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09 septembre 2008

L'éclatement du pays coûterait 7,2 milliards

C'est la Wallonie qui, en cas d'autonomie - sans Bruxelles - serait la victime la plus lourde de l'éclatement de la Belgique.
La facture annuelle pour la partition de l'Etat s'élèverait à 7,2 milliards d'euros (-2,3% du PNB). La Wallonie perdrait ainsi 4,89 milliards d'euros (-6%), écrit mardi Le Soir, citant des calculs de Rudy Aernoudt, ex-secrétaire général de l'administration flamande.
La Flandre perdrait de son côté 1,25 milliard d'euros par an dans l'aventure contre 1,06 milliard d'euros pour Bruxelles.La baisse pour la Wallonie s'expliquerait surtout par le démantèlement des transferts de la Flandre vers le Sud dans la foulée de la fin du pays.

Chaque wallon perdrait 1.200 euros par an
Si l'on calcule en fonction de la population, chaque wallon perdrait 1.200 euros par an contre 200 euros pour un Flamand. A politique inchangée, le nombre de Wallons passant sous le seuil de pauvreté passerait de 17% à 27%.
Rudy Aernoudt a également établi un second scénario: celui de la reconstitution d'un Etat fédéral performant, mettant en place des collaborations interrégionales efficaces. Dans un tel cas, 100.000 des chômeurs wallons accepteraient d'occuper les 150.000 emplois vacants en Flandre.
Dans un tel scénario, des économies de 14 milliards d'euros seraient réalisées, dont 7 milliards pour la Flandre, 4 milliards pour la Wallonie et 3 milliards pour Bruxelles.

10 septembre 2007

Scission ou non ?

Un scénario plausible, la disparition de la Belgique ? En prélude au "Mise au point" (RTBF) de dimanche remettant sur son métier la bonne [?] question, Marie-Claire Houard elle-même en convient : "Plus j'y pense, moins j'y crois". C'est elle qui, en "simple citoyenne", a lancé une pétition pour l'unité qui dépasse à ce jour les 82500 signatures...

Pour la plupart des signatures francophones, c'est vrai. Il faut dire que le site a été lancé en français. Et ensuite "mal traduit en néerlandais", enchaîne Mathias Storme, politologue à la KUL dont on sait l'engagement flamand pointu. Il y trouve de quoi fourbir sa grande théorie : "Vous ne parlez pas de la Belgique, mais d'un Etat francophone où on peut rester unilingue, sans respecter les frontières linguistiques, sans réelle réciprocité. Dans ce sens-là, ce sont les francophones qui sont des séparatistes".
Mais ces sondages récents qui témoigneraient d'une radicalisation de l'opinion flamande ? Confirmation précieuse : il n'y a pas d'unanimité néerlandophone. Sven Gatz (Open VLD) : "Cette radicalisation est conjoncturelle. Gardons notre sang-froid. L'indépendance, pour quoi faire ? C'est un leurre, un discours romantique. Moi, je suis fédéraliste". À l'inverse, Jean-Marie Dedecker (parti éponyme) : "On n'a pas besoin de sondages. Vous n'avez pas encore compris ? Il n'y a qu'à voir les résultats des élections : les belgicistes (Open VLD et SP.A) ont perdu. Moi, je dis : la Belgique si possible; pas de Belgique si nécessaire. Et je ne comprends pas les francophones qui sont le seul peuple au monde à avoir peur de sa propre autonomie". Nous n'avons pas peur, le coupe son presque homonyme (MR) Armand De Dedecker (les accointances, décidément, s'arrêtent là). "Si les médias flamands expliquaient les conséquences d'une scission, les citoyens comprendraient qu'elle est un suicide collectif et les sondages seraient tout autres".
Plusieurs francophones abondent, et listent les multiples problèmes qui seraient à résoudre : délimitation des frontières, identification des collectivités, statut de Bruxelles, répartition de la dette, complications pour les entreprises, reconnaissance internationale, protection des minorités, armée, justice, fiscalité perçue au "pays" du travail, etc.
Clarifier l'agenda nordiste
Serait-ce si évident, pourquoi cela coince-t-il tant ? Au moins deux explications sont apportées sur le plateau. Un : "Le CD & V, rappelle Armand De Decker, a amené une N-VA qui en tame cette négociation comme étant l'avant-dernière avant la liquidation de l'Etat belge". Haut fonctionnaire flamand atypique, Rudy Aernoudt prolonge, avec le sens de la formule que l'on a appris à lui connaître : "Si la N-VA ne s'intéresse qu'à la Flandre, qu'elle ne s'intéresse pas à des négociations belges ! Quand on ne croit pas en Dieu, il ne faut pas vouloir devenir pape". Deux, poursuit De Decker (on parle bien d'Armand, le président du Sénat) : "S'il y a un agenda caché flamand, ça peut durer des mois. S'il y a un projet pour la Belgique, on peut vite avancer dans les négociations".
En constitutionnaliste (Saint-Louis), Hugues Dumont renchérit et résume : "Il y a beaucoup d'ambiguïtés en Flandre. Une partie de l'opinion, qui monte en puissance, est favorable à la souveraineté. Une autre partie est constituée de fédéralistes loyaux qui veulent réformer le fédéralisme. Nous devons exiger une clarification des objectifs flamands finaux. Tant que ce n'est pas le cas, je comprends que les négociateurs francophones ne veuillent pas faire des concessions".

21 mars 2007

Un premier ministre francophone ?

A peine 22% des Wallons voudraient un premier ministre francophone

Un peu plus des deux tiers des Wallons (68%) demandent le retour à une Belgique beaucoup plus unie. Les Néerlandophones ne sont par contre que 32% à partager cet avis.
En revanche, plus de la moitié des Flamands (55%) estiment qu'il faut continuer dans une Belgique unie mais où chaque région a son autonomie dans certains domaines, contre 30% des Wallons, selon un sondage à paraître demain/lundi dans les journaux Vers l'Avenir-Le Jour-Le Courrier et Het Nieuwsblad.

8% des Néerlandophones prônent le séparatisme contre 1% en Wallonie. A l'issue des élections fédérales du 10 juin, 22% des Wallons et 2% des Flamands préféreraient un premier ministre francophone. 6% des Wallons et 42% des Flamands souhaitent un premier ministre flamand. 71% des Wallons et 54% des Flamands n'ont pas de préférence à ce sujet. (belga)

21/03/07
"Je veux aider la Wallonie à s'en sortir"

Le ministre-président flamand a un diagnostic sévère sur la Wallonie. Mais à ses yeux, la Belgique a encore un avenir. Le ministre-Président veut un sursaut wallon et une gestion bruxelloise plus serrée.
Alexis Haulot
Quels enseignements tirez-vous des sondages de "La Libre" sur les Flamands ?
Certains résultats sont tellement étonnants que je n'y crois pas ! Ainsi le fait que les Flamands préféreraient Anvers comme la capitale de la Flandre, cela me fait rigoler. Moi, je ne me laisse pas guider par les sondages même s'il s'en dégage des informations intéressantes.
Mais il y a un divorce entre la volonté politique et la population...
Il n'y a pas de divorce. Il y a un problème d'interface. Ma vision de l'Etat belge se trouve confortée par votre sondage... La Belgique a un avenir mais il faut plus d'espace pour faire du travail sur mesure. Il y a d'autres chiffres essentiels que ceux des sondages : ce sont ceux du chômage, des différentiels de l'évolution économique. Le fait que le meilleur arrondissement wallon pour le chômage soit 3,4 pc en dessous du plus mauvais en Flandre est une donnée interpellante. L'économie wallonne ne se porte pas bien; ça, c'est une réalité. Et je veux l'aider à s'en sortir. Je ne veux pas de réformes asociales : il faut investir pour donner des chances aux chômeurs. Et je ne souhaite pas, par exemple, la suppression des allocations de chômage après 6 mois.
Les réformes que vous souhaitez veulent donc enrichir la Flandre...
Non, c'est par souci de l'avenir du pays et en raison de la situation sociale et des drames qui en découlent. Mais savez-vous que Mons est la capitale belge du chômage avec 26 pc... Et il y a des régions comme celles de Charleroi, du Centre ou quelques quartiers de Bruxelles où il y a 30 à 35 pc de chômage.
Mais il y a des différences régionales dans tous les Etats fédéraux ?
Entre le Nord et le Sud de l'Italie, il y a un différentiel mais il est moins grave qu'entre la Wallonie et la Flandre. Sur un territoire géographique aussi étroit, cela n'existe nulle part.
Et il y a des nuances entre la Flandre occidentale et le Limbourg ?Oui mais elles sont moindres qu'entre la Flandre et la Wallonie. Le taux de chômage le plus élevé en Flandre, c'est 8,3 pc dans le Limbourg alors que du côté wallon, les moins mauvais sont le Luxembourg et le Brabant wallon avec 11,3 pc.
Pour en sortir, la Wallonie a quand même son plan Marshall...
Cela fait 30 ans que cela bouge en Wallonie mais la situation n'a jamais été aussi mauvaise qu'aujourd'hui. Il faut plus d'esprit d'entreprise. Prenez le récent rapport de l'OCDE : le coût salarial est 5 pc plus bas en Flandre qu'en Wallonie. Il y a en Wallonie beaucoup de gens de qualité, qui veulent entreprendre, il y a de bons travailleurs mais il faut donner plus d'espace à ces bonnes choses. Il faut s'attaquer au chômage et voir ce qui peut aider le développement économique. La priorité donnée au développement des entreprises en son sein me paraît importante mais on ne peut pas attendre un bouleversement de ce seul plan. Ce plan est bon et il faudra l'appliquer de la manière la plus complète.
Quelle est votre vision de la Belgique ?L'Etat fédéral a un avenir si on donne de l'espace aux entités fédérées pour supporter leur financement, pour résoudre leurs problèmes sociaux et leurs différentiels économiques. Si on réussit à faire cela au niveau institutionnel, l'Etat belge a un avenir. L'histoire de la Belgique, c'est une belle histoire...
Donc, ce qui se passe en Wallonie, c'est bien mais c'est insuffisant...Il y a une Région où il y a un problème socio-économique très grave. L'économie belge n'existe plus; le secrétaire général de l'OCDE l'a affirmé. C'est pour cela qu'il faut tellement s'atteler à la situation économique wallonne. C'est une responsabilité collective des politiques, des entrepreneurs, des médias, de tout le monde...
La solution passe par une réforme de l'Etat. Mais les francophones craignent un appauvrissement...
Pourquoi dites-vous cela ? Moi, je veux garder la solidarité interpersonnelle au niveau de la sécurité sociale. Mais je veux qu'au niveau des dépenses, au niveau de la politique du marché du travail, on puisse traiter nous-mêmes ces problèmes parce qu'ils diffèrent du Nord au Sud.
Comprenez-vous pourquoi les francophones freinent toute réforme ?On verra bien s'ils freinent... J'ai lu que Reynders était favorable à ce que l'on perfectionne certaines structures. Quand, en 2001, les francophones ont demandé un refinancement, les Flamands ne s'y sont pas opposés...
Etes-vous candidat Premier ?
Pour l'instant, je suis président du gouvernement flamand. Il n'est pas exclu que je participe aux élections et au moment idoine, je m'expliquerai.
La toute-puissance du PS et sa permanence au pouvoir constituent-elles des problèmes ?C'est à mon président de parti qu'il convient de s'exprimer.
A présent, vous ne voulez plus toucher à la monarchie...Je n'ai jamais dit le contraire.
Mais vos alliés de la N-VA sont franchement républicains...
Il n'y a pas longtemps, j'étais au Standard à côté de Claude Eerdekens. Il est rattachiste, non ? Et cela ne semble pas poser de problème au PS...
Vous êtes-vous senti visé quand le Roi a parlé en janvier 2006 de séparatisme feutré ?Oui et je l'ai même dit au Roi. Mais Albert II assume très bien sa fonction dans le respect de la Constitution. Quand certains émettent des critiques, cela concerne certains membres de la Cour.
Le Prince Philippe semble se montrer plus intervenant...
Il semble que certains rédacteurs en chef ne peuvent pas subir la moindre critique...
Pourquoi faites-vous peur aux francophones ?
C'est l'image qu'on donne de moi. Cela semble bien convenir à nombre de mes collègues wallons qui peuvent ainsi éviter d'aborder une série de problèmes qui les touchent directement.
Mais n'avez-vous pas alimenté cette caricature dans l'interview que vous avez accordée l'été dernier à "Libé" ?
Bon, si c'était à refaire, je ne recourrais plus à l'arme de l'humour. J'ai simplement voulu dire que chez beaucoup de francophones, surtout dans la périphérie, il y a une sorte de manque intellectuel d'ouverture pour la Belgique et ses grandes communautés.
Votre vision de Bruxelles ne rassure pas les francophones...
Il y a la multiplicité des institutions qui s'occupent de Bruxelles et de son million d'habitants. Il y a là une complexité qui met en danger le fonctionnement même. Bruxelles nécessite une approche sui generis. C'est aux Bruxellois de dire ce qu'ils veulent. Moi, je pense qu'il faut simplifier mais maintenir les 19 communes qui sont la structure démocratique de base.
Il reste la pomme de discorde de BHV. Comment en sortir ?En en parlant le moins possible dans les journaux... L'arrêt de la Cour d'arbitrage doit être respecté : c'est une bombe à retardement pour la légitimité des élections fédérales qui suivront celles de juin prochain.
Est-ce qu'on peut installer un nouveau gouvernement fédéral sans une grande réforme de l'Etat ?
Il faut négocier un accord de gouvernement avec un chapitre institutionnel. Un bon accord qui doit être le plus précis possible...
Vous êtes un homme pressé ?
Au lieu d'affronter la réalité, beaucoup de collègues francophones aiment ou bien dresser le portrait d'un ennemi extérieur ou dire que chaque pas en avant vers une meilleure répartition des compétences entraînera la fin de la Belgique.
Si le CD & V arrive au pouvoir, y associera-t-il le CDH ?
J'ai beaucoup d'estime pour le CDH même si au niveau communautaire, comme dans d'autres partis, on n'est pas d'accord. J'apprécie le travail de Joëlle Milquet et de la nouvelle génération avec Melchior, Benoît, André, etc. Personnellement, je n'aurais pas rayé le "C" de chrétien. © La Libre Belgique 2007

31 janvier 2007

«Une Belgique unie, fédérale et modernisée»

MAJ 31 /01/07

Le président socialiste agresse ses vœux au Premier ministre

Elio Di Rupo, en tant que président du PS, a présenté ses vœux mardi. Et il a lancé quelques flèches, principalement vers le Premier ministre. Pour le président du PS, à travers son discours au palais royal la semaine passée, Guy Verhofstadt a "fait prendre un risque à l'unité du pays"....


Elio Di Rupo ne ménage pas Guy Verhosftadt. Mardi, il a à nouveau critique le discours prononcé la semaine passé par le premier ministre au Palais Royal. Un discours faussement gentil pour Elio Di Rupo : "-Il y a beaucoup de slogans, on parle avec un ton velouté comme ça, très doux pour le moment, (…) mais il ne faut pas sous-estimer, ce qu'il y a derrière cette couche de vernis, il y a vraiment la volonté d'une régionalisation plus intense" et Elio de Rupo de rappeler sa volonté de préserver "l'unité du pays, la stabilité".

Quant à la Wallonie, à quelques heures d'un discours qu'il prononcera sur son avenir au Parlement Wallon, Elio Di Rupo reconnaît que crier victoire et cocorico, ne correspondrait pas tout à fait la réalité. "Il n'y a certainement pas de cocorico, concède le patron du PS," mais certainement pas non plus ce coté permanent, agressif contre la Wallonie, qui finalement nous positionne à l'échelle internationale d'une manière qui n’est pas suffisamment bonne en fonction des véritables qualités que nous avons". Bref, pour ceux qui en doutaient encore, la campagne électorale est bel et bien lancée, et à travers chaque discours, chaque parti, chaque camp se positionne.

A noter que le discours d'Elio Di Rupo sur "L'état de la Wallonie", qu'il prononcera puis débattra avec les parlementaires wallons aujourd'hui à Namur, ne sera finalement pas télévisé, comme cela avait été envisagé, par les télévisions communautaires. La fédération des télévisions locales a finalement estimé qu'elle devait renoncer à cette retransmission parce qu'aucune modalité précise ne permettait d'éviter les interventions en direct des parlementaires d'extrême droite

Il y a quelques jours les éléments se déchaînaient : une pluie grise hachurait le ciel et des vents tourbillonnants balayaient notre pays.
Soit un décor planté pour une interview Ecolo.
VIDEO• E. Di Rupo critique le discours de G. Verhofstadt
ARTICLES• La Belgique façon Verhofstadt

Jean-Michel Javaux, la figure montante du parti vert, nous a ainsi déballé ses ambitions en vue des législatives.

Les arguments du Secrétaire fédéral pourraient bien faire mouche à l’heure où le débat énergétique et environnemental agite le globe. Tous les partis récupèrent le thème de l’environnement, votre cheval de bataille ? Vous sous sentez spoliés chez Ecolo ?Depuis 25 ans Ecolo tente d’imposer ces thèmes-là à l’agenda, en essayant d’expliquer à quel point ils sont structurants des autres problématiques.
Après la communauté scientifique, les partis traditionnels se rallient enfin à notre cause.
Mais à la veille des élections, on s’interroge: les partenaires sont-ils sincères ou veulent-ils uniquement surfer sur une vague médiatique à l’heure où Al Gore et Nicolas Hulot font un tabac. J’attends que les actes suivent les beaux discours.

Il y a eu quatre super sommets sous la dernière législature, pas un seul n’a été consacré au réchauffement de la planète et aux questions environnementales. De plus, comment peut-on dire : « il faut absolument atteindre les objectifs de Kyoto » et en même temps faire des autoroutes à quatre ou cinq bandes, annoncer un ring autour de Liège, retarder la venue du RER et continuer à construire en périphérie. Il y a de l’hypocrisie là-dessous.

Vous avez une longueur d’avance dans le domaine écologique. Quant est-il alors de votre programme socio-économique ?

On a trop longtemps perçu l’écologie comme source de contrainte, or elle signifie opportunité d’emploi (construction), moteur de recherche (nouveaux matériaux), source de convivialité. Elle va dans le sens d’une meilleure qualité de vie. Toute une série de secteur d’avenir s’ouvrent à nous.

Que pensez-vous du plan énergie émis par la Commission européenne ?

Il est intéressant mais pas assez ambitieux. Il manque de clarté. D’un côté, il pousse à la modernisation et à l’innovation mais de l’autre, il reste influencé pas une idéologie pronucléaire. Or, dire aujourd’hui qu’il faut revenir au nucléaire c’est un peu comme si on rachetait des TV noir et blanc à l’époque du plasma. Personne ne connait réellement la portée du danger, le risque zéro n’existe pas. Pour preuves : dans l’environnement des centrales, on distribue encore des pastilles d’iode, on aménage un réseau d’évacuation d’urgence, on établit un plan de sécurité dans les écoles et on prévoit des alarmes. Enfin, un dernier argument contre le nucléaire, nous savons bien que les stocks d’uranium seront épuisés d’ici 40 ou 60. Donc que faut-il faire? Se tourner vers le soleil, la seule source énergétique qui pourrait nous rendre indépendant. Vous êtes à la fois Secrétaire fédéral et bourgmestre d’Amay, un cumul insolite chez Ecolo, parti très « éthique » ?Ecolo n’interdit pas l’addition de ces statuts. Ce qui nous importe, c’est qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêt. Ainsi, vous ne pouvez pas être à la fois directeur d’une intercommunale et député de la commission qui surveille celle-ci. En ce qui me concerne, je suis fier d’être le bourgmestre d’Amay, qui pour rappel, a connu plus de 82 ans de majorité absolue socialiste. Peu à peu, les Verts ont gagné la confiance des électeurs et on s’est engagés à diriger la commune autrement. On a tout de même obtenu près de 44% des voies, je crois que c’est une première en Europe pour un parti vert. Maintenant nous devons démontrer qu’Ecolo est capable de gérer l’une des communes les plus surendettée de Belgique. J’assumerai ce mandat jusqu’au bout. Mais ce n’est pas un boulot à temps-plein. Je suis donc disponible pour assumer la charge d’un Secrétaire fédérale et redresser la barre d’Ecolo qui a connu un fameux revers en 2003 (moins de 10% des votes). Vous n’allez-donc pas remettre votre mandat de Secrétaire fédérale, comme vous l’aviez laissé entendre ?Je n’ai pas encore pris ma décision. Tout cela va dépendre des résultats. Après les élections, on en discutera collectivement. Mais je n’exclu pas de rester dans l’équipe dirigeante d’Ecolo. Cela revient-il à dire qu’on ne laisse pas tomber un poste de Secrétaire d’Etat pour celui de bourgmestre ?Non, mais c’est vrai que la direction d’Ecolo a souvent changé entre 1999 et 2003. Certes il ne faut pas s’accrocher à un mandat pendant 45 ans mais je pense qu’une certaine stabilité apporte des avantages. On gagne alors le respect des autres présidents de partis, on noue un réseau de contacts avec les syndicats, les fédérations patronales, les associations et les médias.Votre point de vue sur une éventuelle réforme de l’état ?J’ai toujours dit que je n’allais pas dans une réunion du front du refus. Il faut identifier au nord et au sud les hommes et les femmes de dialogue. On doit faire vivre ce pays. Je pense qu’il faut entendre les revendications flamandes, y apporter des réponses sans faire de la surenchère et dire si vous voulez BHV on va exiger d’élargir la région de Bruxelles jusque Knokke. Ce n’est pas très productif. Vous parlez de dialogue, quels rapports entretenez-vous avec le parti frère Groen?Nous avons beaucoup de contacts avec eux. Je suis attaché à une Belgique unie, fédérale et modernisé. Cela signifie donc et premièrement établir des liens avec son parti frère. Mais le climat n’a pas toujours été au beau fixe. De 2002 à 2004, les relations étaient froides et tendues entre Ecolo et Groen. Il faut reconnaitre qu’essuyer une défaite électorale comme nous l’avons vécue, n’est pas facile. Mon plus grand souhait serait que Groen puisse revenir dans les assemblées. Pour l’instant, la situation les paralyse un peu dans leur envol. Qui a l’étoffe d’un Premier ministre selon vous ?D’abord j’envisage un candidat qui serait le Premier ministre de tous les Belges et non d’une communauté. Secundo, je ne voudrais pas d’un Premier ministre qui gagne simplement la course de la popularité. Si un francophone enlevait le poste, il se pourrait qu’on paye le prix fort lors des futures négociations. Le sacrifice serait gigantesque. La bonne personne doit donc être capable de dresser des ponts entre Flamands, Wallons et Bruxellois, ce que fait Johan Vande Lanotte. Par contre Yves Leterme n’a pas encore réussi son examen de passage afin de se rendre acceptable vis-à-vis de tous les Belges. Quant à Elio di Rupo, il se positionne davantage en faveur de la campagne que la future gestion du pays. Vous seriez prêt à faire partie d’une alliance ?Oui, sur base d’un programme de gouvernement très clair, de priorités écologistes et si je suis assuré d’avoir le respect de tous les partenaires pendant la législature. Pour l’instant, le jeu est ouvert et un scénario arc-en-ciel n’est pas impossible, d’après moi.

29 novembre 2006

La Flandre est-elle prête à faire imploser la Belgique ?

La fin du fédéralisme de consommation, le frein autonomiste

La réforme de l'État promise en Flandre a perdu son meilleur moteur : l'argent. Mais le Nord n'en démord pas...

L 'impatience flamande de larguer les francophones ou, à défaut, d'effectuer un pas de géant vers l'autonomie est palpable. Les signes de fébrilité se bousculent ces derniers mois.
En décembre dernier, le plaidoyer du Manifeste des économistes regroupés dans le think tank « In de Warande » pour l'indépendance de la Flandre rappelle aux francophones qui en doutaient encore que le Vlaams Belang n'est pas seul à revendiquer la partition de l'Etat.

En février, Yves Leterme, ministre-président flamand, verse une louche d'huile sur le feu en remettant en cause le statut de Bruxelles : la vice-Première PS Laurette Onkelinx le qualifie d'homme dangereux.
Le 1 er juin, en séance plénière de la Chambre, deux membres du Vlaams Belang déposent une proposition de résolution relative « au démembrement de l'Etat belge en vue d'accorder l'indépendance au peuple flamand et au peuple wallon souverains ». Par 77 voix (flamandes) contre 51 voix (francophones) et une abstention (celle du président De Croo), la Chambre prend cette proposition en considération.
Le 11 juillet, jour de la fête « nationale » flamande, le discours de Norbert De Batselier, le réputé très modéré président du Parlement flamand, fait bondir les francophones : « Les besoins de la Wallonie et de la Flandre diffèrent sur le marché de l'emploi. Il faut donc régionaliser la politique de l'emploi. Il est tout aussi anachronique que l'impôt des sociétés soit fédéral alors qu'il s'agit d'une matière de soutien aux entreprises, ce qui relève de nos compétences. »
A la mi-août, Yves Leterme - encore lui, l'homme qui ne nie plus qu'il pourrait bien devenir le futur Premier ministre - se fend d'une interview gratinée à Libération : il y donne la priorité à la Flandre sur l'Etat fédéral (« La nécessité d'avoir un gouvernement fédéral passe au second plan par rapport aux intérêts de la Flandre »), tire à vue sur la Belgique (« Les différences s'amoncellent, le fossé se creuse. Que reste-t-il en commun ? Le roi, l'équipe de foot, la bière ») et injurie les francophones (« Ils ne sont pas en état intellectuel d'apprendre le néerlandais »). Voici une semaine, lors d'un colloque (sur le thème « La régionalisation dans la mondialisation ») organisé par le Marnixring, les trois organisations d'employeurs flamands (Voka, Unizo et VKV) ont plaidé à l'unisson pour une régionalisation des compétences socioéconomiques en 2007, couplée à une responsabilisation financière de chaque Région. Entre le Nord et le Sud, les ponts paraissent irrémédiablement coupés. Et, pourtant, en dépit de cette houle de fond autonomiste venue de Flandre, des brise-lames pourraient bien l'arrêter ou, à défaut, l'amortir très sensiblement.
Il n'y a pas qu'une seule Flandre. Il existe bien d'autres voix que celles des indépendantistes. En février, le groupe de réflexion « Pavia », regroupant des politologues réputés du Nord et du Sud du pays, planche sur une proposition aussi originale qu'utopique : la création d'une circonscription nationale. Objectif : inviter les politiques, dans le bras de fer qu'ils se livrent pour récolter des voix dans leur propre région, à se mettre aussi à l'écoute des soucis des électeurs de l'autre Communauté. Histoire, à défaut de partis nationaux, de forcer une partie des députés élus dans cette virtuelle circonscription à s'intéresser un peu à ce qui se passe de l'autre côté de la frontière. Les excités nationalistes de tout poil s'y reprendraient à deux fois avant de répandre leur fiel sur l'autre entité, sachant que leurs propos incendiaires leur enlèveraient tout espoir de séduire un seul de ses électeurs. Les politiques seraient priés de connaître de l'autre Communauté autre chose que le bulletin météo. Pour les politologues du groupe Pavia, le ver centrifuge est entré si profondément dans la pomme de l'Etat fédéral que même l'idée de créer des ponts n'intéresse plus les élites politiques de ce pays.
La question est de savoir s'il est encore possible, sans se faire traiter de vieux Belgicain, de s'opposer à ces forces centrifuges. Il n'y a pas qu'une brochette de politologues qui s'attellent à inverser le sens de la marche confédérale.
Le récent ouvrage « Wallonie-Flandre : je t'aime moi non plus » rédigé par Rudy Aernoudt, top manager du département Economie, Sciences et Innovation de la Région flamande, caracole dans le top cinq des meilleures ventes en Flandre. Cet Antimanifeste sur les relations entre Flamands et Wallons coupe l'herbe sous le pied au groupe de réflexion « In De Warande », chantre de l'indépendance. A contre-courant de cette thèse, Rudy Aernoudt, successivement chef de cabinet de l'économie wallonne, flamande et fédérale, pourfend les clichés Nord-Sud et exhorte les décideurs à la collaboration interrégionale et à l'application rigoureuse de la subsidiarité. « Trois euros, c'est trop ? », s'interroge l'auteur de l'ouvrage, répliquant à ceux qui s'offusquent des efforts titanesques consentis au Nord en faveur du Sud : « Trois euros par jour, c'est la somme payée par chaque Flamand pour réduire l'écart de revenus avec le Wallon qui gagne en moyenne 22 % de moins que lui. A titre de comparaison, chaque Belge paie un euro par jour pour financer les Chemins de fer, même s'il n'y a que 6 % des Belges qui l'empruntent. » A quelques mois d'un scrutin qu'on dit crucial pour l'avenir institutionnel du pays, ce discours tranche avec les visées séparatistes et les exigences de nouvelles
compétences mises sur la table au Nord. Plus de deux cents personnalités, issues des milieux culturels, sportifs et économiques ont déjà signé l' Antimanifeste. Au-delà des discours, il y a un argument objectif et imparable susceptible de faire hésiter tous ceux qui songent à effectuer le grand saut séparatiste : c'est l'argent. Les caisses fédérales en manquent cruellement.
Le temps béni de 2001 et des accords de la Saint-Polycarpe, celui où l'Etat fédéral accordait de l'argent aux entités fédérées pour leur permettre de financer leurs nouvelles compétences, est révolu. D'ici à 2012, année du choc démographique où les enfants du baby-boom atteindront l'âge de la retraite, le fédéral est prié de continuer à alimenter le fonds de vieillissement et à rembourser la charge de la dette publique.
A moins que la Flandre, plus confrontée à la facture du vieillissement de sa population que le Sud du pays, aille jusqu'au bout de son raisonnement confédéral et que, forte de son insolente prospérité budgétaire, elle prenne en charge le paiement de ses pensions et accepte de prendre à son compte la plus grosse partie de la dette de l'Etat.
Osera-t-elle prendre ce risque ? La peur de franchir ce dernier obstacle, celui qui ferait définitivement voler le pays en éclats, pourrait bien, in fine, faire reculer ces Flamands qui rêvent à tout prix d'autonomie...