport.
Dans le même temps, elle « survalorise » l'importance du secteur de l'électricité dans la production de CO2, alors que celui-ci ne représente que 16 % des consommations finales d'énergie, ajoutent-t-ils.
Ecolo s'offusque également que la Commission témoigne de si peu d'ambitions face à « des acteurs politiques commanditaires qui se sont déjà écrasés devant Suez-Electrabel », et face à des producteurs d'énergie « qui préfèrent investir dans l'énergie renouvelable à l'étranger plutôt qu'en Belgique et participer ainsi à la mise en place d'un contexte qui diminuera les capacités d'autonomie énergétique de notre pays ».
La FEB plaide pour le nucléaire
La Fédération des entreprises de Belgique, qui est favorable au maintien du nucléaire en Belgique, a défendu dans un communiqué le rapport de la Commission Energie 2030.
La FEB plaide pour le maintien à plus long terme de l'option nucléaire en Belgique, pour autant que le plus haut niveau de sécurité soit garanti et qu'une solution adéquate soit trouvée pour la gestion des déchets radioactifs.
Elle appelle aussi à ce que ne soit pas occultée du débat la nécessité d'économiser l'énergie, de rationaliser et d'harmoniser les approches au niveau belge, de s'intégrer dans la vision européenne des marchés du gaz et de l'électricité, de diversifier ses sources d'approvisionnement et d'investir dans les énergies renouvelables là où cela se justifie.
Au nord du pays, l'organisation patronale Unizo s'est dite d'accord dans les grandes lignes avec le rapport. Elle souligne par ailleurs la nécessité qu'Electrabel signe des accords avec le gouvernement pour garantir aux PME et aux ménages des prix abordables.

25 avril 2007

Electrabel sous-estimerait le coût de fermeture de ses centrales

L'Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies (ONDRAF) a d'importants doutes sur la manière dont Electrabel prépare la fermeture des centrales nucléaires et compte se débarrasser des déchets nucléaires.Un rapport secret révèlerait que Synatom, la filiale d'Electrabel chargée de gérer les fonds économisés pour la sortie du nucléaire, n'a aucune idée du coût final de l'opération. Dans ses prévisions, Synatom sous-estime une série de coûts pour le démantèlement des réacteurs et prévoit des marges de sécurité trop faibles, selon le rapport de l'ONDRAF. Il n'y a, en outre, toujours aucune certitude sur la manière dont les déchets nucléaires pourront être stockés en toute sécurité. Pour Eloi Glorieux de Groen! , la conclusion est claire, c'est la société qui devra se charger des coûts des centrales nucléaires. Synatom a pour l'instant constitué une provision de 4,6 milliards d'euros, argent qui n'est pas géré par le gouvernement mais est placé. (belga)