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23 octobre 2008

Comment le PS tient la force atomique

Les experts planchent sur le futur mix énergétique belge. Le PS est prêt à prolonger les centrales. Sur base d'avis scientifiques. Et sans se laisser intimider par Ecolo.
Joëlle Milquet et le CDH ont pris position, samedi, pour une prolongation de la durée de vie du parc belge de centrales nucléaires au-delà de 2015. Avec ce virage clair, les humanistes se sont rangés aux côtés de l'Open VLD et du CD&V - deux partis qui plaident pour le maintien des centrales belges. Le MR, même s'il n'est pas (encore) ouvertement revenu sur la loi de sortie du nucléaire, devrait se rallier in fine à ces trois partis. Et le PS ?
Le parti socialiste est aujourd'hui le seul des cinq membres de l'équipe Leterme à entretenir le suspense sur sa position. Or, le PS détient les clés du ministère de l'Energie. Et Paul Magnette refuse de se laisser pousser dans le dos par ses collègues de gouvernement pour des "raisons électoralistes". Conformément à l'accord de gouvernement de mars 2008, une commission a été mise en place par le ministre de l'Energie et doit plancher sur le mix énergétique le mieux adapté à la Belgique. La commission devra remettre ses conclusions "courant 2009" pour permettre, ensuite, au gouvernement de poser un choix. Cette commission ne remettra pas un seul scénario : elle formulera plusieurs hypothèses de combinaison énergétique.
Il est cependant hautement improbable que ce choix soit posé avant les élections de juin 2009. Formulé platement : "on ne sera pas dans les temps , assure, sous couvert d'anonymat, un observateur du dossier. Et si c'est pour arriver trois semaines avant les élections avec ce dossier, autant reporter sereinement la prise de décision" .
La commission est composée d'experts belges et internationaux. Rayon belge, se retrouvent des représentants de la Creg, du SPF Economie, de la DG Energie, du Bureau du Plan ainsi que de la Banque nationale. Au niveau des techniciens internationaux, chacun des membres retenus fait autorité dans le domaine énergétique : l'économiste français Jacques Percebois côtoie un expert italien, un Anglais et un Allemand. Les experts disposent à présent de l'ensemble des documents nécessaires pour entamer leurs travaux, et leur première réunion est formellement prévue courant du mois de novembre.
"Pas d'idéologie préconçue"
Le ministère de l'Energie est déterminé à faire respecter à la lettre l'application de l'accord de gouvernement : il n'y aura pas, y assure-t-on, d'anticipation de la prise de décision pour des raisons politiques. "Les choix politiques doivent être objectivés par des avis techniques", martèle-t-on au ministère de l'Energie.
Reste que la décision de fond - si le calendrier reste à déterminer - ne fait guère de doute : le parc nucléaire belge devrait bien voir sa durée de vie prolongée. Le ministre de l'Energie himself est dit partisan d'une transition énergétique organisée. Mais "nous n'avons pas d'idéologie préconçue sur la question nucléaire, expose un responsable socialiste. Nous n'avons pas de doctrine. Le CDH est pour le nucléaire, Ecolo est contre. Nous avançons en fonction des études scientifiques, en particulier sur la gestion des déchets radioactifs". Un autre : "Nous n'avons certainement pas peur des Ecolos. Ils ne nous dicteront aucun agenda. Suez et Electrabel non plus, d'ailleurs." Un troisième responsable dit : "Il n'y a pas trente solutions pour proposer une énergie bon marché aux citoyens. L'énergie nucléaire doit être utilisée."
"Ecolo est populiste"
Depuis l'opposition, les verts font feu sur les partisans de l'atome. "Ecolo, relève-t-on au parti socialiste, est devenu un parti populiste. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour pomper les électeurs du PS." Si le parti socialiste déverrouille effectivement le parc des centrales nucléaires belges, il entend le faire sans se laisser mettre dans les cordes par les verts. C'est que la bataille sur la gauche et le centre de l'échiquier politique s'annonce sanglante dans la perspective des Régionales de 2009 entre PS, Ecolo et CDH. "On ne va certainement pas sombrer dans le populisme, conclut un cadre rouge. D'ailleurs, si c'était le cas, nous aurions déjà donné le feu vert à la poursuite du nucléaire : l'atome a le vent en poupe pour le moment."

26 mai 2008

ENI s’offre Distrigaz, EDF obtient SPE-Luminus

Suez et Gaz de France ont choisi. Le premier devrait céder son gazier, Distrigaz, à l’italien ENI, tandis que le second vendrait sa participation (25,5 %) dans le capital du deuxième électricien belge SPE, plus connu sous la marque commerciale Luminus, au géant français EDF.

Ces deux transactions s’inscrivent dans la perspective de la fusion de Suez et de Gaz de France. La Commission européenne a en effet subordonné le mariage de la maison mère d’Electrabel et du gazier public français à ces deux cessions.
Dans des communiqués publiés en fin de journée ce samedi, Suez et Gaz de France ont dévoilé leurs choix concernant la cession, exigée par la Commission européenne, de leurs actifs belges. Côté Suez, trois candidats restaient en lice pour Distrigaz : l’allemand E.on, le français EDF et l’italien ENI. Ce dernier l’a emporté. « Un processus de cession a été engagé en novembre 2007 et a conduit, après plusieurs étapes, à des négociations avec trois candidats industriels qui ont remis pour le 23 mai leurs meilleures offres fermes. Au terme de ce processus concurrentiel et ouvert, Suez a décidé d’entrer en négociation exclusive avec l’ENI, candidat ayant offert le prix le plus élevé pour Distrigaz. Cette période d’exclusivité, conférée jusqu’au 29 mai 2008, doit permettre de procéder à des vérifications ultimes de la part de l’ENI. SUEZ et l’ENI se sont fixé pour objectif de parvenir à la signature d’un accord définitif de vente au plus tard le 29 mai 2008, dont la réalisation sera sous condition suspensive de la fusion entre SUEZ et Gaz de France, du non-exercice du droit de préemption de Publigaz (holding public belge qui détient 31,25 % dans Distrigaz, NDLR) et de l’agrément de l’acquéreur par la Commission européenne.Par ailleurs, et conformément aux objectifs annoncés, SUEZ est entré en négociation avec l’ENI en vue de l’acquisition d’un ensemble d’actifs
énergétiques. »
Côté Gaz de France, deux candidats restaient en lice pour le rachat de la part (25,5 %) dans SPE-Luminus. « Au terme d’un processus concurrentiel, Gaz de France est entré en négociation exclusive avec EDF pour la cession de sa participation dans Segebel. Segebel, dont les actionnaires sont Gaz de France et Centrica à parts égales, détient 51 % du capital de SPE. SPE est la deuxième entreprise d’électricité en Belgique avec un parc de production de 1 650 MW représentant environ 10 % de la totalité de la production d’électricité en Belgique. SPE dessert environ 1,1 million de clients en électricité et en gaz », indique Gaz de France.

05 septembre 2007

Cadeau atomique à Suez ?

"Les prix de l'énergie ne vont pas diminuer"
MAJ 6/09/07

Etienne Davignon:

"Tout le monde reste persuadé que la concurrence doit faire baisser les prix. Je
reste convaincu du contraire"
, déclare l'administrateur de Suez, Etienne Davignon, mercredi dans un entretien paru dans L'Echo et De Tijd. Mardi, Etienne Davignon et le directeur des opérations de Suez, Jean-Pierre Hansen, ont rencontré le ministre de l'Energie, Marc Verwilghen (Open VLD), afin de confirmer les intentions de GDF-Suez de respecter la Pax Electrica.La Belgique espère que les prix du gaz et de l'électricité resteront abordables. Pour M. Davignon, c'est une erreur de penser que la libéralisation engendre une baisse des prix de l'énergie. "Je suis convaincu que c'est le contraire", dit-il. "Selon moi, pour préserver les prix, il aurait fallu laisser à Electrabel ses 90% du marché. En tant que gouvernement, j'aurais eu plus de pouvoir sur un grand acteur que sur un petit qui, lui, peut justifier ses attitudes par le jeu de la concurrence." (belga)

Quelques ex-actionnaires du groupe Electrabel digéré par Suez sont mécontents. Ils estimaient probable un bénéfice caché dans l'entreprise Electrabel. Mais ils ne représentaient qu'une poignée de titres de l'ancienne société.
BELGA
Le groupe français Suez a-t-il berné les actionnaires du producteur belge d'énergie en leur offrant un prix trop peu élevé lors de l'OPA/E (offre publique mixte, échange d'action et cash) lancée en 2005 ? La question a été posée à de multiples reprises, et elle ressort maintenant que l'on évoque un rallongement de la durée de vie des centrales nucléaires en Belgique. Une éventuelle décision du gouvernement en formation en ce sens alimenterait en effet les caisses de Suez par des bénéfices supplémentaires, alors que les centrales atomiques belges sont déjà amorties.
Quoi qu'il en soit, la question a été posée à la justice belge par deux fonds d'investissement représentant d'anciens actionnaires d'Electrabel. On en saura plus en 2008, lorsque le juge aura analysé le problème et tranché la question.
C'est que principe d'une sortie plus lente que prévue du nucléaire n'est pas une surprise. Ni dans le monde politique, ni dans le monde financier. Les options actuelles débattues ont déjà été évoquées à l'étranger, en Allemagne, notamment, où la valorisation des entreprises du secteur de l'énergie a fortement fluctué en fonction des débats politiques locaux sur la question. Mais la situation allemande, avec une politique très offensive dans le domaine des énergies renouvelables, n'est pas aisément comparable à celle de notre pays, où cette réflexion n'en est qu'à ses balbutiements.
C'est donc dans ce contexte flou qu'il faut analyser l'action en justice de Deminor, un fonds d'investissement spécialisé dans les situations juridiques complexes potentiellement rentables. Deminor et un autre fonds, Trafalgar, qui représentent ensemble entre 50 000 et 100 000 titres. Notons immédiatement que Deminor a déposé ses conclusions le 4 juillet dernier, soit deux semaines avant la nomination du formateur, Yves Leterme. Or ce que l'on évoque à présent est en gros un cadeau du futur gouvernement à Suez... Qu'en penser ? Du point de vue de Deminor, il n'y a à voir là qu'une action juridique technique visant à savoir si, oui ou non, Suez a éludé des éléments d'information censés influencer le juste prix proposé en 2005 aux actionnaires d'Electrabel. On évoque un rapport rédigé par les spécialistes de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers qui aurait pu mentionner une valorisation du potentiel bénéficiaire d'Electrabel lié au maintien en vie des centrales nucléaires. Ce sera au juge de déceler dans ce rapport technique ce qui aurait pu "échapper" à Suez. Pas évident. Pas évident, d'autant que le prospectus de l'offre initiale mentionnait la possibilité d'une modification de l'environnement légal régissant la vie des centrales... Mais on parle déjà de quelque 8 milliards d'euros de bénéfices supplémentaires pour Suez.
Et pour Deminor, alors que la procédure de squeeze-out (expropriation technique des actionnaires n'ayant pas répondu à l'offre initiale) vient de toucher à sa fin, au prix unitaire de 590 euros, il semble que l'actionnaire réticent aurait pu toucher 200 euros de plus. Ceci ne concerne que quelque 100 000 titres au plus (soit 20 millions d'euros). Sauf si le juge devait estimer que le traitement égalitaire des actionnaires nécessite un élargissement de ces conditions. Par exemple, aux détenteurs des 755 403 actions visées par la procédure de squeeze-out (soit un surcoût pour Suez de 151 millions d'euros). Mais on n'en est pas encore là. Pour Deminor, cette dernière option n'entre même pas en ligne de compte d'ailleurs, qui se contenterait d'un bon accord amiable avec le groupe français...

02 janvier 2007

Les yeux rivés sur Suez

Didier Reynders met la France en garde

L e ministre des Finances a les yeux rivés sur Suez, maison mère d'Electrabel. Son mariage avec Gaz de France, entreprise publique, traîne la patte. L'enjeu n'est pas mince : ni plus ni moins que la dépendance énergétique de la Belgique.
Or, confie Didier Reynders au Soir, si comme certains l'évoquent désormais, l'opération venait à déboucher non plus sur une entreprise privée dotée d'un actionnaire public mais sur une entreprise d'Etat, cela changerait fortement la donne du point de vue de nos intérêts qui sont d'ouvrir la concurrence sur les marchés du gaz et de l'électricité en Belgique. Alors que les scénarios les plus variés circulent, depuis la « renationalisation » de Suez jusqu'à un rachat par l'homme d'affaires François Pinault, la Belgique rappelle qu'elle ne lâchera pas le morceau. A cinq mois des présidentielles, le bras de fer sera politique.

Or, confie Didier Reynders au Soir, si comme certains l'évoquent désormais, l'opération venait à déboucher non plus sur une entreprise privée dotée d'un actionnaire public mais sur une entreprise d'Etat, cela changerait fortement la donne du point de vue de nos intérêts qui sont d'ouvrir la concurrence sur les marchés du gaz et de l'électricité en Belgique. Alors que les scénarios les plus variés circulent, depuis la « renationalisation » de Suez jusqu'à un rachat par l'homme d'affaires François Pinault, la Belgique rappelle qu'elle ne lâchera pas le morceau. A cinq mois des présidentielles, le bras de fer sera politique.

Et si Suez passe à l'Etat ?
« Cela change tout »

L'actionnaire belge de Suez voit son dividende frappé d'un double précompte : en France et en Belgique. Cela aurait dû être réglé mais il n'en est rien.
Avec la France, je ne parviens pas à renégocier la convention de double imposition. Cela a été possible avec le Luxembourg, les Pays-Bas ou l'Allemagne mais pas avec la France. Cela dit, en matière de précompte mobilier, je connais des entreprises qui travaillent en France et en Belgique et qui n'ont pas ce problème, Dexia par exemple. Il suffit que l'entreprise s'organise, au travers d'une structure bicéphale, pour distribuer ses dividendes de part et d'autre de la frontière et éviter ainsi un double précompte. Si une entreprise comme Dexia le fait, c'est qu'elle y trouve son intérêt ; si Suez estime qu'elle n'a pas besoin de faire ce geste pour les investisseurs belges, c'est son choix.
Principal fournisseur d'électricité et de gaz en Belgique depuis qu'il a mis la main sur Electrabel, Suez est toujours dans l'impasse quant à son projet de fusion avec Gaz de France. Qu'en dit le responsable politique belge ?

Le processus s'annonce long et nous mènera à l'été, ce qui signifie que des événements politiques prendront place avant en France. Je parle des élections (présidentielles en avril-mai, législatives en juin, NDLR). Or, si comme certains l'évoquent désormais, l'opération venait à déboucher non plus sur une entreprise privée dotée d'un actionnaire public mais sur une entreprise d'Etat, cela changerait fortement la donne du point de vue de nos intérêts qui sont d'ouvrir la concurrence sur les marchés du gaz et de l'électricité en Belgique.

Vous faites allusion à une éventuelle « nationalisation » de Suez. Quelle serait la parade belge ?
A ce stade, je veux souligner que nous sommes très attentifs à l'évolution du dossier. Je ne me prononce en rien sur ce qui pourrait se décider en France mais, si le processus dans lequel nous nous sommes inscrits venait à être modifié, il est évident que nous devrions revoir notre position. L'important pour nous est de préserver la concurrence, les intérêts des consommateurs belges et de la Belgique en général.