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21 novembre 2007

L'orange bleue pense à son atterrissage

Un gouvernement, puis le communautaire
164 jours sans nouveau gouvernement. Les discussions institutionnelles à venir interviendront après la formation du gouvernement dont elles seront dissociées. Le PS se dit prêt à soutenir une majorité des deux tiers.

L'information selon laquelle le communautaire susccèderait à la formation du gouvernement dont il serait dissocié aurait été confirmée mercredi par les deux présidents d'assemblée, Herman Van Rompuy et Armand De Decker.
Elle a été accueillie favorablement par Ecolo et Groen! mais également par le parti socialiste. "C'est un élément très positif", a indiqué le président du PS, Elio Di Rupo, au sortir de la réunion qu'il a eue avec les deux réconciliateurs.
M. Di Rupo a réitéré son exigence d'une rencontre avec les présidents de partis francophones comme préalable au dialogue entre les communautés.
Il a ajouté que son parti serait disposé à apporter son soutien à une majorité des deux tiers dont l'objectif serait d'oeuvrer à la stabilité du pays.


Les quatre partis semblent évoluer désormais dans un climat plus serein, stabilisé. Mais gare aux ultimes turbulences.
Si l'Orange bleue était un avion poursuivant un interminable voyage, l'impression générale des passagers serait que l'engin semble enfin se stabiliser et qu'il entame peut-être sa descente vers une piste salvatrice qui se trouverait quelque part du côté de la rue de la Loi.
Un sentiment qui se nourrit des déclarations du MR sur la réforme de l'État, ce week-end : elles sont qualifiées d'« ouverture » au nord du pays. Le CDH n'a guère apprécié cette sortie en solo, mais a évité de sombrer dans l'excès de langage. La porte reste donc entrouverte pour un dialogue communautaire décisif.
Pas d'euphorie : le pilote Yves Leterme a-t-il les commandes bien en mains ? Et peut-il donner l'impulsion pour un atterrissage en douceur ? A voir… On se méfiera aussi des turbulences, toujours possibles en phase descendante, et donc du risque de crash politique, qui ne ferait sans doute aucun survivant.
Les passagers sont donc priés de redresser leur siège et de ranger leurs bagages dans les compartiments prévus à cet effet. Mais sans oublier d'attacher leur ceinture !
Le pilote
Y a-t-il un pilote dans l'avion ? Ce vieux titre de film convient parfaitement à Yves Leterme. Certainement depuis que le Roi a chargé Herman Van Rompuy et Armand De Decker d'une mission de réconciliateurs, de restauration d'un dialogue entre communautés, parallèlement à la mission de formation d'un gouvernement orange bleu confiée à Leterme.
Mais contrairement aux apparences, le formateur n'a pas lâché complètement les commandes de son appareil en détresse. Il consulte au contraire, plutôt intensément, les présidents de parti. Objectif : aboutir à un accord en trois axes, permettant la reprise officielle des négociations gouvernementales, interrompues depuis le 7 novembre et le fameux vote unilatéral flamand sur la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde en commission de la Chambre.
Il se dit d'ailleurs qu'Yves Leterme a beaucoup travaillé à ses propositions avec Joëlle Milquet, présidente du CDH, remise sous pression depuis la main tendue par le MR aux partis flamands, ce week-end (lire page 3). A ne pas négliger, non plus, l'apport du président du Sénat et ex-explorateur royal, Herman Van Rompuy, remis en selle par le biais du duo des présidents d'assemblée. L'homme conseille Leterme à la demande, sur le communautaire.
Les propositions mises sur la table par le formateur concernent, selon nos informations, trois axes : les gestes d'apaisement mutuels entre Nord et Sud ; le futur menu institutionnel ; et les structures (lire ci contre, La piste). Et d'aucuns ajoutent qu'un accord à quatre est à portée de main (une source nous assurant que trois partis sont déjà globalement d'accord, et que l'on attend Milquet). Un accord qui, s'il se concrétise, pourrait dès lors être révélé en ce milieu de semaine.
La piste
La piste d'atterrissage entrevue par les partenaires de l'Orange bleue (le « cadre » pour l'entente) est à deux bandes.
D'un côté, le contrat de gouvernement, socio-économique, sociétal, incorporant les préaccords engrangés par exemple sur la justice ou l'immigration, et comportant un chapitre institutionnel réduit (« une page », soutient Joëlle Milquet), qui énoncerait une série de thèmes relatifs à la réforme de l'Etat, fixerait des délais, et renverrait, pour l'exécution, au fameux « comité des sages », « convention » ou quel que soit son nom, extérieur au gouvernement. C'est la seconde bande (lire ci-contre).
Selon nos informations, le formateur Yves Leterme cherche un accord en trois axes. Un : sur des gestes mutuels d'apaisement entre francophones et Flamands. Les premiers garantissant l'existence d'une réforme de l'Etat ; les seconds garantissant de ne plus recourir au vote d'une communauté contre l'autre. Les partis de l'Orange bleue seraient à peu près d'accord sur la manière dont ces gestes seront posés. On évoque une déclaration flamande assurant que les partis respecteront le cadre fédéral. Mais l'on imagine qu'il y aura plus, des garanties inscrites d'une manière ou d'une autre dans l'accord gouvernemental (« un processus qui offre des garanties » et « une structure de dialogue avec des garanties aussi », nous dit-on). Voilà qui n'est pas forcément évident pour le cartel CD&V/N-VA.
Deux : sur l'esquisse d'un menu institutionnel (à concrétiser, selon un calendrier, dans le dialogue Nord-Sud essentiellement).
Trois : sur les structures, notamment de ce dialogue.
Du côté libéral, on assurait, lundi, attendre le CDH pour finaliser tout ça. Reste à savoir si la tactique visant à « coincer » Milquet est la bonne.
Les aiguilleurs
Débutée dans la confusion, après une intervention intempestive d'Armand De Decker (MR) à la radio, la mission du président du Sénat et de son collègue de la Chambre, Herman Van Rompuy (CD&V), représente une pièce maîtresse dans le montage politique autour de l'Orange bleue. Tactiquement : la création, à leur initiative, d'un comité des sages ou autre « convention » Nord-Sud doit permettre à Leterme Ier de voir le jour en se débarrassant, pour l'immédiat, de la patate chaude communautaire. Stratégiquement : c'est au sein de ce forum que se jouerait l'avenir de l'Etat-Belgique.
En ce sens, les deux compères sont en quelque sorte des aiguilleurs du ciel, l'atterrissage de l'Orange bleue dépendant de leur expertise et de leur adresse à rapprocher deux communautés aux logiques différentes. Pour cela, reste à convaincre les socialistes, surtout, et les écolos à participer à cette « convention », qui irait au-delà d'un comité des sages, avec une structure quasi parlementaire (sur le modèle de la Convention européenne ayant accouché d'un projet de Constitution), ouverte à tous. C'est l'idée, nous dit-on, reprise par Leterme.
Mercredi, les présidents rouges et verts seraient reçus par le duo d'aiguilleurs du ciel, qui recevrait les présidents de l'Orange bleue ce mardi. Sachant que la contribution de la future opposition est nécessaire si l'on veut atteindre la majorité des deux tiers nécessaire pour réformer l'Etat.
Vendredi au plus tard, le duo fera rapport au Roi. Et sa mission prendra fin, sauf nouvelle surprise. Une mission qui recoupe celle du formateur, puisque le duo travaille au rétablissement du dialogue communautaire, tant sur le fond que sur la forme, dialogue lui-même lié aux gestes d'apaisement Nord-Sud que tente d'obtenir Leterme.
Les deux ailes
Question de stabilité : les ailes francophone et flamande de l'Orange bleue doivent s'équilibrer. Ou ce sera le crash. Le cartel CD&V/N-VA doit pouvoir faire valoir que non seulement il y a eu le vote unilatéral de BHV en commission à la Chambre, puis l'invalidation des bourgmestres de la périphérie (deux faits d'armes, deux médailles à son torse), mais aussi qu'une réforme de l'Etat est bien en préparation, à laquelle le comité des sages s'attellera sans délai, avec une échéance, un timing – c'est une exigence préalable de la N-VA. Les partis flamands (cartel + Open VLD) clameront aussi que l'autonomie fiscale est à l'horizon. Une revendication forte.
Autre version du côté francophone : le CDH – lire ci-contre les propos de Joëlle Milquet – doit pouvoir affirmer qu'il a résisté, « seul souvent », à la poussée flamande ultra, que le comité des sages permettra de délayer la réforme de l'Etat. Le MR, lui, se targuera d'avoir œuvré au dialogue avec la Flandre, et d'avoir donné un gouvernement au pays. Fragile équilibre. L'Orange bleue est à ce prix : des interprétations différentes d'un même accord…
Pour l'heure, la N-VA a qualifié hier l'ouverture du MR de pas en avant, « sans plus ». Reynders, s'est dit, lui, « très heureux » des réactions CD&V et VLD : « C'est une semaine qui pourrait faire évoluer les choses », a-t-il jugé. Ajoutant : « Nous ne sommes pas opposés à prendre plus de responsabilités au niveau des Régions et Communautés, si l'Etat fédéral est renforcé et si on se respecte. »
Les turbulences
Malencontreux hasard du calendrier : la commission de l'Enseignement du Parlement flamand votera la semaine prochaine une proposition de décret qui autorisera l'Inspection de l'Enseignement néerlandophone à effectuer des contrôles dans les écoles francophones de la périphérie, pour déterminer si elles se conforment aux normes d'accompagnement des élèves en vigueur dans l'enseignement néerlandophone.
« Il s'agit d'un simple décret d'interprétation suite à une décision de 2006 : rien à voir avec l'Orange bleue » rassure Kris Van Dijck, député N-VA. « En Région flamande, ce sont les lois de la Flandre qui s'appliquent. Si l'on veut vivre ensemble, il faut respecter les lois. Je ne vois d'ailleurs pas en quoi ce décret pourrait poser le moindre problème. »
Au FDF, on s'indigne : « On touche à l'organisation de l'enseignement francophone, parasitant les conditions d'accès à son enseignement secondaire, qui n'est pas dispensé en Flandre. »
Ce nouveau risque de conflit est un écueil de plus sur la voie de la formation. Et ce n'est pas le plus gros. Lundi, le FDF rappelait « qu'avant toute discussion approfondie sur une réforme de l'Etat, le respect du suffrage universel en périphérie devait être réglé. » Un rappel qui, deux semaines avant un tour de carrousel prévu pour les trois maïeurs non nommés, vaut son pesant de crispations. D'ici là, il faudra aussi croiser les doigts pour qu'aucun acteur ne trouble la loi de la discrétion, voie royale vers l'Orange bleue. .
Le risque de crash
Après plus de 160 jours dans les airs, l'Orange bleue n'a plus droit à l'erreur. Hésiter encore, tourner en rond, tenter d'atterrir puis remettre les gaz, voir les copilotes se disputer encore : cela lui serait fatal. Didier Reynders l'a compris, qui s'est posé en protagoniste d'une « ouverture » aux partis flamands, jusqu'à évoquer la possibilité de transférer des compétences aux Régions en matière de fiscalité (IPP) et de gestion du marché du travail.
Le président du MR a senti que le sol se dérobait sous ses pieds, que l'on commençait à évoquer des formules alternatives à l'Orange bleue, comme la tripartite. Il fallait couper court. L'idée de faire atterrir l'Orange bleue au plus vite s'est imposée.
Tout risque de « crash » n'est pas écarté pour autant. Il faut que les partenaires s'entendent sur une répartition équilibrée des dossiers institutionnels à régler au sein du gouvernement et au comité des sages ou à la convention en gestation (lire page 2). Il faut, aussi, qu'aucun partenaire ne refuse le geste d'apaisement exigé de l'autre communauté (plus de vote N contre F, une garantie de réforme de l'Etat). Voilà qui ne sera facile ni pour la N-VA ni pour le CDH.
Une chose est sûre : avec gilet de sauvetage ou pas, l'Orange bleue ne survivrait pas au crash. Mais une nouvelle période d'instabilité politique s'ouvrirait, avec des partis radicalisés : retour à la case royale ; tour de table complet des partis démocratiques ; exploration des coalitions tripartites, asymétriques… ; redésignation d'un informateur, médiateur, formateur…
Le MR éreinté hier au comité directeur du CDH
Après l'« ouverture » du MR ce week-end (Le Soir de lundi) sur la réforme de l'Etat, Joëlle Milquet a pris soin hier, en conférence de presse, au siège du CDH, à Bruxelles, de ne pas refermer la porte du dialogue avec les Flamands. Elle a réitéré son soutien à l'initiative royale visant à mettre en place un dialogue entre les communautés (où doit se discuter, selon elle, la fameuse réforme de l'Etat), « impliquant tous les partis démocratiques francophones et néerlandophones », a rappelé qu'à la fin, il faudra des « solutions consensuelles et équilibrées » et a revendiqué « plus que jamais une stratégie collective francophone »… Quant à l'accord (hypothétique) de gouvernement, elle le verrait bien comporter « une page » où l'on énoncerait une série de thèmes institutionnels, qui seraient discutés ensuite au sein du comité des sages. Voilà le « cadre » auquel se réfère la présidente du CDH.
De là à s'avancer comme l'a fait le MR sur le transfert de compétences en autonomie fiscale ou sur le marché du travail, il y a un pas. Un gouffre à entendre les commentaires qui ont fusé au préalable au comité directeur du CDH, à huis clos…
« On » nous les rapporte. Extraits : « Après la réunion des francophones vendredi, où on réclamait un geste flamand, voir le MR sortir seul comme ça, c'est incroyable ! » (…) « Il se gifle une troisième fois, pour être sûr que le signal passera au Nord. Plus qu'un réflexe d'éducation chrétienne : vous savez, tendre l'autre joue » (…) « Cela devient clair : il y a une stratégie qui remonte au vote de BHV par les partis flamands à la Chambre le 7 novembre dernier. C'est cousu de fil blanc. »
Students et studenten…
Students et studenten…
Des milliers d'étudiants de l'ULB et de la VUB célèbrent ce mardi la Saint-Verhaegen (« la
Saint-V »), hommage arrosé au fondateur de l'université, Théodore Verhaegen. Les présidents de cercles francophones et néerlandophones feront un « à-fond » (un cul-sec) symbolique à 14 heures sur la place du Sablon, à Bruxelles, pour montrer « leur détermination et leur envie de continuer à vivre, guindailler et travailler ensemble ».
… bras dessus, bras dessous
Mercredi, autre opération de rapprochement entre étudiants flamands et francophones : « België knuffelt, Les Belges s'embrassent ». Initiée par des étudiants des universités catholiques de Louvain (KUL) et de Louvain-la-Neuve (UCL), elle a hier reçu le soutien du Mouvement populaire flamand (Vlaamse Volksbeweging, VVB), nationaliste, qui a appelé tous les étudiants flamands à participer aux embrassades sur la Grand-Place de Louvain.
Demotte craint
l'autonomie fiscale
Le ministre-président wallon, Rudy Demotte (PS), a souligné hier combien l'autonomie fiscale, telle que suggérée par Didier Reynders, créerait une concurrence fiscale importante entre les Régions. : pour la Région wallonne, « il est essentiel de disposer d'un interlocuteur fédéral susceptible d'appuyer le plan de redéploiement économique mis en œuvre en Wallonie. » (b)

Orange bleue : le temps presse avant l'orage

L'Orange bleue tente d'atterrir, dans les turbulences. L'issue dépend pour une grande part des partis flamands : après le vote BHV à la Chambre le 7 novembre, puis l'invalidation des bourgmestres de Linkebeek, Wezembeek et Crainhem, poseront-ils un « geste d'apaisement » ?
Les « réconciliateurs » désignés par le Roi d'un côté, Armand De Decker (MR) et Herman Van Rompuy (CD&V), présidents du Sénat et de la Chambre, et le formateur, Yves Leterme (CD&V), de l'autre, travaillent à recoller les morceaux. L'on évoque un engagement solennel à maintenir l'Etat fédéral, un autre à ne plus provoquer unilatéralement l'autre communauté nationale… Le temps presse. Les nuages communautaires s'amoncellent. Voir le dépôt en commission du parlement flamand d'un décret visant à retirer les compétences de la Communauté française sur l'inspection pédagogique des écoles francophones des communes à facilités de la périphérie bruxelloise, et l'annonce d'un vote la semaine prochaine (Le Soir d'hier).
« La provocation de trop »
Une troisième gifle ? La ministre-présidente de la Communauté française, Marie Arena (PS), s'opposera à un tel projet, dans lequel elle voit « un moyen d'éliminer la culture française et l'utilisation du français aux portes de Bruxelles ». Au FDF, l'on assure que Didier Reynders, au nom du MR, a prévenu Leterme : ce décret serait la provocation de trop.
Autre nuage : Marino Keulen, ministre (VLD) flamand de l'Intérieur, a déclaré hier qu'il ne prendrait pas de mesures disciplinaires contre les trois mayeurs recalés, mais aussi que leur nomination n'interviendrait « ni dans trois jours ni dans trois mois »… Alors que le FDF en fait un préalable au débat institutionnel !
A suivre aussi, la bisbrouille intrafrancophone autour de la prestation de serment (lire ci-dessous) de Myriam Delacroix, bourgmestre (CDH) de Rhode-Saint-Genèse : Eric Libert (FDF) parle de « prime flamande pour quelqu'un qui a tourné casaque », et se fait sermonner par Ecolo, qui cible les réactions « arrogantes » et « suffisantes » du parti d'Olivier Maingain, et la surenchère communautaire.
De Decker et Van Rompuy ont rencontré hier les présidents de l'Orange bleue, et reçoivent aujourd'hui écolos et socialistes francophones, avant le SP.A jeudi. Ils soumettent à leurs interlocuteurs leur projet de « convention » et de « comité des sages », sur le modèle des travaux qui avaient abouti à la rédaction de la Constitution européenne. La convention rassemblerait une quarantaine de délégués (20 F, 20 N) de tous les partis ainsi que des entités fédérale et fédérées, tandis que le comité des sages, de huit personnes, regrouperait les Giscard, Dehaene ou Amato de l'étape. Les présidents de partis sont sollicités. Dont Elio Di Rupo, attendu ce matin. Mais tous s'attendent à un raidissement socialiste. Comme l'on en redoute un autre, dans l'Orange bleue cette fois, où la N-VA, dit-on, ne se satisferait pas des actuelles garanties francophones à propos de la réforme de l'Etat.

14 novembre 2007

Le duo de présidents prolongé




Le Roi demande des propositions à Van Rompuy et de Decker

156 jours sans gouvernement. Le Roi attend les idées de Van Rompuy-De Decker pour un dialogue Nord-Sud. Mais tout le monde attend Leterme.


Mardi, les caméras étaient tournées vers le Palais royal, mais les regards orange-bleu vers Yves Leterme…
Les caméras tournées vers le Palais ? Le Roi clôturait, hier soir, les audiences accordées à huit présidents de parti démocratique depuis lundi. Dans la foulée, il recevait Herman Van Rompuy et Armand De Decker, présidents de la Chambre et du Sénat, pour les confirmer dans la mission qu’il leur confiait jeudi. À savoir : la mise en place d’un dialogue Nord-Sud, en vue d’une réforme de l’État visant à accroître la cohésion nationale.
Pour le Palais, « même s’il y a de nettes différences sur la méthode à suivre, il y a aussi une volonté largement partagée d’organiser un dialogue sur la poursuite de l’élaboration équilibrée de nos institutions et un renforcement de la cohésion entre communautés ». Autrement dit : même si les partis d’opposition lui ont fait savoir, lundi, qu’ils ne désirent pas « dépanner l’Orange bleue », le Roi estime que ce dialogue Nord-Sud est largement souhaité. Ceux qui refusent l’invitation au départ pouvant, c’est acquis, monter dans l’aventure plus tard…
Le duo de réconciliateurs Van Rompuy-De Decker est dès lors invité à faire « des propositions au Roi, au plus tard dans le courant de la semaine prochaine, pour concrétiser dans l’avenir le dialogue sur ces deux objectifs » (réforme de l’État et cohésion renforcée). En clair : le comité de (super) sages est lancé avec la bénédiction royale…
Ce faisant, le Roi a fait ce que l’on attend de lui dans pareil moment de crise belgo-belge. Il se retire donc à nouveau de l’avant-scène et ne devrait plus tenir d’audiences dans les prochains jours.
Les regards tournés vers Yves Leterme ? Si, durant les prochains jours, le devant de la scène politique sera occupé par le duo de réconciliateurs présidentiels, en coulisses, le formateur en chômage technique jouera les travailleurs au noir. Car, pour la énième fois sous l’improbable Orange bleue, les partenaires attendent Yves Leterme…
C’est au formateur, et à personne d’autre, de résoudre la nouvelle quadrature du cercle issue du vote historique Nord contre Sud en commission de la Chambre sur BHV, le 7 novembre : le MR a demandé un signal de confiance aux Flamands ; le cartel CD&V/N-VA, des garanties aux francophones quant à la réalisation de la réforme de l’État. Les deux camps refusant, dans le même temps, la demande de l’autre… Or, pour reprendre les négociations, « arrêtées » depuis le 7 novembre, il faut résoudre cette quadrature du cercle.
Dans le seul unisson Orange-bleu du moment, MR, CDH, Open VLD, voire CD&V, jugent que seul le formateur peut poser les gestes d’apaisement attendus. Car (eh oui, c’est possible…), le climat entre partenaires s’est détérioré depuis Val Duchesse cet été, et depuis la mission d’exploration de Van Rompuy (déjà lui) en septembre. On en est donc toujours à tenter de restaurer la confiance entre partenaires.
Plus que discrètement, l’homme fort du CD&V travaille dès lors, lui aussi nous dit-on, à la reconstruction de la confiance. « Il a des contacts et travaille à une solution. » Parallèlement au duo des présidents réconciliateurs. Main dans la main avec ce duo…
Mais Yves Leterme ne sortira du bois que lorsqu’il sera sûr que sa proposition (le geste fort tant attendu) sera acceptée par tous les partis de l’Orange bleue – chacun ayant répété, hier, que cette formule gouvernementale est toujours privilégiée, aux dépens de la tripartite (lire ci-dessous).
Pour cela, il lui faudra, avant tout, faire accepter par son cartel l’idée d’une garantie minimale quant à la réforme de l’État : comment faire autrement, puisque sa future coalition dispose d’une majorité simple, pas des deux tiers nécessaires pour réformer l’État ? En clair : une telle garantie n’existe pas. « Il faudra en inventer une parce que l’on sait, à l’avance, qu’il n’y en a pas ! », résume un négociateur flamand.
Il pourrait dès lors s’agir de la promesse, actée dans l’accord gouvernemental, de réviser la Constitution en ce sens. Reste à savoir si cela suffira au cartel, à la N-VA surtout, que le CD&V ne serait toujours pas prêt à lâcher. Tant pis, le cas échéant, pour Leterme… Lequel devra, aussi, imaginer un « signal » de confiance acceptable par les francophones, afin de balayer leur crainte de revoir un vote N contre F.
Chacun travaillant en toute discrétion, les rencontres officielles et médiatisées devraient frôler, sauf nouveau rebondissement, le zéro absolu jusqu’à la fin de la semaine.

13 novembre 2007

Di Rupo : l'Orange bleue doit s'effacer

Le cdH et le MR confirment l'arrêt des négociations

Le cdH et le MR ont confirmé lundi que toute discussion dans le cadre de la formation du gouvernement était à l'arrêt. Le cdH a diffusé un communiqué lundi titré "démenti" après que le formateur Yves Leterme a fait savoir qu'alors que le Roi consulte, il s'occupera entre-temps de l'élaboration du budget via des contacts bilatéraux et la création d'un groupe de travail. "Ce week-end, le cdH, comme le MR, ont affirmé que les négociations en vue de la formation d'un gouvernement étaient arrêtées suite au vote intervenu en Commission de l'Intérieur sur la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Le cdH dément donc toute existence de contacts bilatéraux sur le budget et, dans les circonstances actuelles, n'envisage nullement de participer à un quelconque groupe de "négociations" sur le budget alors que nous nous trouvons dans une situation de crise inédite et que l'urgence est à la restauration de la confiance entre les deux grandes Communautés du pays et non à des discussions techniques dans le cadre d'une formation hypothétique de gouvernement", indique le communiqué du cdH.Un porte-parole de Didier Reynders a considéré que l'annonce faite lundi par M. Leterme relevait de son initiative. "C'est lui qui le fait", a indiqué ce porte-parole. Ce dernier a confirmé que les négociations étaient bien à l'arrêt. Quant à savoir si, à ce stade, le MR irait à d'éventuelles rencontres bilétarales avec le formateur, le porte-parole de M. Reynders a répondu par la négative, précisant que cette hyptohèse ne se présentait pas, Didier Reynders n'ayant reçu aucune invitation à quoi que ce soit dans le cadre de la formation du gouvernement. Le président du PS, Elio Di Rupo, a laissé entendre lundi en conférence de presse, sur base de l'annonce faite par le formateur, que les négociations reprenaient au sein de l'orange bleue.

Ne pas tendre l'autre joue

Les francophones cherchent un dispositif qui empêche d'autres votes comme le "7 novembre".Ils veulent éviter que les Flamands imposent à nouveau leur loi.Dialogue : socialistes et écologistes pas chauds.
BELGA
Etrange semaine que celle qui s'est ouverte hier. Nul ne sait vraiment de quoi demain sera fait, qui participera au dialogue de communauté à communauté que le Roi a appelé de ses voeux, ni bien sûr, in fine, quel gouvernement fédéral verra le jour. Ni quand. On en est toujours à la période de musculation et de concertation. N'était un homme qui, seul, dans un petit bureau, continue à préparer le programme de l'orange bleue, on se croirait revenu 156 jours en arrière, au lendemain des élections du 10 juin.
1 Comment se déroulent les audiences du Roi ?
Comme il l'avait annoncé, le Roi a commencé à recevoir en audience les présidents des 8 partis démocratiques dans le but de connaître leur disposition d'esprit et leur envie de participer au dialogue de communauté à communauté dont il a lancé l'idée voici quelques jours, à la suggestion des partis de l'orange bleue. Jusqu'à présent, on ne peut pas dire qu'il a obtenu beaucoup de succès auprès des partis de l'opposition putative, les socialistes en particulier.
2 Que feront les écologistes ? Des partis qui ne participent pas à la négociation de l'orange bleue, ce sont probablement les formations écologistes qui sont les plus enclines à participer à un dialogue institutionnel. "L'heure est suffisamment grave pour que les uns et les autres assument leurs responsabilités en sorte de préserver un avenir souhaitable à l'ensemble de la population belge", faisaient savoir, à l'issue de leur entretien avec le Roi, les deux co-présidents d'Ecolo, Jean-Michel Javaux et Isabelle Durant. Le discours est posé, consensuel. A peine, une aspérité. "Tout dépendra de ce qu'il y aura sur la table, souffle-t-on chez Ecolo. Nous, ce qu'on veut, c'est travailler à la modernisation de l'Etat fédéral. Nous serions par exemple très intéressés par l'instauration d'une circonscription électorale à l'échelle nationale et la mise en place d'un Sénat paritaire." Le son de cloche est sensiblement le même chez Groen !, mais en plus carré. "Groen ! est prêt à participer à la réflexion sur la réforme de l'Etat et, si un Comité des sages fournit des propositions sages, les écologistes flamands sont disposés à les soutenir", avançait hier Mike Vogels, la présidente nouvellement élue de Groen ! "Mais pas question de signer un chèque en blanc pour sauver l'orange bleue."La réflexion devra se faire en dehors du gouvernement.
3 Comment se positionne le SP.A ? La stratégie des socialistes francophones et flamands est limpide : ils ne veulent pas participer à une entreprise de sauvetage de l'orange bleue. Les socialistes flamands se disent prêts à collaborer à une réforme de l'Etat mais disent constater qu'il n'y a actuellement aucune proposition sur la table : la manière dont le Comité des Sages pourrait travailler n'est pas claire. "Cela ressemble à un alibi en vue de mettre sur pied l'orange bleue. Il ne revient pas à l'opposition de former un gouvernement", a dit la présidente du SP.A, Caroline Genez.
4 Quelles conditions le PS pose-t-il ? Elio Di Rupo pose, lui, quelques conditions. La première est que les présidents francophones se réunissent et déterminent ensemble les conditions qui devraient être remplies au préalable pour qu'un dialogue entre les communautés soit possible. Les francophones pourraient par exemple demander voire exiger, que les partis flamands acceptent une nouvelle disposition constitutionnelle qui empêcherait à l'avenir tout vote d'une Communauté majoritaire contre une autre. Autrement dit, plutôt que des mécanismes qui protègent les francophones a posteriori (style sonnette d'alarme ou conflit d'intérêts), les partis du Sud préféreraient instaurer un mécanisme préventif plutôt que curatif. Ce serait une manière de "laver l'affront" du 7 novembre et d'empêcher que ne se répètent d'autres votes de ce type puisque des députés de la N-VA et du CD & V ont déjà affirmé qu'ils ne se gêneraient pas pour recommencer.
Dans l'hypothèse où cette proposition serait unanimement soutenue par les francophones, le PS serait peut-être disposé à participer à ce dialogue. Condition nécessaire mais pas suffisante. Car avant de dire oui, le président du PS veut aussi connaître le menu précis de ce dialogue de même que son calendrier. "Sinon, dit-il, il y a un risque que la négociation ne se déroule pas sur pied d'égalité. La situation pourrait alors être dégradante et dégradée pour les francophones." Mais quand donc les francophones vont-ils se concerter ? "J'appelle Didier Reynders dans quelques minutes", précisait le président du PS lors de la conférence de presse donnée lundi midi. "C'est prévu depuis la semaine dernière", a précisé Didier Reynders, par la voix de son porte-parole. La petite guéguerre entre les deux hommes se poursuit.
5 Un gouvernement d'union nationale ? Alors ira, ira pas au dialogue entre les communautés ? "Peut-être finira-t-on par y aller gentiment, explique un socialiste. Mais rien de consistant ne sortira de ce dialogue." Au PS, deux hypothèses circulent : soit l'orange bleue se met en place et le PS attendra patiemment sa chute, en juin 2009 probablement. Soit Yves Leterme jette définitivement l'éponge dans les prochains jours et il n'y aura plus d'autre solution, pensent ou espèrent certains socialistes, que d'installer un gouvernement d'union nationale avec les trois ou quatre familles politiques. "C'est uniquement dans ce cadre-là, qu'un dialogue entre communautés réunissant toutes les familles politiques démocratiques pourrait réellement déboucher sur une nouvelle architecture institutionnelle durable et équilibrée." Réaliste ? Certains le pensent, même s'il serait risqué de laisser au Belang et à la Liste Dedeker le monopole de l'opposition. Ce scénario butte évidemment sur un obstacle : l'opposition maintes fois répétée du président du MR, Didier Reynders, à toute "tripartite classique" et plus généralement à la participation de la famille socialiste, elle qui a été sévèrement punie par les électeurs.
6Les négociations sont-elles oui ou non arrêtées ? Pendant ce temps-là, Yves Leterme avait annoncé qu'il poursuivait les négociations bilatérales consacrées au budget. CDH et MR ont envoyé un démenti cinglant : les négociations sont bel et bien arrêtées.
Peut-être l'information n'était-elle pas arrivée jusqu'à lui. A moins que le message envoyé n'ait pas été suffisamment clair...


Débat intrafrancophone : pas avant fin novembre

On est proche d'un accord sur les 16 personnes de la société civile appelées à débattre du "destin" francophone.
Lentement, mais sûrement, le groupe Wallonie-Bruxelles, appelé à débattre de l'avenir que souhaitent les francophones, se met en place. Lundi après-midi, le groupe des cinq "débroussailleurs" - Françoise Bertieaux (MR), Christos Doulkeridis (Ecolo), Anne-Marie Corbisier (CDH), José Happart et Jean-François Istasse (PS) - chargés de travailler à la composition de cette commission initiée par la ministre-Présidente de la Communauté française, a élaboré une liste de seize noms de "non-politiques". Cette liste doit être avalisée par les états-majors des partis, avant que, ce mardi matin, les débroussailleurs ne l'adoptent. Définitivement ? Pas encore. Le greffe du parlement francophone devra ensuite prendre contact avec chacun des seize afin de savoir s'ils acceptent l'invitation à débattre. Et si la réponse est négative, il faudra trouver des remplaçants. Mais cette liste serait désormais équilibrée - les premières ébauches s'étaient par exemple révélées beaucoup trop "masculines". Christos Doulkeridis : "Nous avons atteint un équilibre global et logique, qui tient compte des différents enjeux et sensibilités."
"On ne peut attendre indéfiniment"
Lundi prochain, la liste des seize personnes sera officiellement avalisée par les présidents et les chefs de groupe des parlements de la Communauté française, de la Région wallonne et de la Cocof. Les "débroussailleurs" auront alors terminé leur boulot. Il reviendra aux deux coprésidents du groupe Wallonie-Bruxelles, Antoinette Spaak (MR) et Philippe Busquin (PS), de convoquer les 32 membres : les seize politiques (quatre de chaque parti démocratique) dont les noms sont déjà connus ("La Libre" du 16/10) et les seize autres, issus de la société civile (partenaires sociaux, monde culturel, non-marchand...).
On peut donc espérer que les discussions débutent d'ici fin novembre. Soit près de deux mois après l'appel de Marie Arena (PS) à un grand débat intrafrancophone, le 27 septembre. Outre des problèmes d'incompatibilité d'agendas, cette relative lenteur est redevable au CDH, qui ne voulait pas perturber les négociations fédérales. "Nous avions demandé que les travaux ne commencent qu'après la Toussaint, une fois que le gouvernement serait en place, explique Mme Corbisier. Mais on ne peut attendre indéfiniment."
Malgré les violentes disputes entre socialistes et libéraux, vendredi dernier, au parlement francophone, la discussion de ce lundi s'est déroulée dans une ambiance "sereine". "On ne peut pas vivre éternellement dans le conflit", conclut Mme Bertieaux.



Lentement, mais sûrement, le groupe Wallonie-Bruxelles, appelé à débattre de l'avenir que souhaitent
Marge de manoeuvre étroite pour le Roi

Le Roi co-formateur ? Non car il reste dans ses prérogatives constitutionnelles.Mais la situation est devenue exceptionnellement délicate.
éclairage
Albert II a-t-il commis un "mini-coup d'Etat" en demandant d'"entamer un dialogue sur la poursuite de l'élaboration équilibrée de nos institutions et un renforcement de la cohésion de nos communautés" ? La sentence, aussi peu nuancée et tranchée qu'un ippon décisif d'Ulla Werbrouck au temps de sa splendeur, est tombée sous la plume de Jean-Marie Dedecker qui rejoignait, une fois est parfois coutume, l'opinion du VB.
Mais à gauche aussi, le Roi n'a pas été épargné : aux yeux de Caroline Gennez, la nouvelle présidente du SP.A, il s'est mué tout simplement en formateur pour essayer de sauver l'orange bleue. Ce que le constitutionnaliste Marc Uyttendaele a traduit à sa façon : "Albert II n'a pas pris l'exacte mesure de sa mission : il se laisse instrumentaliser par une orange bleue en perdition."
Dans la même "carte blanche" parue dans "Le Soir", l'avocat déplore aussi que le Palais n'a pas manifesté "un vague émoi" après le coup de force de la commission de la Chambre sur BHV où se sont mélangées "les voix des partis démocratiques et celles du Belang". Et Marc Uyttendaele de prédire qu'en Flandre, la tentation grandira de se dire qu'"il est possible de se passer d'un Roi qui n'est pas capable de relever le débat et d'imposer aux acteurs politiques une plus grande hauteur de vue".
Le Roi est-il vraiment sur la touche, devant se contenter de suivre le mouvement et les volte-face à répétition de partenaires ? Pire, cela irait-il jusqu'à se désintéresser de la formation, au point de laisser pratiquement les clefs du garde-manger belgo-belge aux présidents de la Chambre et du Sénat que d'aucuns ont vite fait de qualifier avec une sérieuse dose d'ironie de "réconciliateurs" ? Et de s'interroger afin de savoir pourquoi il ne les a reçus que dimanche après-midi ?
Un geste nécessaire
La vérité est de dire qu'Albert II avant de remplir des obligations privées prévues de longue date (mais qu'il aurait, évidemment, reportées en cas de situation très grave) n'a pas précipité la rencontre avec le formateur, jeudi dernier. Pas plus qu'il n'a laissé MM. Van Rompuy et De Decker dans le vague. Il avait en fait été convenu que ces derniers lancent déjà leurs consultations avant leur rencontre avec le chef de l'Etat au Belvédère.
Le Roi est-il pour autant instrumentalisé ? Il faut retourner aux sources constitutionnelles pour se rendre compte qu'Albert II respecte scrupuleusement les prérogatives qui sont les siennes en cas de crise politique. Pas question, même dans ces moments particulièrement délicats de jouer cavalier seul !
En même temps, certaines voix politiques se sont émues qu'au moment où la formation du gouvernement tournait en eau de boudin, le Roi ait estimé devoir relancer un appel au dialogue entre les communautés. C'est bien mal connaître le passé : c'est chaque fois que les voies classiques de la concertation ne fonctionnaient plus que le chef de l'Etat a estimé devoir intervenir sans pour autant choisir un camp.
Le roi Baudouin n'avait pas fait autre chose au début des années 80 lorsque les crises politiques souvent communautaires mais aussi sociales se répétaient de façon de plus en plus rapprochée. Lors de la crise du Congo, il avait été plus loin encore en laissant entendre que les techniciens pourraient reprendre la main aux politiques...
Fort heureusement, il n'avait pas franchi ce pas !
Et maintenant ? Selon les observateurs, Albert II pourrait être appelé à jouer un rôle plus proactif face à une situation de plus en plus inextricable : face au refus des partis socialistes de dépanner l'orange bleue et à la tentation de la N-VA de quitter le cartel, le Roi pourrait être forcé de rebattre les cartes et envisager sérieusement l'hypothèse d'un gouvernement tripartite.

J.-M. Dedecker : "Le Palais se trompe"

"Nous sommes un parti démocratique !, dit Jean-Marie Dedecker. On n'a rien à voir avec le Belang"...Le populiste harangue la N-VA.
entretien
Troisième personnalité politique la plus populaire de Flandre (*) , derrière Yves Leterme et Guy Verhofstadt, le populiste Jean-Marie Dedecker est irrité. Alors que son parti - la "Liste Dedecker" - connaît une ascension fulgurante, sondages à l'appui, l'ex-judoka est tenu à l'écart des consultations en cours au Palais royal.
Quelle lecture faites-vous de la crise politique actuelle ?
C'est presque la guerre de 14-18 : on reste dans les tranchées et, des côtés flamand et francophone, on ne sort que des bombes. Il n'y a pas d'approche, il n'y a pas de méthode. On a Di Rupo qui mène la guerre à Reynders, Reynders qui appelle à l'éclatement du cartel. Bref, on tourne en rond. Moi, je préfère de nouvelles élections. Il faut demander à la population son avis sur la crise politique qui n'en finit pas. Il faut se mettre à table, on est quand même en démocratie, il y a des gens, comme moi, qui sont confédéralistes, des Belgicains, mais on doit rester à table pour parler ! Nous ne sommes pas des Hutus et des Tutsis.
Didier Reynders parle, lui aussi, de confédéralisme...
Il a raison : il est temps de voir ce que l'on veut encore faire ensemble ? Et on peut en parler en adultes.
Les présidents des partis démocratiques sont reçus au Palais. Pas vous ?
C'est normal : les invitations sont lancées par Armand De Decker et par Herman Van Rompuy. Armand De Decker nourrit de la haine envers mon parti.
Pourtant, le Roi consulte les présidents de toutes les formations démocratiques...
Moi, je ne suis pas invité. Le Palais fait ce qu'il veut mais c'est une erreur terrible que de me mettre dans le même sac que le Vlaams Belang. Nous avons le franc-parler pour nous. Mais nous ne sommes pas extrémistes comme le Vlaams Belang. Là, le Roi donne le signal que nous sommes comme le Vlaams Belang. Je ne suis pas royaliste, c'est bien connu. Mais c'est une faute du Roi : s'il veut diminuer le soutien de la Flandre au Belang il faut ouvrir le jeu pour nous. Il ne contribue qu'à le renforcer. C'est une erreur de stratégie, mais le Palais en commet beaucoup pour le moment. Chaque semaine, je suis invité sur les plateaux de télévisions de la RTBF et de RTL. Mais pas au Palais.
Vous récusez les accusations d'extrémisme qu'on vous colle parfois ?
Totalement ! Dites-moi en quoi je ne respecte pas la démocratie. Je suis républicain et confédéraliste mais pas extrémiste.
Le cartel CD & V/N-VA va-t-il éclater ?
Si la "Liste Dedecker" n'existait pas, le cartel aurait déjà explosé. Mais maintenant, le CD & V a peur, à cause de mon succès, que la N-VA me rejoigne puisqu'il y a beaucoup d'idées que nous partageons avec la N-VA. Mais eux sont séparatistes et nous sommes confédéralistes.
Etes-vous prêts à accueillir la N-VA et à vous regrouper si le cartel explose ?
Je n'en parle pas pour le moment. Notre programme socio-économique dépasse celui de la N-VA, donc il n'y a rien à l'ordre du jour. Mais on verra... Je suis persuadé que la N-VA va rester au sein du cartel.
Et donc revoir à la baisse ses exigences d'une grande réforme de l'Etat ?
Absolument. La N-VA va passer en dessous du seuil minimum.
Mais, c'est quoi ce "seuil minimum" ?
La Santé, l'Autonomie fiscale, l'Emploi : je ne pense pas qu'ils obtiendront cela si la réforme de l'Etat est entre les mains des Assemblées. On va avoir des "sages" pour préparer la réforme de l'Etat, des anciens combattants auxquels on va certainement ajouter quelques noms de la nouvelle politique pour faire passer la pilule. Est ce que la N-VA va accepter cela ? Probablement qu'ils vont accepter la formule. Avec des garanties bidons.
Vous venez du VLD. Ce parti donne l'impression de se caler dans la roue du cartel pour tout ce qui est communautaire...
L'Open VLD n'a pas de programme : il veut simplement être au pouvoir. Ils ont été au pouvoir avec le PS maintenant, c'est Reynders leur gourou. Et c'est vrai qu'ils font de la surenchère aujourd'hui parce mon parti est derrière eux sur les questions socio-économiques. Donc, l'Open VLD crie dans cette direction-là pour ne pas perdre pied.
(1) Baromètre de "La Libre" du 22/10/2007.

Le roi reçoit la future opposition

Le roi a reçu ce lundi au palais de Laeken les présidents des futurs partis d'opposition, si du moins l'orange bleue devait voir le jour. Il s'est entretenu successivement avec Jean-Michel Javaux et Isabelle Durant (Ecolo), Mieke Vogels (Groen!), Caroline Gennez (sp.a) et Elio Di Rupo (PS).

Depuis que les négociations de l’orange bleue ont commencé, c’est la première fois que le chef de l’Etat rencontre les responsables des formations politiques qui en sont écartées. Il n’a toutefois pas accordé d’entrevue à l’extrême droite et la Lijst Dedecker.

Le vote intervenu mercredi en Commission de l’Intérieur de la Chambre à propos de Bruxelles-Hal-Vilvorde a donné le coup d’arrêt des négociations entre MR, Open-VLD, CD&V/N-VA et CDH. Pour tenter de sortir de la crise, le souverain a confié aux présidents de la Chambre et du Sénat, Herman Van Rompuy, et Armand De Decker, la mission « de prendre une initiative afin d’entamer un dialogue sur la poursuite de l’élaboration équilibrée de nos institutions et un renforcement de la cohésion entre les communautés ».
D’aucuns y ont vu le retour du comité d’experts (ou commission des sages) mentionné dans le « non-paper » Milquet Van Rompuy et qui plancherait sur la réforme de l’Etat dans un cadre politique élargi.
Ce week-end, MM. Van Rompuy et De Decker ont notamment rencontré les présidents des partis socialistes et des écologistes. Aucun d’entre eux n’entend jouer les dépanneurs de l’orange bleue en fournissant les voix nécessaires qui manqueraient pour voter une réforme de l’Etat.
Porte ouverte au PS
S’il n’est toujours pas question de voler au secours des libéraux et des chrétiens-démocrates, les verts et le PS ne ferme pas pour autant la porte à une discussion.

Le président du PS a ainsi expliqué, à l’issue du bureau de son parti, qu’il était prêt à discuter à condition que le « menu » soit défini de manière concrète. Il attend au préalable une réunion des partis francophones pour qu’ensemble ils établissent les conditions dans lesquelles ils renoueront le dialogue avec les partis flamands. Parmi ces conditions, il doit y avoir un geste des partis flamands après l’« humiliation" subie par les Francophones en Commission de l'Intérieur.
Dimanche, il indiquait que ce geste serait de "retirer ce qui a été fait (sur la scission de BHV) avec un vote". Lundi, il s'est montré plus prudent, soulignant qu'il appartenait aux partis francophones de définir ensemble ce qu'ils attendaient.

Quelles conditions pour Ecolo ?
Ecolo tient quant à lui "à assumer ses responsabilités". Les Verts sont toutefois restés évasifs sur les conditions qu'ils posaient à une discussion communautaire. Ils ont simplement évoqué la nécessité "de renoncer à la musculation pour s'affirmer le plus francophone des Francophones ou le plus Flamand des Flamands".
Les socialistes flamands se sont dits prêts à collaborer à une réforme de l'Etat mais constatent qu'il n'y a actuellement aucune proposition sur la table. La présidente Caroline Gennez s'est néanmoins montrée très méfiante. "Cela ressemble à un alibi destiné à mettre sur pied l'orange bleue. Il ne revient pas à l'opposition de former un gouvernement", a-t-elle déclaré à l'issue du bureau du SP.A.

Négociations à l’arrêt
Groen! a lui aussi fait preuve d'ouverture. Les écologistes flamands attendent des "propositions sages" de la "commission des sages". Mais ils ne veulent pas signer un chèque en blanc à l'orange bleue et refusent une discussion communautaire qui s'inscrirait dans le cadre des négociations gouvernementales.

Celles-ci sont toujours à l'arrêt. Le MR et le CDH ont jugé bon de le repréciser lorsque le formateur Yves Leterme a annoncé qu'il travaillerait sur le budget par le biais de contacts bilatéraux et la création d'un groupe de travail.
Mardi, le roi aura de nouvelles entrevues, cette fois avec les chefs des délégations qui négocient l'orange bleue. Dans la matinée, il recevra le président du CD&V, Jo Vandeurzen, suivi de la présidente du CDH, Joëlle Milquet. Dans l'après-midi, ce sera au tour du président de l'Open VLD, Bart Somers, et du MR, Didier Reynders.
(d’après Belga)

Dimanche, 14 heures, Bruxelles : Elio Di Rupo a quitté les plateaux de la RTBF et de RTL-TVI, et a précisé au "Soir" la position du PS.

ENTRETIEN
Dimanche, 14 heures, Bruxelles : Elio Di Rupo a quitté les plateaux de la RTBF et de RTL-TVI, et précise avec nous la position du PS.
Elio Di Rupo, l'Orange bleue cale, mais en quoi les partis francophones en son sein seraient-ils responsables de la grande crise communautaire ?
Avec Guy Spitaels, Philippe Busquin, nous avons eu longtemps affaire, nous socialistes, à un CVP très exigeant, rabique, mais dans les difficultés, jamais nous n'avons joué au plus malin, comme le fait M. Reynders depuis le 11 juin. Au-delà des divergences fondamentales avec les partis flamands, nous avons toujours trouvé la voie de la discussion, ce qui a permis d'aboutir à des réformes importantes, en 1980, 1988.
Surtout : jamais avec nous les Flamands ne se sont autorisés à voter contre les francophones, à les humilier ! Voilà de quoi les négociateurs de l'Orange bleue sont responsables : avoir modifié fondamentalement le climat politique dans ce pays.
Encore aujourd'hui : si le MR ne dit pas : « Leterme, c'est terminé », c'est parce qu'il a plus de plaisir à chasser les socialistes qu'à défendre les francophones !
Juncker, Premier luxembourgeois, grand observateur politique, a dit : « Je ne reconnais plus la Belgique ». En cinq mois, les libéraux et les chrétiens ont détruit vingt ans de grands équilibres.
Vous réclamez un « geste fort » des partis flamands après le vote de mercredi. Concrètement ?
Ils doivent revenir sur leur vote, en commission ou en séance plénière au Parlement. Il faut aussi un geste montrant qu'ils ne feront plus jamais cela.
C'est demander l'impossible…
Mais il y a des Flamands raisonnables. Le bourgmestre de Saint-Trond, SP.A, a dit qu'il s'était laissé embrigader ; Tinne Van der Straeten, de Groen, s'est abstenue mercredi ; des éditorialistes, comme Luc Van der Kelen, dans Het Laatste Nieuws, écrivent que le vrai courage des Flamands eût été de ne pas voter…
L'Orange bleue a laissé s'ouvrir une brèche gravissime pour l'humiliation et la soumission des francophones : certains en Flandre avancent maintenant qu'ils pourraient très bien reproduire leur geste du 7 novembre sur d'autres sujets… Si on les laisse faire, ils diront : « Puisqu'on n'en sort plus avec vous, on va régionaliser la SNCB, les allocations familiales, la politique scientifique, l'emploi… » Etc. Non, il faut exiger une réparation. MR et CDH doivent l'obtenir de leurs partenaires néerlandophones , sauf s'ils attachent plus d'importance à avoir un portefeuille ministériel. Les Flamands ne peuvent quand même pas faire de gouvernement sans les francophones…
Mais cela peut durer six mois…
Et alors ? Même si c'était le cas, le Parlement peut voter toutes les lois que l'on veut : en matière d'énergie, de pouvoir d'achat, etc. Ces lois seraient promulguées par le gouvernement en affaires courantes. On pourrait faire cela dans un grand consensus national. Pourquoi pas en ouvrant le gouvernement à d'autres partis, de l'Orange bleue, qui pourraient y siéger comme observateurs ?
Guy Verhofstadt resterait au « seize » alors ?
Oui. Personne ne dit qu'il a été un mauvais Premier ministre. Mais soyons clairs : ce n'est pas à moi de faire des propositions, mais à ceux qui ont porté le pays à la catastrophe.
L'idée qui tourne en est une autre : avec Herman Van Rompuy et Armand De Decker, lancer une grande commission qui discutera de l'institutionnel…
Une commission pour l'institutionnel et, à côté, un gouvernement qui, lui, repartirait pour le reste ? Et quel « reste » ?, alors que tout ce temps, ils ont mis sur le côté des questions cruciales comme celles de l'emploi, de la SNCB, de la politique scientifique, où il y a de grosses implications communautaires.
Et puis quoi, les Flamands ont voté en force à la Chambre, et on tournerait la page ? L'Orange bleue continuerait à faire ses petites affaires, pendant que les autres discuteraient dans une commission ?… C'est se moquer du monde ! Les écolos sont d'accord avec un tel scénario ? Pas nous.
Que voulez-vous exactement ?
Un : il faut un geste préliminaire des Flamands, je l'ai expliqué. Deux : il faut que les francophones se réunissent, et écrivent ensemble un texte commun, précis, concret, sur ce que nous voulons exactement et ce que nous ne voulons pas face à la Flandre. Pour moi, aucune négociation ne doit s'ouvrir avant ces deux points.
Donc, le PS ne participera pas à cette commission.
Non. Les conditions doivent être modifiées pour permettre au PS d'y participer.
Vous avez dit ça aux présidents de la Chambre et du Sénat ?
Je leur ai dit exactement ça. Le PS, parti de dialogue et de construction, ne va pas dans une commission qui est aujourd'hui une commission de destruction nationale. C'est ce que dira le Bureau du parti ce lundi. On nous a donné un coup de massue, on nous a mis à plat ventre, puis on nous redresse un peu, on nous met sur la chaise, alors qu'on voit encore des étoiles, et on doit passer à table… Ce n'est pas sérieux !
L'Orange bleue est un échec, et l'honneur – ça existe en politique – serait de dire : « On arrête, on fait autre chose ».
Les socialistes pourraient monter dans une tripartite ?
Je ne suis pas un empressé du pouvoir.
Mais ce serait pour le « bien du pays », dirait-on…
J'entends déjà les commentaires… Non, j'ai vingt ans de vie politique, j'ai été ministre-président, vice-Premier, je ne vais pas m'abaisser pour un portefeuille ministériel. Le PS peut vivre dans l'opposition. Je dis simplement que l'Orange bleue doit se retirer, et que ce n'est pas à nous de préciser pour quelle autre formule. A M. Reynders, Mme Milquet, de réparer les dégâts qu'ils ont faits. En tout cas, avant de faire un gouvernement, il faudra laver l'affront fait aux francophones.
Vous êtes déçu que Joëlle Milquet n'ouvre pas le jeu ?
Elle a fait une nuance, aujourd'hui : elle a donné de 49 à 51 % de chances à l'Orange bleue à la télévision… J'ai lu dans ces 49 % quelque chose qui traverse son esprit…
C'est ténu…
Docteur en sciences, je m'attache à ce que l'on dit jusque dans le détail.
Interviewé dans « Le Monde », Didier Reynders affirme qu'on est sur la voie du confédéralisme…
M. Reynders veut plaire à la Flandre. Le confédéralisme, c'est la thèse flamande. C'est une capitulation. J'espère qu'il va se ressaisir et préciser sa pensée.
Mais est-ce encore possible de vivre dans notre Etat fédéral ?
Bien sûr. Mais il faut des signaux clairs de cette volonté.

Sifflez la fin de cette piteuse récréation

Personne ne sait comment, quand et dans quel état nous sortirons de la situation actuelle. Seule certitude : l'heure est grave. Serait-ce dès lors trop demander au PS, au MR et au CD&V d'arrêter cette détestable et inacceptable campagne électorale ? L'important n'est pas de savoir qui de Didier Reynders ou de Di Rupo sortira vainqueur de l'aventure, ou d'être assuré qu'Yves Leterme gagnera les élections régionales de 2009. Le véritable enjeu est de conduire ce pays vers son avenir le plus stable, en évitant que les citoyens y perdent pouvoir d'achat, honneur et respect de l'autre.
L'éclatement du pays n'est plus une fiction mais une option. Et il faut se méfier que, dans l'imbroglio actuel, la voiture Belgique ne fasse une sortie de route, échappant à ceux qui s'en disputent le volant. Il ne faudra pas se lamenter si, au détour d'une énième négociation ratée, c'est la séparation qui s'impose.
Dans la foulée de ces guerres de l'Orange bleue et des duos francophone-flamand ou MR-PS, des symboles majeurs de l'unité du pays ont été bafoués. Mercredi, le pacte belge volait en éclats ; le Roi a suivi, instrumentalisé par cette même Orange bleue qui le parjure dans la foulée. Et si, comme ils l'affirment, SP.A et PS boycottent la commission De Decker-Van Rompuy, ce sont les personnages les plus importants du royaume après le Roi qui perdront toute autorité. Qui sera alors l'institution symbolisant l'unité du pays dans un système qui tourne fou ?
Nous appelons les partis à réfléchir à ce jour qui pourrait être proche, où nous constaterons médusés qu'il ne reste plus rien de la Belgique, sinon des partis qui s'étripent et avancent les yeux fermés vers la fin d'un pays, symbole pour l'Europe du vivre ensemble et qui a plus à perdre qu'à gagner à se déchirer, dans une discussion sur Bruxelles et sur la dette qui sera outrageuse et irresponsable à conclure dans l'urgence, la querelle et l'égoïsme nationaliste.
L'objectif n'est pas de sauver ou de tuer l'Orange bleue. Mais d'assurer au pays qu'il aura un gouvernement et que soient mises en place les structures permettant de concrétiser une réforme de l'État adulte. Que les francophones cessent de se draper dans leur déni : il faut s'attaquer à cette réforme, dans un contexte délivré d'un rapport de force du plus fort au plus faible.
Que le vote ignoble de mercredi, flamand contre francophone, ait été instrumentalisé ou non, par tout ou partie de l'Orange bleue, ne change rien au fond : il est révélateur du schisme politique à l'œuvre entre Nord et Sud, de l'impossibilité des partis flamands à trouver un accord avec les francophones autrement qu'en brisant la fabuleuse loi du compromis. Même le SP.A a voté, certes les yeux baissés et le rouge aux joues, mais main dans la main avec l'extrême droite.
Arrêtons de nous voiler la face : il faut cette réforme, dans une négociation où chacun arrive avec ses véritables demandes et dans une structure reprenant tous les partis démocratiques, avec obligation de résultat. Si le confédéralisme en sort ? Les francophones ne le souhaitent à aucun prix mais ce serait la démonstration que les Flamands n'en peuvent plus de vivre au même rythme que nous. C'est d'ailleurs ce qu'ils votent aux élections et en commission, ce qu'ils ne cessent de déclarer ces dernières semaines.
Suite aux élections, la responsabilité de l'avenir du pays n'est cependant dans les mains ni des francophones, du Roi ou des présidents de la Chambre et du Sénat. Elle est, qu'on le veuille ou non, entre celles du CD&V. Un parti totalement décrédibilisé, car ayant raté lamentablement, après huit années d'opposition, son retour au fédéral : échec dans la constitution d'un gouvernement que les urnes lui offraient sur un plateau ; échec dans la réalisation d'un compromis sur BHV ; échec dans les suites du mercredi noir ; échec dans la concrétisation du projet qu'il a fait endosser au Roi jeudi ; échec dans la mise en orbite d'une réforme de l'État qui doit être désormais portée par deux « réconciliateurs » extérieurs.
Si le CD&V a le sens de l'État et non pas uniquement celui de son devenir politique et de la seule Flandre, alors : – S'il croit à l'Orange bleue et s'estime capable d'assurer sa pérennité, ce parti doit , soit renoncer à la réforme de l'État, soit laisser ce projet institutionnel à une assemblée donnant aux francophones l'assurance de ne pas être soumis à la loi du plus fort. Et tant pis pour la N-VA. – S'il veut la réforme de l'État par voie gouvernementale, le CD&V doit rendre au Roi sa liberté de consultation et ouvrir le jeu à une tri- ou quadripartite.
Si le CD&V ne peut émettre ce signal dans l'intérêt du pays, il y aurait une seule explication, terrible. Qui voudrait que l'objectif de ceparti,gangrené par la N-VA et obsédé par l'horizon flamand, soit de rendre la Belgique ingouvernable. Pour mieux la faire éclater. Aucun parti francophone ne pourrait alors être l'otage et/ou l'allié d'un tel scénario.

Le MR et le CDH vont s’aplatir, dit le PS
jeudi 08 novembre 2007
Le PS se demande comment les négociateurs de l'orange bleue pourront arriver rapidement à former un gouvernement sans que son aile francophone s'aplatisse face aux revendications flamandes, étant donné que le CD&V et l'Open Vld continuent à refuser de dissocier les volets socio-économique et communautaire.
Le CD&V a estimé mercredi soir lors de son Bureau qu’Yves Leterme devait continuer à former un gouvernement orange bleu ambitieux et travailler à la mise en place d’une réforme de l’Etat.
« On respecte la décision du Palais, et comme le Roi et tous les Belges, nous répétons que nous souhaitons au plus vite la mise sur pied d’un gouvernement stable », a-t-on indiqué jeudi au PS. « Mais dès mercredi soir, l’Open VLD et le CD&V ont refusé de dissocier le socio-économique du communautaire. Que l’on arrête de faire croire aux Francophones que l’on va désormais parler de santé, d’emploi et de SNCB sans parler de communautaire. Les partenaires francophones de l’orange bleue vont-ils s’aplatir comme ils le font aujourd’hui en essayant de minimiser ce qui s’est passé sur BHV ? », a-t-on précisé.
Pour le PS, il convient dans un premier temps de « prendre du recul » afin de rétablir la confiance. « Sinon, comment peut-on avoir la certitude que ce qui s’est passé mercredi, voir les vues flamandes s’imposer aux Francophones, ne se reproduira plus ? »
Concernant les rumeurs qui resituent les événements de ces derniers jours, qui ont conduit à un vote Flamands contre Francophones mercredi en commission, dans le cadre d’un scénario cousu de fil blanc, le PS « n’ose pas croire que certains seraient tombés aussi bas ». Et si c’était avéré, cela voudrait dire « qu’ils ont joué avec l’avenir du pays et des Francophones pour des questions de pouvoir », a-t-on conclu jeudi à la présidence du parti socialiste.

Jeux de dupes et raison d'État
vendredi 09 novembre 2007

Penauds, il faudra un jour expliquer à nos enfants pourquoi, le 7 novembre 2007, la fin a encore justifié les moyens.
Pourquoi, lors de ce mercredi noir pour le fragile équilibre belgo-belge, la minorité francophone a capitulé en rase campagne devant un diktat flamand.
Pourquoi nous avons toléré que ce diktat s'accompagne d'une autre trahison : une alliance des partis démocratiques flamands avec un parti fasciste qui incarne tout ce que nous réprouvons.
Pourquoi dans le camp des deux partis francophones qui, depuis quatre mois, sont associés à la confection d'un gouvernement, il ne s'est trouvé personne pour dire que cette félonie était insupportable. Personne. Ou si tard. Et de façon si ambiguë.
Pourquoi aucune de ces deux formations, au-delà de quelques poses de Tartarin et d'une réunion du « front francophone » incantatoire, n'a jugé bon de dire qu'un événement d'une telle gravité méritait non pas une « suspension » mais un arrêt des négociations. Sinon... après 30 heures de déclarations contradictoires.
Pourquoi nous avions de lourdes suspicions sur les jeux de dupes qui se sont sans doute déroulés dans la coulisse : ce vote insupportable n'étant au fond « que » le prix à payer pour la survie de l'Orange bleue.
Pourquoi M. Leterme, confirmant qu'il était le porteur d'eau de sa seule communauté plutôt qu'un homme d'État au service de son pays, n'a pas eu un mot pour regretter cette déchirure.
Pourquoi le même M. Leterme qui, depuis le soir des élections, promet aux généreux électeurs de son cartel que cette législature sera institutionnelle ou ne sera pas, accepte de mettre tout à coup sur pied un gouvernement socio-économique, la réforme de l'État étant encommissionnée dans un « machin » dont on peut craindre, après la tragi-comédie de mercredi, qu'il ne soit qu'un leurre.
Pourquoi, enfin, le Palais, dont le rôle n'est jamais aussi prégnant que lors des crises politiques, n'a pas estimé de son devoir de lancer auparavant une initiative de réconciliation autrement plus incarnée et plus crédible.
Par raison d'État ? Espérons- le.
Encore faudrait-il que quelqu'un ose enfin l'assumer !

7SUR7 TV: Le sp.a ne participera pas à un comité des sages 7SUR7 TV: Le Roi reçoit les présidents de partis 7SUR7 TV: De Croo: "il faut faire coïncider les élections" EN SAVOIR PLUS: Le roi reçoit la "future opposition" EN SAVOIR PLUS: "La réunion intra-francophone aura lieu au moment opportun" EN SAVOIR PLUS: Niet sp.a au comité des sages, Verts partants et conditions PS EN SAVOIR PLUS: Le roi rencontre les présidents, Leterme planche sur le budget

Libéraux

Quand Gérard Deprez et Olivier Maingain échangent des amabilités

Les présidents du MCC, Gérard Deprez, et du FDF, Olivier Maingain, ont croisé le fer lundi par média interposé. Invité lundi de l'émission Matin Première (RTBF-Radio), Gérard Deprez a notamment évoqué la piste de la circonscription fédérale, précisant qu'elle aurait, entre autres choses, le mérite de permettre aux Francophones de Flandre de voter pour Didier Reynders plutôt que pour Olivier Maingain. "Ils y gagneront", a ajouté M. Deprez.Répondant quelques heures plus tard sur La Première toujours, le président du FDF a rétorqué que M. Deprez cherchait "à exister dans le débat politique en s'en prenant à ceux qui défendent le mieux les Francophones". Olivier Maingain a également rappelé une réaction antérieure du président du MR, Didier Reynders selon qui "Monsieur Deprez n'est pas chargé de la négociation et sa position n'est pas celle du Mouvement réformateur". Gérard Deprez, très en verve, lundi matin sur La Première a également commenté à sa façon le vote mercredi dernier en Commission, Flamands contre Francophones, de la scission de BHV. "C'était comme une éjaculation précoce: ils voulaient tellement voter qu'ils ne pouvaient plus se retenir et ils l'ont fait", a dit l'ex-homme fort du parti social-chrétien. M. Maingain a estimé les propos de son coreligionnaire au sein du Mouvement réformateur "d'une vulgarité sans nom" à plus d'un titre.


"La réunion intra-francophone aura lieu au moment opportun"
Le président du MR, Didier Reynders, a tenu à rappeler lundi par l'entremise de sa porte-parole qu'il avait annoncé lors d'une première réunion des présidents de partis francophones consécutive au vote en Commission de la scission de BHV que l'exercice se reproduirait en vue de dépasser le simple vote d'une motion en conflit d'intérêt. Le président du PS, Elio Di Rupo, a indiqué lundi vouloir éviter que les Francophones ne se lancent dans des discussions avec leurs homologues du nord du pays en ordre dispersé. Il a dès lors demandé au préalable, et dès que possible, une réunion des présidents de parti francophones pour qu'ensemble ils définissent les conditions selon lesquelles ils accepteraient de renouer le dialogue.M. Reynders a rappelé lundi qu'une telle réunion était prévue. Mais la priorité du moment va aux consultations royales et à la mission dévolue aux présidents de la Chambre et du Sénat d'entamer un dialogue sur la poursuite de l'élaboration équilibrée de nos institutions et un renforcement de la cohésion entre les communautés, a précisé la porte-parole du président du MR.

Une Miss Belgique ignorante du paysage politique belge, c’est ce que Herman De Croo veut éviter coûte que coûte. C’est pourquoi l’ancien président de la Chambre a donné un rapide cours de politique belge aux vingt candidates à la couronne de Miss Belgique 2008. Vont-elles aussi se pencher sur la prochaine coalition?

12 novembre 2007

Le roi rencontre les présidents, Leterme planche sur budget

Alors que le roi Albert II doit rencontrer ces prochains jours les différents présidents de partis, le formateur Yves Leterme se penchera pour sa part sur le budget via des contacts bilatéraux. Un groupe de travail sera ensuite chargé d'étudier la problématique du budget, a-t-on appris lundi dans l'entourage du formateur.PS et EcoloSamedi, les présidents de la Chambre et du Sénat, Herman Van Rompuy et Armand De Decker, ont notamment rencontré les présidents des partis socialistes et écolos dans le cadre de la mission qui leur a été confiée par le roi, à savoir "entamer un dialogue sur la poursuite de l'élaboration équilibrée de nos institutions et un renforcement de la cohésion entre les communautés". Ils voulaient mesurer le degré de soutien des partis de l'opposition à une réforme de l'Etat. Ils ont aussi rencontré les chefs de délégations de l'orange-bleue.Orange bleueLundi et mardi, le roi devrait à présent consulter les présidents des partis de l'orange-bleue, de la N-VA et du FDF, avant de rencontrer ceux des partis Ecolo, Groen!, sp.a et PS.Leterme au budgetLeterme n'est pour sa part pas attendu à Laeken. Le formateur s'occupera entre-temps de l'élaboration du budget via des contacts bilatéraux et la création d'un groupe de travail. Sur les 9 points pour lesquels les négociateurs CD&V-N-VA, MR, Open Vld et cdH ont déjà trouvé un accord, il reste encore des questions techniques à résoudre. Un accord général sur l'ensemble du dossier "Budget" doit également encore être conclu. (belga)

Le Roi va recevoir des présidents de parti
Le Roi va recevoir lundi et mardi "des présidents de parti", selon le communiqué diffusé dimanche en fin d'après-midi par le Palais après que le chef de l'Etat a reçu en audience les présidents de la Chambre et du Sénat, Herman Van Rompuy et Armand De Decker. Le Roi a reçu le duo présidentiel en audience dimanche en début d'après-midi au Château du Belvédère. La rencontre a duré environ deux heures. Herman Van Rompuy est ressorti le premier du Château environ un quart d'heure avant Armand De Decker.Selon le communiqué du Palais, ils ont fait rapport au Roi sur les contacts préparatoires qu'ils ont pris, en vue de remplir la mission que le Roi leur a confiée, à savoir "entamer un dialogue sur la poursuite de l'élaboration équilibrée de nos institutions et un renforcement de la cohésion entre les communautés". Dans le cadre de ces deux objectifs, poursuit le communiqué du Palais, le Roi recevra lundi et mardi des présidents de parti.

Des consultations royales au-delà de l'orange bleue

Herman Van Rompuy et Armand De Decker ont rendu visite au Roi.Les nouvelles consultations royales, qui se dérouleront lundi et mardi, dépasseront le cadre de l'orange bleue dont la formation est pour l'instant à l'arrêt. Ainsi, le Roi rencontrera Ecolo et le sp.a lundi. Pas encore de nouvelles concernant le PS ou Groen!. Dimanche après-midi, les présidents de la Chambre et du Sénat ont fait rapport au Roi sur les contacts préparatoires qu'ils ont pris, en vue de remplir la mission que leur a confiée le chef de l'Etat, à savoir "entamer un dialogue sur la poursuite de l'élaboration équilibrée de nos institutions et un renforcement de la cohésion entre les communautés".Herman Van Rompuy et Armand De Decker ont rencontré samedi l'ensemble des partis représentés au Parlement à l'exception de l'extrême droite et de la Lijst Dedecker. Ce sont vraisemblablement les mêmes partis qui seront reçus par le Roi lundi et mardi. L'orange bleue ne disposant pas de la majorité des deux tiers nécessaire à une large réforme de l'Etat, d'autres partis pourraient être amenés à soutenir le processus de l'extérieur.On n'en est pas encore là. La priorité est à la relance du dialogue entre communautés après le vote de la scission de BHV par les partis flamands en Commission de la Chambre. Le cartel Cd&V/N-VA attend pour sa part des Francophones des garanties qu'il y aura une réforme de l'Etat faute de quoi il renoncera à monter dans un gouvernement. L'Open Vld attend du formateur Yves Leterme qu'il avance une proposition concrète sur la manière dont il conçoit de réaliser la réforme de l'Etat et de relancer les négociations. Pour les partis francophones de l'orange bleue, le communautaire et le socio-économique sont clairement dissociés, l'institutionnel relevant d'un autre cadre que celui qui a trait à la formation du gouvernement. Les socialistes ont accueilli froidement samedi l'initiative des présidents du parlement, estimant qu'il ne revenait pas au PS et au sp.a de dépanner l'orange bleue en crise. Ecolo préfère rester discret afin de laisser une chance aux réconciliateurs. Les Verts jugent l'initiative "créative". Chacun convient côté francophone qu'il importera avant toute chose de "laver l'affront" subi cette semaine au Parlement.

Le Comité Hal-Vilvorde parle d'un "diktat royal"
Le Comité Hal-Vilvorde (Halle-Vilvoorde Komitee), partisan de la scission de l'arrondissement de BHV, a réagi amèrement au communiqué diffusé jeudi par le Palais royal, qu'il considère comme un diktat. Selon ces partisans durs de la réforme, le roi a adopté la vision francophone sur BHV et la réforme de l'Etat, à savoir le fait que la scission n'est pas un préalable à la formation d'un gouvernement et le report de la réforme de l'Etat aux calendes grecques. "La Flandre est, au niveau belge, désormais prisonnière de la dictature d'une minorité", affirme le comité, qui estime que le roi est sorti de sa position de neutralité.

Armand De Decker déclaré sujet de sa majesté par les républicains
Le coréconciliateur royal, Armand De Decker, président du Sénat, a reçu samedi le prix du sujet de sa majesté octroyé par le Cercle républicain. Le cercle a notamment estimé que le lauréat n'a renoncé "à aucune distorsion de la réalité pour défendre le palais, et que ces inepties amassées ont quelque chose de touchant, tant elles traduisent un servile espoir de baronnification".Le 10 novembre, le Cercle républicain et le Masereelfonds ont organisé en commun comme chaque année leur Journée pour la République. A cette occasion, le Masereelfonds a décerné son prix De Potter - Gryp (prix du mérite républicain) et le Cercle républicain, ses prix du citoyen de la république et du sujet de sa majesté. Le prix De Potter - Gryp est allé à Rik Van Cauwelaert, rédacteur en chef du Knack. Le prix du citoyen de la république revient à Bob Elbracht, administrateur du Nieuw Republikeins Genootschap (Pays-Bas).

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Qui maîtrise la situation ?

Encéphalogramme plat pour les négociations

155 jours sans gouvernement. La recette Van Rompuy/De Decker ? Un grand forum institutionnel. Les deux présidents d'assemblée ont leur plan pour tenter de rapprocher les communautés, mais la table de réunion risque de comporter des places vides.


La semaine s'était achevée par un froid glaciaire. Le week-end n'a rien réglé. Le contact reste rompu entre les partis de l'Orange bleue. Le formateur Yves Leterme est au chômage technique depuis que CDH et MR ont décidé de suspendre la négociation. Et comme le laissait entendre Didier Reynders, hier, cela pourrait durer « quelques jours ou quelques semaines ».
Encéphalogramme plat.
MR et CDH continuent à demander que l'on engage un gouvernement socio-économique. Le cartel CD&V/N-VA, lui, réclame aux francophones un geste indiquant qu'ils sont prêts à engager une réforme de l'État.
Samedi, devant son parti, Bart De Wever, président de la N-VA, a lancé ce message aux MR et CDH : « Si ce pays doit continuer à exister, ceux qui appellent le plus fortement de leurs vœux la persistance de l'État belge doivent prendre leurs responsabilités pour une réforme de l'État. »
Traduction : le plus sûr moyen de faire éclater le pays, c'est d'empêcher la Flandre d'accroître son autonomie.
Voilà pour la température.
Si on ne perçoit aucun réchauffement, on sait au moins d'où il pourra venir. Chargés par le Roi de rétablir le dialogue, les présidents de la Chambre et du Sénat se sont mis au travail samedi. Herman Van Rompuy (CD&V) et Armand De Decker (MR) ont reçu les présidents des partis libéraux, centristes, socialistes et verts. Dimanche, ils ont livré un premier rapport au Roi.
Que préparent-ils ? Que proposent-ils ? Les deux pacificateurs travaillent à partir du « quasi-accord » institutionnel auquel était parvenu Van Rompuy au terme de sa mission d'explorateur. Que disait cet accord ? En gros : 1. on forme le gouvernement ; 2. on règle BHV dans les trois mois qui suivent ; 3. le débat institutionnel, piloté par les présidents de la Chambre et du Sénat, doit produire des résultats dans l'année.
Acceptée par MR, CDH et CD&V, ce préaccord calait sur l'exigence de la N-VA, résolue à notamment obtenir des régionalisations dans le domaine fiscal.
Van Rompuy et De Decker seraient en train de réaménager ce « quasi-accord », singulièrement dans son point 3.
Ils suggèrent ainsi d'organiser un grand forum en vue de clarifier une bonne fois pour toutes l'avenir institutionnel du pays.
Rassemblant tous les partis, et « délié » de l'Orange bleue, ce forum serait présidé alternativement par quelqu'un de la majorité et quelqu'un de l'opposition.
Capital – si l'on veut apaiser les Flamands : ce forum serait lancé très vite, avant même la mise sur pied du gouvernement.
Ses portes ne seraient pas verrouillées : ceux qui refusent d'y assister (ce sera sans doute le cas du PS et du SP.A) pourraient le rejoindre en cours de route, s'ils changent d'avis.
Cette proposition passera-t-elle la rampe ? À voir cette semaine. Les deux pacificateurs comptent revoir les présidents de parti dès mardi soir ou mercredi.
Autre étage du débat de l'heure : après cette semaine de crise, l'Orange bleue reste-t-elle l'option ? Ce week-end a offert aux uns et aux autres de rappeler les préférences/exclusives exprimées depuis le 10 juin… et d'en émettre de nouvelles.
Alors : une tripartite traditionnelle (libéraux/centristes/socialistes) ? La vigueur de la crise a réveillé cette hypothèse… aussitôt tuée par Reynders. « Pourquoi ramener à la table des partis désavoués par l'électeur ? », a-t-il dit dimanche, en visant PS et SP.A.
Un Olivier (rouges/verts/oranges) ? Le CD&V ne veut pas des socialistes et puis, bonne chance pour mettre le MR sur la touche.
Une Jamaïquaine (Orange bleue + verts) ? Douteux. Écolo et Groen posent des conditions élevées, sur le fond (pas de réforme fiscale, par exemple) comme sur le casting. Écolo refuse tout compagnonnage avec la N-VA et voilà que Groen, samedi, a jeté une exclusive du même type à l'égard du FDF. La Jamaïquaine imposerait donc d'exploser le cartel flamand et de démembrer la fédération libérale ? Difficile…
L'Orange bleue, donc ? Oui. Par choix ou par défaut. Envers et contre tout. Mais confirmer cette option, c'est (re)poser la question de l'appui à la réforme de l'État – l'Orange bleue n'a pas les 2/3 au Parlement. Étant dit que le CDH exclut que l'Orange bleue cherche de l'appui du côté de l'opposition flamande uniquement. Cela ramène la balle dans les pieds d'Écolo et du PS, peu enclins a priori à épauler l'Orange bleue dans son labeur institutionnel. Cela posé, l'on se dit que l'ampleur de la crise pourrait éventuellement « attendrir » ces deux partis sur lesquels le Palais (lundi ou mardi) devrait, dit-on, mettre la pression…


Reçus par le Roi, les deux réconciliateurs tentent de lancer un dialogue entre le Nord et le Sud du pays.Mais les présidents continuent à se déchirer.Les francophones tentent de s'unir, mais les rivalités MR-PS paralysent le dialogue.

Analyse
Morte et enterrée, l'orange bleue ? Pas encore. Agonisante ? Ça oui, même si on a connu des guérisons miraculeuses. Mais le problème, aujourd'hui, est sans doute plus fondamental que la survie ou la prolongation des négociations pour la formation du prochain gouvernement. En ce lendemain d'armistice, ce n'est pas la paix qui est en vue, c'est la guerre qui couve. Pas une guerre qui tue, qui fait couler du sang. Mais une guerre des tranchées, quand même, qui pourrait bien anéantir ce que les "poilus" d'il y a 90 ans ont préservé, à savoir l'unité du pays. Dès lors, les quelques hommes et femmes d'Etat qui restent se mobilisent pour tenter de sauver l'essentiel.
1 Comment comprendre ce qui se passe ? La difficulté, pour comprendre l'évolution de cette crise fondamentale de la Belgique, provient du fait que les principaux acteurs livrent une véritable partie de poker. Personne ne dévoile vraiment ses cartes ou son jeu. Le but recherché n'est pas celui qui est annoncé par son auteur. Les déclarations servent plus à sauver la mise, face à son opinion publique, à essayer de sortir la tête haute d'un échec annoncé, qu'à chercher réellement une solution à la crise. Il faut donc tant se méfier des ukases, des ultimatums, des coups de gueules que des sourires et des accolades. Autrement dit : l'orange bleue n'est peut-être pas encore au bord de l'implosion et le front des francophones n'est peut-être pas aussi uni qu'on pourrait l'espérer.
2 Qui a la main, pour l'instant ? Personne ! Avec le vote antifrancophone (la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde votée par les seuls députés flamands, extrême droite comprise) de mercredi dernier, on a atteint un paroxysme dans les tensions entre francophones et Flamands. Mais les partis du Nord ne s'attendaient pas à une réaction aussi musclée des francophones même si celle-ci, il faut l'admettre, a eu des ratés au début, les partenaires de l'orange bleu donnant le sentiment qu'ils poursuivraient sans encombre la mise sur pied du futur gouvernement sous l'autorité - c'est un bien grand mot - d'Yves Leterme. Donc les francophones ont demandé des gages de respect et de confiance et les Flamands continuent de réclamer les garanties d'une grande réforme de l'Etat, avant tout accord gouvernemental. Ce faisant, ils contredisent non seulement le Roi, qui leur a demandé de dissocier les deux discussions mais aussi Yves Leterme et peut-être Jo Vandeurzen (deux hommes que l'on dit K.-O. debout) lesquels avaient explicitement marqué leur accord pour une telle formule. Mais c'était sans compter la N-VA et son président Bart De Wever qui avait besoin de mâles promesses institutionnelles à la veille du bureau de son parti, samedi. Voilà, c'est fait. Mais qui va gérer la suite, au sein du cartel flamand ?
3 Et ce dialogue entre les communautés ? Ce week-end, les présidents de la Chambre et du Sénat, Herman Van Rompuy et Armand De Decker, ont reçu les huit présidents de partis démocratiques pour évaluer leur appétence à participer à un dialogue de communauté à communauté. Il ne s'agit pas, insiste Armand De Decker (voir ci-contre), de sauver l'orange bleue, mais bien de tenter, après l'agression politique dont ont été victimes les francophones, une grande réconciliation nationale, dans le respect des aspirations de chacun et de chaque communauté. Pour relever ce défi, il importe de mobiliser toutes les forces politiques afin de définir les conditions d'un nouveau vivre ensemble, d'un nouveau pacte entre tous les Belges.
4 Pourquoi les socialistes refusent-ils ? Mais curieusement, les partis socialistes, le SP.A et le PS ont - même si ce n'est pas encore très clair - décliné l'offre de service au motif qu'ils n'entendent pas jouer les sauveteurs de l'orange bleue. Est-ce pour tenter de les convaincre et d'insister sur le côté impartial du dialogue de communauté à communauté, que le Roi recevra ce lundi, à son tour, les présidents des huit partis démocratiques ?
Peut-être les socialistes quitteront-ils ainsi une position difficile à gérer sur le long terme. Comment, en effet, refuser de participer à une grande convention dont le but est d'empêcher (ou de retarder ?) l'implosion du pays ? En posant comme préalable à sa participation au dialogue la mort de l'orange bleue (c'est à cela que revient sa position), Elio Di Rupo se place dans un jeu politicien qui risque de se retourner contre lui. Car le PS aurait peut-être tout intérêt à y participer plutôt que d'en être exclu comme le seront les partis d'extrême droite, quitte à exiger que le rythme des travaux soit totalement indépendant de ceux de la majorité gouvernementale. Exiger pour "laver l'affront francophone" que les Flamands, dans la même commission de l'Intérieur, revotent un texte allant à l'encontre de ce qu'ils ont décidé en scindant BHV relève de la plus pure utopie. Il faudra, c'est certain, c'est indispensable, un "geste fort" démontrant que la confiance et le respect sont rétablis, empêchant même que ce genre de vote linguistique ne puisse se reproduire. Mais c'est bien à l'intérieur que ce dialogue entre les communautés, le nouveau dispositif institutionnel empêchant de nouvelles agressions, devra être conçu.
5 Dispersés les francophones ? Mais, avant cela, les francophones ne feront pas l'économie d'un grand débat sur leur espace politique. On peut d'ailleurs se demander pourquoi les travaux du groupe Wallonie-Bruxelles n'ont pas encore commencé. Il y a là, plus qu'une urgence, une nécessité absolue qui doit permettre aux francophones de venir unis à ce dialogue, unis et forts. Peut-être alors sera-ce plus aisé pour les francophones d'entrer dans une dynamique de réforme de l'Etat, pourvu qu'elle soit équilibrée et stabilisante.
6 Et Yves Leterme ? L'orange bleue, on l'a dit, n'est pas encore complètement condamnée même si ses négociateurs ressemblent de plus en plus à de pauvres bougres s'agrippant aux parois glissantes d'un chaudron en ébullition. Lorsque les francophones se seront concertés, lorsque le dialogue sera lancé (hypothèse optimiste, on l'admet), Yves Leterme pourrait reprendre ses négociations. Yves qui ? Ah oui, le formateur, on allait presque l'oublier, ce Tindemans avant l'heure, porté aux nues par 800000 électeurs le 10 juin dernier et voué aux gémonies, le week-end dernier, par les éditorialistes flamands qui le jugent à présent incapable de réussir à former un gouvernement. C'est bien la première fois que la presse flamande et Olivier Maingain se rejoignent... Reste à persuader les cadres du CD & V et de la N-VA qu'il y a dans ce parti d'autres personnes qui feraient mieux le travail que lui.

De Decker : "Dans l' intérêt du pays"
Le président du Sénat estime indispensable de fuir les attitudes partisanes.L'initiative, insiste-t-il, n'est en rien une tentative de sauvetage de l'orange bleue.
Les présidents du Sénat, Armand De Decker (MR) et de la Chambre, Herman Van Rompuy, (CD & V) ont été reçus, dimanche après-midi, pendant deux heures et quinze minutes par le roi Albert II. Ils lui ont présenté un état des lieux très complet de la situation, un aperçu détaillé de la position des présidents des huit partis démocratiques que le chef de l'Etat recevra, à son tour.
Nous avons interrogé Armand De Decker à sa sortie du Palais.
Comment rétablir la confiance entre le Nord et le Sud ?
Il est grand temps d'agir dans le seul intérêt supérieur du pays. Le dialogue entre les communautés est de la responsabilité de chacun. Et le moment est venu de ne plus réagir en termes électoraux ou postélectoraux. Cinq mois après les élections, l'enjeu doit supplanter les réflexes politiciens. Il est urgent de chercher des réponses aux grandes questions qui se posent, c'est-à-dire à la manière de rétablir la confiance entre les communautés et bien entendu la constitution par ailleurs, je dis bien par ailleurs, d'un gouvernement.
Votre initiative n'est donc pas un sauvetage de l'orange bleue ?
Pas du tout. Qui dit, d'ailleurs, que ce sera l'orange bleue ? Ce sera peut-être autre chose. Notre exercice va durer un certain temps. Quand on réfléchit à tout ce à quoi il faut penser... Ce qui doit voir le jour, c'est une forme de dialogue qui doit renforcer la confiance mutuelle et permettre une réflexion approfondie sur l'avenir de notre pays, la Belgique.
Condition de la réussite : que tous les partis démocratiques y participent. Or les socialistes semblent réticents...
Je ne vois pas très bien comment un parti démocratique pourrait refuser un dialogue politique. Cet exercice est, je le répète, totalement indépendant de la formation du gouvernement.
Quelle forme prendra finalement ce dialogue ?
C'est trop tôt pour vous le dire.
Certains avaient émis l'hypothèse d'associer des personnalités non-politiques, des représentants de la société civile...
Pas de réponse à formuler à cette question.
Peut-on vous appeler les "réconciliateurs" ?
(Rires)... Je trouve cela flatteur mais je ne pense pas la situation soit à ce point tragique qu'on doive parler de réconciliation. Il y a eu un moment terriblement blessant et regrettable, le vote unilatéral en commission de l'Intérieur de la Chambre, qui s'est retourné contre leurs auteurs, de manière très forte. Ils en sont punis.
Pensez-vous que les Belges veulent-ils encore vivre ensemble ?
Je crois que les Belges ont, depuis 177 ans, démontré qu'ils pouvaient fort bien vivre ensemble et je pense qu'ils sont totalement déterminés à le faire. Il est vrai que nous vivons un moment important de notre histoire, pour le pays et pour les 10 millions d'habitants. La Belgique connaît des problèmes communautaires. Tous les 20 ans, elle traverse des moments difficiles. Mais chaque fois, le dialogue permet de trouver des solutions. Il faut trouver la meilleure manière de lancer un dialogue, un vrai dialogue. C'est dans cet état d'esprit que nous allons travailler et dans l'espoir de moderniser la Belgique dans le respect de chacun et de chaque communauté.

Maingain : "Pour un pacte de dignité"

Le président du FDF appelle les francophones à rester unis et à définir une stratégie de défense de leurs intérêts.Il faut éviter la répétition de la gifle imposée par la Flandre.
Entretien
Meilleur défenseur des francophones ou boutefeu ingérable, il est, en tout cas, la bête noire des hommes politiques flamands. Rencontre avec le président du FDF, Olivier Maingain.
Vous demandez un geste de respect et de confiance des hommes politiques flamands. Concrètement, qu'attendez-vous ?
Il y a d'abord le respect strict de la mission qu'a donnée le Roi. Le Roi a clairement distingué ce qui relevait de la formation du gouvernement fédéral, qui sont des priorités socio-économiques, et ce qui relève de la mission confiée aux deux présidents des assemblées fédérales, qui tient en la définition d'un lieu de dialogue de communauté à communauté. Les deux missions sont totalement dissociées. Il ne peut être concevable que la formation du gouvernement fédéral soit conditionnée par le débat de communauté à communauté. Ce sont des temps opératoires distincts, des acteurs et des objectifs différents. Ceux qui veulent exercer un chantage à la formation du gouvernement fédéral méconnaissent la mission confiée par le Roi au formateur. Le formateur doit faire comprendre aux siens qu'il n'est plus chargé de mener quelque débat institutionnel que ce soit.
Après le vote de mercredi, comment "laver l'affront" ?
Nous ne pouvons pas vivre sous la menace de votes à majorités simples sur les dossiers institutionnels. Si les partis flamands retentent une opération comme l'on vient de vivre, mais centrée cette fois sur les aspects judiciaires de BHV, il n'y a plus de formation gouvernementale possible. Il doit y avoir un engagement explicite de renoncer à tout vote sur un sujet qui met en péril les intérêts de l'autre communauté. Il faut imposer une digue qui empêche la répétition. Si à chaque fois que les partis flamands souhaitent aller de l'avant sur un sujet institutionnel à majorité simple, ils nous disent qu'à défaut de les suivre, ils imposeront leur loi, c'est invivable.
S'il y a vote, on stoppe les négociations... vous le disiez déjà mercredi dernier avant le vote. Après...
Je n'ai pas été le seul à dire que ce vote signifierait la fin de la mission d'Yves Leterme. Je me souviens des déclarations de Charles Michel ou de Melchior Wathelet. Et je continue à penser qu'Yves Leterme n'a pas l'autorité d'un formateur ni la capacité d'un rassembleur. Le Roi a pris la décision de le maintenir dans une mission limitée aux priorités socio-économiques. J'en ai pris acte et je respecte la décision du chef de l'Etat. Tout le monde doit la respecter.
Avez-vous été poussé à nuancer vos propos, mercredi après le vote, ou pensiez-vous vraiment que le vote allait entraîner la fin des négociations...
... la fin de la capacité d'Yves Leterme à conduire un débat institutionnel. Je le confirme. La preuve est qu'il en est déchargé.
Estimez-vous qu'il faut poursuivre l'expérience orange bleue mais avec un autre formateur ?
Pour le moment, c'est Yves Leterme qui est chargé d'une telle mission. Il est contesté dans ses propres rangs par ceux qui veulent redonner une priorité institutionnelle à la formation du gouvernement. C'est à Yves Leterme de dire ce qu'il peut maîtriser dans son parti. On en est toujours au même stade. S'il en est incapable, il devra en tirer les conclusions. Nous n'en sommes pas là. Et avant de reprendre les négociations, il y a un préalable : que les Flamands posent un geste d'apaisement significatif.
Didier Reynders plaide pour la fin du cartel CD & V/N-VA...
Cela pourrait déjà changer le climat mais je ne sous-estime évidemment pas ce qu'est la tendance la plus nationaliste et en pointe du CD & V. La rupture du cartel entraînerait peut-être une minorisation de ceux qui se sont fait les alliés de la N-VA. Cela ne serait pas pire que ce que nous subissons aujourd'hui comme menace sur l'existence-même du pays. M. De Wever travaille à miner ce pays.
C'est le noeud. Les Flamands refusent de poser un geste d'apaisement. Et les francophones refusent de donner la garantie qu'il y aura bien une réforme de l'Etat substantielle...
M. Leterme doit dire s'il assume les conditions posées par le Roi à la poursuite de sa mission. S'il ne maîtrise pas ses amis politiques, prêts à saborder sa mission, qu'il le fasse savoir...
Ce sont vos déclarations qui ont mis le feu aux poudres...
Quand je lis la presse flamande de ce week-end, elle est encore bien plus sévère que moi à l'égard d'Yves Leterme. Un journaliste flamand m'a dit : "Vous insultez M. Leterme", tout cela parce que j'avais déclaré que M. Verhofstadt avait plus de talent que M. Leterme, ce que je continue à penser. Dire du bien d'un autre homme politique flamand, c'est insulter M. Leterme ?
Mais pour vous, les négociations gouvernementales ne pourront donc plus porter sur les questions institutionnelles ?
C'est la portée même de la mission qui a été donnée à Yves Leterme. Il faut accepter le rôle et l'autorité du chef de l'Etat. Il y a eu un affront envers les francophones, je n'ose imaginer qu'il y en ait un, à présent, à l'encontre de la personne du Roi. Certains hommes politiques flamands, je dis bien certains, refusent d'accepter le jeu des institutions.
Les négociations sont donc arrêtées. Le pays peut-il se permettre un vide total pendant quelques jours voire plusieurs semaines ?
Il est urgent de relancer la concertation entre les partis francophones. Je voudrais que le débat partisan s'efface devant la recherche d'un consensus indispensable. Les circonstances sont trop graves pour que les francophones étalent leurs divisions partisanes. Ce qui s'est passé au parlement de la Communauté française à l'initiative du chef du groupe socialiste, Léon Walry, était indigne. Il est temps de se ressaisir.
Sur quoi doit déboucher cette concertation ?
Il faut que l'on réfléchisse à deux choses. Qu'est-ce que les partis francophones considèrent comme étant leurs intérêts, ce sur quoi nous ne pouvons céder sous peine de menacer gravement notre avenir collectif ? La deuxième chose est de définir notre conception de l'Etat fédéral, le socle de base en termes de pouvoirs, de compétences et d'organisation.
Comme l'ont fait les partis flamands en 1999 ?
Il faut reconnaître que les francophones sont en retard par rapport à ce qu'ont fait les partis flamands en 1999. Je ne propose pas de voter des résolutions comme l'ont fait les Flamands. Mais les circonstances nous obligent à mener un débat en interne. Je ne parle pas d'un front mais plutôt de convergences, d'un discours commun de sorte que les partis flamands cessent de croire que si l'on change de partenaire francophone, ils pourront toujours faire avancer le débat institutionnel à leur guise et dans la direction qu'ils souhaitent. Ce travail doit être fait de commun accord. Les francophones doivent établir ensemble un pacte de dignité. Le débat sur BHV, on le retrouvera dans quelques mois. Il faut que nous préparions une réponse forte et unanime.
Ce dossier n'est-il pas le révélateur du malaise belge ?
Il révèle le sentiment qu'ont les partis flamands que les partis francophones ne peuvent plus s'opposer à l'évolution institutionnelle du pays. Le chantage qui est de dire que le pays n'existera qu'aux conditions fixées par les Flamands, est évidemment, comme l'a dit Didier Reynders, le début du confédéralisme.
Les socialistes semblent vouloir refuser de participer au dialogue entre communautés par crainte de participer à une entreprise de sauvetage de l'orange bleue ?
Ce serait une erreur que d'analyser, de manière partisane, la mission donnée par le Roi aux présidents des assemblées fédérales, surtout si cela est précédé par un travail entre francophones. Il ne s'agit pas d'un simulacre et d'un faux-semblant. Fuir les lieux de débat n'est pas la bonne manière de préparer l'avenir.

Un front francophone lézardé

A crise exceptionnelle, mesures exceptionnelles ! Le Palais lui-même innove. Il nous avait déjà donné un explorateur. Voilà qu'il nous propose deux réconciliateurs. Mission : "Entamer un dialogue sur la poursuite de l'élaboration équilibrée de nos institutions et un renforcement de la cohésion entre les communautés."
Leterme, pendant ce temps-là, poursuit sa mission sur tout le reste. A ceci près que la négociation est à l'arrêt. On ne se parle plus au sein de l'orange bleue. Non seulement le formateur est en chômage technique, en quelque sorte, mais, en plus, au Nord comme au Sud, tout le monde le trouve nul.
Quand à la mission des réconciliateurs elle s'assimile à un exercice de voltigeur de haut vol. C'est que la mission qui leur a été confiée par le Roi fait l'objet d'interprétations radicalement différentes selon que l'on est flamand ou francophone.
Pour le MR et le CDH, c'est clair, Yves Leterme ne peut plus se mêler de questions communautaires. Mieux, si les partis flamands de l'orange bleue s'engagent sans arrière-pensées dans ce processus, ils pourraient estimer qu'il s'agit-là du geste d'apaisement qu'ils attendent après la claque reçue lors du vote sur BHV.
Le CD & V/NV.A et l'Open VLD font une lecture fort différente du processus engagé. Non seulement ils exigent que Leterme poursuive sa mission, y compris sur le volet communautaire. Mais ils attendent des francophones qu'ils s'engagent sans retenue dans la voie d'une réforme institutionnelle de première grandeur. Et si les francophones traînent par trop des pieds, ils menacent de renouveler les passages en force comme ils l'ont fait pour BHV.
Devant une telle cacophonie, le Roi a décidé de reprendre la main et de voir, ce qu'il n'avait pas fait la semaine dernière, l'ensemble des partis démocratiques. Histoire que tout le monde comprenne la même chose. On verra alors si la mission des réconciliateurs a une petite chance d'aboutir.
En attendant, les francophones ont encore réussi à faire étalage de leurs divergences. Au parlement de la Communauté française d'abord : ils ont échangé des noms d'oiseaux et, sur les plateaux de télévision, ce dimanche, chacun a pu les voir s'étriper à qui mieux mieux. Il serait temps que les leaders francophones fassent passer leurs ambitions personnelles derrière l'intérêt commun.