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28 juillet 2008

Un seul point les sépare : la manière de désenclaver Bruxelles

Bruxelles peut/doit-elle s’asseoir à la table des négociations institutionnelles, au même titre que la Flandre et la Wallonie ?
Charles Picqué. Oui. D’abord parce que cela fait partie du contrat fédéral belge. Ensuite parce que ce n’est pas mauvais pour la négociation, vu que Bruxelles est un élément d’apaisement ou fédérateur. Enfin, l’importance de Bruxelles sur le plan économique et international justifie pleinement sa place aux côtés des autres.
Ce n’est pas du nombrilisme, c’est le bon sens. Et la simple reconnaissance d’une situation de fait : la Région bruxelloise existe.
Guy Vanhengel. Bruxelles, c’est la Belgique en miniature. Il faut nous reconnaître, voire s’inspirer du fonctionnement de Bruxelles. Depuis que la Région existe et malgré toutes les tensions communautaires, nous parvenons à maintenir un équilibre. Pourtant, il n’y aurait rien de plus facile que de faire monter la pression communautaire à Bruxelles. Eh bien, avec notre gouvernement, nous sommes parvenus à démontrer qu’il y a moyen de gérer Bruxelles correctement.
Ch. P. Il faut se projeter dans l’avenir. Quelle que soit la configuration institutionnelle de la Belgique de demain ou de ce qu’il en restera, il faudra coopérer. Or, on ne coopérera pas bien s’il n’y a pas un respect mutuel. Ecarter Bruxelles, c’est créer un manque de confiance et mettre en péril la coopération. Par ailleurs, le statut international de Bruxelles ne s’accommodera pas d’une crise dont Bruxelles serait le centre sur fond de nationalisme et d’intolérance belgo-belges.
G. V. C’est aussi une méconnaissance des Bruxellois en tant que tels. Ecarter Bruxelles, c’est mener une négociation de Communauté à Communauté, de Flamands à francophones. C’est progresser vers la sous-nationalité. Et ça, c’est tout le contraire de ce qu’est devenu le Bruxellois.
Une grande partie des ménages bruxellois sont mixtes, avec des composantes du nord et du sud ou de pays lointains. Vouloir imposer un choix aux Bruxellois, celui d’être uniquement flamand ou francophone, c’est contraire à la réalité.
C’est la méconnaissance de l’identité multiple. C’est pousser vers l’identité unique.
Peut-on revendiquer cette identité multiple et être à la fois francophone ou néerlandophone ?
Ch. P. Au début des années 90, quand j’expliquais ma conception de Bruxelles, je parlais de double loyauté : à l’égard de notre Région et de la Communauté dont nous faisons partie. Ce n’est pas contradictoire. On peut vivre avec cette double loyauté.
Une loyauté prime sur l’autre ?
Ch. P. Non.
G. V. Non, non. La bonne gestion politique, c’est de chercher les synergies et non la concurrence entre loyautés. C’est un exercice auquel nous devons nous appliquer chaque jour à Bruxelles.
La réforme de l’Etat va renforcer l’autonomie des entités fédérées, Région ou Communauté. Comment va-t-on procéder à Bruxelles ? Par exemple en matière de soins de santé ?
Ch. P. On ne peut pas créer deux régimes de santé, un francophone et un flamand. Je ne peux pas concevoir que Bruxelles devienne le symbole d’une discrimination entre individus.
Imaginez-vous que nous gérions demain une ville dont certains citoyens auraient plus d’avantages que d’autres ? Bruxelles doit rester le symbole de la solidarité entre personnes. La sous-nationalité renvoie à une conception des rapports sociaux qui est contraire à ce que Bruxelles incarne.
La Flandre accuse les Bruxellois de mal gérer leur ville.
G. V. Je vous défie de trouver, ces dernières années, une déclaration du VLD qui ose dire que Bruxelles est mal gérée. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas moyen de faire mieux. Je pense à la relation entre les communes et la Région. Nous avons calqué le modèle bruxellois sur le modèle de Flandre ou de Wallonie.
Or, nous avons un territoire spécifique, totalement urbanisé, où le transport en commun, l’aménagement du territoire doivent se faire avec une très grande cohérence. Progressivement, en devenant adulte, la Région et les communes doivent pouvoir négocier entre elles une meilleure répartition des tâches. On progresse déjà au niveau de la fiscalité ou du stationnement. Je supporte de moins en moins qu’on nous fasse la leçon de l’extérieur. La mauvaise gestion de Bruxelles, on l’a connue quand elle était gérée par le fédéral. C’est depuis qu’on a pris les choses en main nous-mêmes, qu’on a fait progresser spectaculairement cette ville en 20 ans.
Ch. P. Le procès en mauvaise gestion de Bruxelles n’est étayé par aucun argument, par aucun chiffre. Nous nous trouvions devant trois défis majeurs à la création de la Région, nous les avons relevés. D’abord, l’internationalisation : en 20 ans, Bruxelles a confirmé son statut international. Ensuite, Bruxelles a confirmé son rôle de place économique. Enfin, nous devions lutter contre la dégradation de certains quartiers. C’est en bonne voie, même si le travail n’est pas fini. Le procès fait à Bruxelles est très injuste d’autant que nous avons relevé un quatrième défi : faire fonctionner les institutions bruxelloises malgré leur immense complexité. Bruxelles dérange parce que Bruxelles est la démonstration qu’avec pragmatisme et raison, on peut encore construire des choses ensemble.
Bruxelles peut-elle coopérer avec la Flandre comme elle entend le faire avec la Wallonie ?
Ch. P. La coopération indispensable passe par le respect. En 20 ans, alors qu’on voyait le souhait d’une plus grande coopération entre la Wallonie et Bruxelles, on est resté pour le moins dans l’ambiguïté avec la Flandre. C’est ça qui a amené un rapprochement, sur le plan politique, exclusivement avec la Wallonie.
Certains, en Flandre, considèrent que mettre les trois Régions à table, c’est se retrouver à deux (francophones) contre un. C’est oublier qu’on a inventé un système politique pour que Bruxelles soit bilingue, qu’on a donné du pouvoir aux Flamands, qu’on a un gouvernement paritaire. Dire que c’est deux contre un, ça signifie qu’il y a un présupposé…
G. V… que nous sommes inexistants ! D’ailleurs, la tendance séparatiste nous reproche d’être de mauvais Flamands.
Vous avez l’air d’accord sur tout. Ch. P. Bruxelles a deux problèmes sérieux. Un, le financement. Là, on est d’accord. Deux, la nécessité d’une stratégie transfrontalière avec l’hinterland. Là, on est d’accord sur le principe.
Mais pas sur les modalités…
G.V. Là, ça diverge.
Ch. P. Les réponses peuvent diverger. Je ne vais pas demander à Guy Vanhengel de réclamer l’élargissement jusqu’à Londerzeel. Il y a matière à discuter. Certains parlent élargissement, d’autres parlent communauté urbaine. Nous sommes d’accord sur le fait qu’il faut trouver une formule.
G.V. Il faut progresser sur ce qui est raisonnablement acceptable des deux côtés. Du côté néerlandophone, une extension du territoire est inimaginable. Comme, côté francophone, une simple scission de BHV. Il ne faut pas se focaliser là-dessus mais aller à la recherche des éléments qui peuvent nous rassembler.
Ch. P. C’est le seul point où, à partir d’un même constat, nous avons des réponses différentes. Quand on arrive à la conclusion qu’il n’y a qu’un sujet majeur sur lequel on peut avoir des réponses différentes et nuancées, ce n’est pas énorme…
Si Picqué et Vanhengel représentent Bruxelles dans la négociation, que va dire Bruxelles ?
Ch. P. Il faudra qu’on ait un déjeuner ensemble.

23 juin 2008

Peut-être un nouveau stade au Heysel pour 2013

Le ministre bruxellois du Budget, Guy Vanhengel, a évoqué samedi, lors d'un colloque, un accord avec son homologue flamand, Dirk Van Mechelen, pour la construction d'un nouveau stade national sur le parking C du plateau du Heysel d'ici 2013, rapporte lundi La Capitale. Reste à trouver 250 millions d'euros.Selon M. Vanhengel, l'énorme parking C, situé entre le ring et la chaussée Romaine, est un site idéal. "Je penche pour un stade multifonctionnel de football qui pourrait à la fois accueillir un grand club comme le RSCA et ses 30 matches par an et des grands noms du monde du spectacle", explique le ministre.Quid du stade Roi Baudouin? "Nous le conserverions en l'améliorant pour pouvoir accueillir le mémorial Van Damme." Le budget du nouveau stade tournerait toujours autour de 250 millions d'euros. "Nous pourrions imaginer un stade aux tribunes rétractables capables d'accueillir 50.000 personnes lors des grands matches et 15.000 personnes lors des concerts", a encore précisé M. Vanhengel.Le site, qui se trouve en territoire flamand, appartient à la Ville de Bruxelles. M. Van Mechelen se dit ouvert à cette solution, tout comme le gouverneur, d'après le ministre bruxellois. "Simple piste ou véritable consensus, l'avenir nous le dira", conclut La Capitale.

12 juin 2008

La Flandre nie la Région bruxelloise

Les positions sur l'avenir institutionnel du pays commencent à se clarifier. En réponse au projet de fédération Wallonie/Bruxelles, Kris Peeters, le ministre-président flamand ne veut pas d'une Belgique à trois. Il l'a avoué mardi soir, lors d'un débat organisé par « Le Soir » et « De Morgen ». L'intégralité du débat / L'édito de Véronique Lamquin

Flou, l'avenir institutionnel du pays ? Vu du 16, rue de la Loi, l'image est brouillée. Vu de Namur, la perspective s'est éclaircie, avec la fédération Wallonie-Bruxelles basée sur le fait régional. Vu de Flandre, l'horizon s'est soudain éclairci : mardi soir, en plein débat sur Bruxelles, devant 600 personnes conviées par le Soir et le Morgen au Théâtre National, Kris Peeters a joué les diseurs de vérité flamande. Déterminé, le ministre-président flamand CD&V a surpris. Mais a au moins eu un mérite, celui de la clarté.
1Que dit la Flandre ? Kris Peeters était venu, a-t-il avoué, « dire qu'il allait continuer à investir à Bruxelles ». Sous-entendu de l'argent flamand pour une présence flamande. Car de l'argent qui financerait les besoins d'une capitale en termes de mobilité, d'infrastructures, de sécurité, « ce ne serait pas une réponse aux problèmes ». Mais surtout, le Premier flamand a une vision claire du pays, à court terme : une Belgique avec deux entités fédérées. Et Bruxelles ? Kris Peeters lui donne « un statut à part ». « Ce qui revient, au mieux, à un condominium cogéré par les deux autres entités ; au pire à une annexion par la Flandre », décode Rudy Demotte, ministre-président wallon et communautaire (PS).
2Peeters, porte-voix de la Flandre ou franc-tireur isolé ? En janvier, son prédécesseur place des Martyrs, un certain Yves Leterme, lâchait : « Bruxelles est une région qu'il faut respecter, qui a sa particularité, mais qui doit pouvoir discuter d'égal à égal avec les autres Régions. » Et de se dire, dans la foulée, « prêt à faire financer par d'autres des politiques bruxelloises pour l'instant à charge de la capitale ». Le CD&V dont les Dehaene et Vandenbrande (rejoints en cela par un Tobback) cachaient mal leur mépris pour la capitale, avait-il viré de bord ? Premier doute, fin avril, quand Wouter Beke lâche au Soir que non, « la Région bruxelloise n'est pas une région à part entière ». Hier soir, Kris Peeters a dissipé le doute.
Mais au fond, que veulent les Flamands pour cette ville qu'ils ont choisie comme capitale ? La question, sur fond de négociations institutionnelles, sème le trouble dans tous les états-majors. Au CD&V, on précise que la présidente Thyssen préfère ne pas s'exprimer et on renvoie, pour la position officielle du parti, aux propos de Kris Peeters…
Au SP.A et au VLD, on considère que Bruxelles est une affaire… de « Bruxellois » : on y renvoie à des mandataires de la capitale pour exprimer la position officielle du parti. Peur de dévoiler des cartes à l'aube de la grande joute institutionnelle ? Bart Somers et Caroline Gennez filent le sujet respectivement à Sven Gatz et Pascal Smet. Qui, eux, voient un fédéralisme belge à trois pattes. Avec quelques bémols quand même. « Bruxelles a un statut spécifique. Plutôt que de cogestion, je préfère parler de contractualisation avec la Flandre et la Wallonie », explique Pascal Smet qui n'a guère apprécié les propos de Louis Tobback, déchaîné, mardi soir, lors du débat, assénant sans relâche ses attaques sur la « suffisance des Bruxellois » qui pleurent pour un refinancement. « Il s'est exprimé en son nom personnel », précise Smet. Mais d'ajouter que ces propos reflètent sans doute bien ce que beaucoup de Flamands « et sans doute de Wallons » pensent de Bruxelles.
Du côté du VLD, on perçoit aussi Bruxelles comme une « Région à part ». Et on se réfère à la piste lancée par Verhoststadt sur « la communauté urbaine » impliquant le Brabant flamand et wallon. Et son financement ? « Certains Flamands restent toujours dans une logique de refus de transferts financiers en faveur de Bruxelles, regrette Sven Gatz. Pourtant la Région doit, dit-il, pouvoir bénéficier « d'un financement équitable compte tenu des charges de capitale ». Mais à une condition : une centralisation accrue de certaines compétences communales. Comme la police, les CPAS, la mobilité. Même approche au SP.A. « On est pour un refinancement mais on peut économiser par une meilleure organisation, conclut Pascal Smet. Il n'est pas question pour la Flandre de lâcher Bruxelles malgré certains propos caricaturaux. »
3Pourquoi ce grand cri flamand ? En disant qu'il ne veut pas d'une Belgique à trois, Kris Peeters ne dit pas encore quel projet il a pour Bruxlles. Tout au plus laisse-t-il sous-entendre des envies de cogestion de la capitale (sur le thème « C'est notre ville, nous avons le droit de participer à sa gestion »). « J'espère me tromper, décode Charles Picqué. Mais l'une des possibilités, c'est que la Flandre soit dans une stratégie à deux phases : d'abord on démantèle le fédéral. Puis on constate que Bruxelles ne s'en sort plus et n'a d'autre choix que de demander sa mise sous tutelle. » « La grande différence entre le projet de la Flandre et celui que j'ai avec Picqué, souligne Rudy Demotte, c'est que l'un nie la Région bruxelloise et que l'autre l'intègre pleinement. Du reste, la Flandre balance entre deux logiques : territoriale ou communautaire. Alors que nous sommes clairement dans une stratégie territoriale. » Et si, au fond, la Flandre ne savait que faire de cette capitale qu'elle a pourtant choisie ?

Un débat organisé par Le Soir et De Morgen
Trois ténors pour un débat explosif sur Bruxelles

UNE SALLE pleine à craquer, pour débattre de l'avenir de la capitale. Le public a lui aussi donné de la voix. Un débat tendu organisé mardi soir au théâtre National à Bruxelles par "Le Soir" et "De Morgen".Picqué, Demotte, Tobback et les spectateurs: les vidéos du débat.

Les Flamands la trouvent mal gérée, les francophones la disent sous-financée. Mais au fond, quel avenir pour Bruxelles ? Pour y répondre, dans la salle du Théâtre National, 600 personnes (réunies, hier soir, à l'invitation du Soir et du Morgen) et, sur scène, des ténors des 2 communautés (Demotte, Peeters) ; le gouvernement bruxellois est bien représenté (Picqué, Demotte, Vanhengel).
Sur les planches, la tension est palpable. Louis Tobback chauffe la salle, égrène ses slogans acerbes. Kris Peeters martèle la position du CD&V : pas question de lâcher Bruxelles, mais pas question non plus de lui conférer un statut digne de ce nom. Les francophones écoutent, sidérés. Tendu, le débat aura donc eu ce mérite de faire tomber les masques flamands. La salle, elle, réagit. Applaudit, murmure, s'inquiète. Qu'en retenir ? C'est ce que nous avons demandé à trois participants. Avant. Et après.

« On oublie toujours Bruxelles »

Avant : « J’espère qu’on parlera du futur de notre superbe ville. Le problème, en Belgique, c’est que l’on retrouve des extrémistes dans les deux camps et qu’on oublie toujours Bruxelles. C’est frustrant pour les Bruxellois.
Ce qui m’énerve, c’est que Wallons et Flamands prennent avec eux leurs tartines et ne participent pas vraiment à la vie de la capitale. Je m’interroge aussi sur le futur institutionnel de Bruxelles. Et sur l’avenir de la ville en termes d’urbanisme. Quelqu’un a-t-il une vision architecturale de la ville ? »
Après : « On a entendu des pistes déjà évoquées mille fois. La seule chose nouvelle dont j’ai entendu parler c’est l’euro-métropole comme elle existe à Lille. Je suis un peu déçu que l’on n’ait pas abordé la problématique de l’architecture mais je m’en doutais un peu.
J’ai à nouveau eu l’impression d’entendre des navetteurs qui ne connaissent pas beaucoup Bruxelles et ne l’apprécient guère. Même chose pour Kris Peeters (ministre-président flamand) qui ne semble pas avoir compris les frustrations des Bruxellois. Contrairement à ceux qui connaissent vraiment Bruxelles comme Vanhengel et Picqué. »

13 mai 2008

L’Europe dans les communes à facilités

Un Français et un Serbe mènent l’enquête
Deux Européens dans le chaudron belge
LES ÉMISSAIRES européens rencontrent les bourgmestres francophones « rebelles » et le Flamand Marino Keulen.

Ils ne pèsent pas bien lourd, mais leur irruption dans un paysage politique hérissé de polémiques Nord-Sud ajoute à la dramaturgie politico-médiatique ; et ça compte. Sans préjuger de leurs conclusions (un « avis ») relatives au refus flamand de nommer trois bourgmestres de la périphérie bruxelloise, les émissaires du Congrès des pouvoirs locaux du Conseil de l’Europe irritent au Nord (genre : « Mais de quoi se mêlent-ils ? ») et ravissent au Sud (en substance : « L’Europe vient enquêter pour la cinquième fois, c’est qu’on a raison de se plaindre. »). Pour se forger une opinion, le Français Michel Guégan et le Serbe Dobrica Milovanovic (le Suédois Anders Knape, troisième homme, était absent hier), en mission chez nous pour 48 heures, récoltent les arguments de tous les camps.
1Que font-ils ici ? Rendez-vous le plus attendu mardi : le face-à-face avec les trois bourgmestres « rebelles » de la périphérie bruxelloise : François Van Hoobrouck (Wezembeek), Damien Thiéry (Linkebeek), Arnold d’Oreye de Lantremange (Craainhem), auxquels la tutelle flamande reproche d’avoir adressé aux habitants francophones des convocations électorales en français aux communales d’octobre 2006, ce qui justifie, aux yeux du ministre flamand de l’Intérieur, Marino Keulen, l’interdiction de ceindre l’écharpe mayorale.
Un casse-tête juridique et politique. « Ils connaissent très bien le dossier, mieux que la plupart des politiques chez nous », assure Damien Thiéry à l’issue de l’entrevue avec les émissaires européens, à 19 heures, à Bruxelles. François Van Hoobrouck acquiesce : « Nous avons été entendus, nous sommes confiants. » Les trois francophones rivalisent de bonne foi : « Nous ne sommes guidés par aucune animosité, aucune volonté de provoquer, seulement par le respect de la loi et de la démocratie »… Les délégués français et serbe s’éclipsent sans rien dévoiler de leurs entretiens. Michel Guégan lance juste « Un ministre m’a dit que j’étais comme un journaliste, que je posais toujours les mêmes questions ! ».
Qui ? « Devinez »… Dans la journée, les deux avaient été reçus par Charles Picqué, entouré des chefs de file des commissions communautaires française et flamande de Bruxelles, Benoît Cerexhe et Guy Vanhengel, par Patrick Dewael, ministre fédéral de l’Intérieur, et par l’inflexible Marino Keulen.
Avec lui, ils ont eu « une longue discussion, de près de deux heures », nous précise-t-on. « M. Keulen était agacé, par moments, de devoir “se justifier tout le temps”. » Lui qui ne varie pas : les bourgmestres ont enfreint la loi flamande, ils refusent de l’admettre, ils doivent payer.
2Que représentent-ils exactement ? La mission d’enquête du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe a un poids symbolique. Très relatif… Le Conseil de l’Europe, qui regroupe 47 pays et n’a aucun lien avec l’Union européenne, pèse déjà lui-même très peu dans les affaires du monde. Créé en 1949, il a pour objectif de « favoriser en Europe un espace démocratique et juridique commun ». Son « fond de commerce » est principalement organisé autour de la Convention européenne des droits de l’homme. Mais le Congrès est surtout le lieu de belles paroles, qui doivent faire consensus… En son sein, le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux est une instance mineure. « Avec la mission en Belgique, c’est la première fois qu’elle a une telle visibilité. Mais, politiquement, ce n’est rien », note un observateur. Le Congrès rassemble en deux chambres 636 membres et suppléants, qui disposent d’un mandat électif dans une collectivité locale ou régionale de l’un des 47 pays du Conseil de l’Europe.
Organe purement consultatif, le Congrès se réunit trois fois par an. Ses retrouvailles permettent pour l’essentiel de créer des réseaux de cordialités aux niveaux local et régional. C’est un agréable petit « à-côté »…
L’année dernière, dans son souci de veiller à la bonne application de la Charte européenne de l’autonomie locale – son œuvre de référence –, il avait pris l’initiative d’une autre mission, en Turquie. Il s’agissait de maires kurdes qui avaient été destitués. Cette affaire avait fait l’objet, de la part du fameux Congrès, d’une « recommandation » au Comité des ministres, la plus haute instance du Conseil de l’Europe. On peut raisonnablement penser que ce document n’a pas durablement infléchi la politique européenne à l’égard de la Turquie… Outre la Belgique, la Lettonie fait en ce moment l’objet d’un intérêt particulier du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux. Dans ce pays balte, c’est le sort de la minorité russophone qui fait problème.
Chez nous, après leurs derniers contacts aujourd’hui, les émissaires européens se consacreront à la rédaction de leurs conclusions.


Trois représentants du Conseil de l’Europe ont entamé ce mardi matin une série de consultations pour s’informer de la situation à la suite de la non-nomination des trois bourgmestres des communes à facilités de Linkebeek, Crainhem et Wezembeek-Oppem par le ministre flamand des Affaires intérieures.

Leur premier rendez-vous était fixé au cabinet du ministre-président de la Région bruxelloise Charles Picqué qu’ils ont rencontré durant près de deux heures, aux côtés des ministres bruxellois flamand Guy Vanhengel (Open Vld) et francophone Benoît Cerexhe (CDH). Ceux-ci président les commissions communautaires flamande et française de Bruxelles.
À sa sortie du cabinet de Charles Picqué, la délégation du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe, composée de Michel Guégan (chef de délégation – France), Dobrica Milovanovic (Serbie) et Anders Knape (Suède), vice-président du Congrès, s’est refusée à tout commentaire.
Les ministres bruxellois francophones et flamands ont quant à eux souligné qu’ils étaient les seuls représentants des deux principales communautés du pays à rencontrer la délégation du Conseil de l’Europe ensemble.
Selon eux, cela s’est fait dans un « face à face amical » au cours duquel chacun a pu exprimer son point de vue.
Le ministre-président Charles Picqué a affirmé qu’il serait « illusoire de croire que le problème de la nomination des bourgmestres de la périphérie peut-être désaccouplé des autres problèmes institutionnels ».
Guy Vanhengel a estimé qu’un bourgmestre ne pouvait être nommé lorsque son acte de candidature faisait l’objet d’un rapport négatif de la part du gouverneur de la province.
« À Bruxelles, nous avons toujours surmonté les moments de petite tension entre nous. Si nous étions responsables en périphérie, je suis presque sûr que nous aurions trouvé une solution », a-t-il ajouté.
Benoît Cerexhe a souligné quant à lui que des bourgmestres élus démocratiquement devaient être élus.
La délégation du Conseil de l’Europe s’est ensuite rendue chez le ministre fédéral de l’Intérieur, Patrick Dewael.
En fin d’après-midi, elle écoutera les trois bourgmestres privés de nomination.
Auparavant, elle aura rencontré le ministre des Affaires intérieures flamandes Marino Keulen qui a refusé de nommer les trois bourgmestres parce qu’ils n’ont, selon lui, pas respecté la législation linguistique en envoyant des convocations électorales spontanément en français.
Le ministre a souligné mardi qu’il n’avait pas de préjugé à l’égard des francophones.
« Les trois bourgmestres concernés n’ont pas été nommés car ils ont pris l’option du conflit permanent. Ils disent qu’ils ne reconnaîtront jamais l’autorité flamande et l’un d’entre eux, M. Van Hoobrouck, évoque même ’un état de guerre’. J’ai toujours été fort patient, il a fallu longtemps avant que je dise que j’en avais ras-le-bol ».
Marino Keulen a par ailleurs jugé que le dossier de la nomination des bourgmestres n’était pas politique mais juridique.
« Un bourgmestre peut être à 1000 % en désaccord avec moi, mais il doit appliquer les lois et les décrets sur son territoire. En outre, il exerce une partie des compétences de l’état telles que la sécurité et la police.
C’est pour cela que l’autorité supérieure se prononce sur sa nomination », a-t-il encore dit.
Le ministre flamand s’est enfin interrogé sur l’opportunité du passage des délégués européens chez le ministre-président bruxellois Charles Picqué. « Nous avons pu obtenir que le ministre Guy Vanhengel puisse prendre part à l’entretien, a-t-il précisé.

Les bourgmestres se disent confiants

Après avoir été entendus pendant plus d’une heure trente, les trois bourgmestres de communes à facilités de la périphérie bruxelloise ont dit faire confiance à la démarche des représentants du Conseil de l’Europe venus consulter tous azimuts sur les raisons de leur non-nomination par le ministre flamand des Affaires intérieures.

A l’issue de cet entretien, ils ont dit faire confiance dans la démarche de ces représentants du « Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe ».
Le ministre des Affaires intérieures flamandes entendu auparavant, s’est quant à lui demandé s’il avait pu convaincre cette même délégation.
« Nous sommes confiants. Nous avons été écoutés dans un climat serein et très constructif par des membres du Conseil qui connaissent leur dossier impeccablement », a affirmé le bourgmestre de la commune de Wezembeek-Oppem, entouré de ses collègues de Crainhem, Arnold d’Oreye et de Linkebeek, Damien Thiéry.
Les nombreuses questions qui leur ont été posées ont notamment porté sur les raisons de l’envoi de convocations électorales en français et en néerlandais, ainsi que sur la légalité ou nom de l’usage du français par les conseillers communaux des communes à facilités, a-t-il dit.
François Van Hoobrouck a rappelé que les bourgmestres des communes à facilités n’avaient pas eux-mêmes attiré l’attention du Conseil de l’Europe sur leur situation. Le bourgmestre de Linkebeek, Damien Thiéry a déclaré quant à lui que « certains politiciens belges ne connaissent pas le dossier aussi bien que les deux délégués du Conseil de l’Europe ». Il a souligné que lui et ses collègues demandaient « le respect de la démocratie et de la loi en toute civilité ».
Comme à l’issue de leurs autres entretiens du jour, les délégués du Conseil, le Français Michel Guégan, chef de délégation, et le Serbe Dobrica Milovanovic se sont refusés à tout commentaire, au terme de leur première journée d’information.
Contrairement à ce que donnait à penser la présentation de leur programme de travail, le vice-président du Congrès, Anders Knape (Suède), n’a pu faire le déplacement en Belgique pour des raisons d’agenda.
Keulen : « un échange intensif »
De son côté, le ministre des Affaires Intérieures flamandes Marino Keulen qui les avait reçus plus tôt dans l’après-midi, a parlé d’un « échange intensif ». Il s’est demandé s’il avait pu convaincre la délégation. D’après lui, une série d’images concernant les autorités flamandes sont bien ancrées dans les esprits et « révoltantes ».
Il a par ailleurs dit percevoir dans la démarche des bourgmestres un agenda électoral caché. « Ils ont voulu faire un pied de nez à la Flandre et ont parié sur le fait que leur affaire serait réglée durant la formation du gouvernement », a-t-il commenté.
Marino Keulen s’est par ailleurs interrogé sur l’opportunité pour la délégation du Conseil de l’Europe de s’être rendue chez le ministre-président bruxellois Charles Picqué.
Avant le ministre fédéral de l’Intérieur Patrick Dewael, celui-ci a en effet reçu la délégation, entouré des ministres bruxellois francophone, Benoît Cerexhe, et flamand, Guy Vanhengel.
« C’est sans doute la reconnaissance de la Région bruxelloise par l’instance européenne qui lui est insupportable », a répliqué Charles Picqué à l’adresse de Marino Keulen. Le ministre-président bruxellois a souligné que lors de leur passage par la Région bruxelloise, les délégués du Conseil de l’Europe avaient été « confrontés à un point de vue équilibré et sans guérilla de mandataires francophones et flamands ».
Mercredi, la délégation du Conseil de l’Europe rencontrera le ministre-président de la Communauté germanophone Karl-Heinz Lambertz ; des représentants de l’Union des Villes et communes de Flandre ; Marleen Vanderpoorten, présidente du parlement flamand, ainsi que des représentants de l’Union des Francophones de la périphérie. Elle fera le point sur leur mission, devant la presse, à 16h30.

Vaudeville belge pour public serbo-breton

Mardi, les inspecteurs du Conseil de l'Europe ont assisté à une 1re passe d'armes communautaire au cabinet Picqué. Les bourgmestres de la périphérie bruxelloise sont au coeur de leur "tournée". Qui s'achève aujourd'hui.
La journée du mardi, pour les deux Sherlock Holmes délégués par le Conseil de l'Europe, a commencé sur le ton de l'humour (belge). "J'ai dit au Serbe quand il est parti : "Ne vous en faites pas, hein ! En Belgique, on crie beaucoup, on s'excite, mais on est toujours pas prêts de voir une guerre civile"... Dobrica Milovanovic, le "Serbe", n'a, paraît-il, que modérément apprécié le trait d'humour du ministre bruxellois Vanhengel (VLD). Cela se passait au sortir d'une réunion de deux heures, mardi matin, au cabinet du ministre-Président Charles Picqué (PS).
Pour leur entrée en matière, les inspecteurs - un Français, un Serbe - du Conseil de l'Europe chargés d'enquêter sur la non-nomination de trois bourgmestres en périphérie bruxelloise ont été plongés jusqu'au cou dans le belgo-belge. Benoît Cerexhe (CDH) faisait face à Guy Vanhegel (VLD) pour le seul duel direct auquel les inspecteurs auront droit durant leur courte mission (deux journées) en Belgique.
- "J'ai exposé l'argumentaire francophone", raconte Benoît Cerexhe. D'abord, sur l'envoi des convocations électorales en français dans les communes de Linkebeek, Wezembeek-Oppem et Crainhem. Et, ensuite, sur l'utilisation du français dans les Conseils communaux de ces trois communes à facilités de la périphérie bruxelloise. "J'ai fait remarquer que Keulen n'avait même pas pris la peine d'auditionner les trois bourgmestres !"
- "Mais il y avait un rapport très clair du gouverneur du Brabant flamand !, enrage Vanhengel (en français dans le texte, le Serbe a un traducteur). Keulen n'avait pas besoin de les entendre !"
- Cerexhe intervient : "C'est du deux poids deux mesures, ça ! Quand les maïeurs flamands n'organisent pas les élections parce que BHV n'est pas scindé, on ne leur tape pas sur les doigts mais quand ce sont des francophones..."
- Là, "Guégan (le Breton, NdlR), a eu la question qui tue, rapporte Vanhengel. "Est-ce que, oui ou non, les francophones ont demandé à recevoir des convocations électorales en français ?" Non, évidemment", siffle le Flamand.
- "On n'est pas d'accord de toute façon", termine Cerexhe. Vanhengel : "On a une profonde divergence sur le fond".
Puis, les inspecteurs Guégan et Milovanovic s'en sont allés trouver Marino Keulen, le libéral en charge des Affaires intérieures à la Région flamande. Lui a enfoncé le clou juridique devant ses deux interlocuteurs européens. Il a relaté le fonctionnement législatif belgo-flamand. Et en quoi la tutelle régionale sur les communes était incontournable. Tout y est passé. Histoire de prouver que la Région flamande est droite dans ses bottes à l'heure de ne pas nommer les trois maïeurs.
Last but not least, la première journée de la tournée belge des inspecteurs s'est achevée par une entrevue avec les trois bourgmestres Damien Thiéry, François Van Hoobrouck et Arnold d'Oreye. "La discussion a été amicale, souligne Damien Thiéry. Ils ont surtout voulu s'informer par rapport à ce que Keulen avait mis en avant plus tôt dans la journée. Ils ont bien compris certains "deux poids deux mesures", et ont de toute façon une excellente connaissance technique du dossier", conclut le bourgmestre de Linkebeek.
Allez, du calme. "De quoi parle-t-on finalement ?, temporise Guy Vanhengel . D'un Breton et d'un Serbe qui viennent s'informer sur la situation politique belge. Et avec aucune sanction de quelque nature que ce soit à la clé. Du calme." Le rapport du "Français" et du "Serbe" est attendu à la fin du mois de mai. Du calme.

21 avril 2008

Vanhengel et Smet, « Flamands de service »

Le député flamand Eric Van Rompuy (CD&V) a qualifié sur son site les ministres bruxellois Guy Vanhengel (Open VLD) et Pascal Smet (SP.A) de « plus faibles représentants flamands dans le gouvernement bruxellois depuis vingt ans » et de « Flamands de service » (en français dans le texte).
Il réagissait ainsi aux réactions "plutôt positives" selon lui de ces deux ministres bruxellois flamands à la proposition des ministres-présidents Rudy Demotte (Région wallonne et Communauté française) et Charles Picqué (Région bruxelloise) de créer une institution francophone gérant les matières communautaires avec un ancrage régional prononcé.
"Que ce plan ne souffle mot du sort des Flamands de Bruxelles ne semble pas les affecter. Nous sommes-nous battus pendant des décennies en faveur de garanties constitutionnelles dans les institutions bruxelloises pour les voir maintenant s'évaporer dans Wallo-Brux? ", lance Eric Van Rompuy.
Le député régional considère ce projet comme une mainmise francophone sur Bruxelles et l'antichambre du séparatisme. Il signifie à ses yeux pour Bruxelles la fin de son statut de capitale des deux communautés.
A l'exception de ceux du CD&V, les chefs de file des formations démocratiques flamandes de l'échiquier politique bruxellois avaient réagi plutôt positivement, jeudi, à la prise de position commune des ministres-présidents wallon et bruxellois au sujet de l'avenir des institutions francophones du pays.