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24 novembre 2006

Van Cau illégal (à l'hôtel de ville)

La présence de Jean-Claude Van Cauwenberghe dans un bureau mis gratuitement à sa disposition dans les bâtiments de l'hôtel de ville de Charleroi par le collège
des bourgmestres et échevins est illégale, rapportent vendredi plusieurs quotidiens.



Le ministre Philippe Courard, interrogé par le parlementaire Ecolo Marcel Cheron, a en effet envoyé un courrier au collège de Charleroi pour faire appliquer le code de démocratie locale. Selon celui-ci, l'absence de convention entre la Ville et l'Asbl présidée par M. Van Cauwenberghe, à savoir la communauté urbaine du pays de Charleroi, assimile cette aide à une subvention dont l'octroi relève de la seule compétence du conseil communal et non du collège.
Le ministre Courard réclame donc que le conseil communal qui suivra l'installation des nouveaux conseillers le 4 décembre prochain règle ce problème et qu'une convention soit signée afin de fixer les conditions d'occupation et les obligations des occupants.
Une clause destinée à prévenir "toute confusion entre les activités publiques au sein de l'hôtel de ville et les activités des Asbl concernées" devra également être rédigée. (belga)


Stop au bureau de Van Cau ! (24/11/2006)
L'administration wallonne remet en cause le contenu du bail de ses locaux de l'hôtel de ville

Selon l'administration wallonne, l'une des premières mesures que le nouveau collège carolo devra prendre le 4 décembre prochain, ce sera de demander à Jean-Claude Van Cauwenberghe, locataire de l'hôtel de ville de Charleroi, soit la mise sur pied d'un nouveau bail en bonne et due forme... soit qu'il quitte le bâtiment qu'il arpente depuis de très nombreuses années.
Pour rappel, Jean-Claude Van Cauwenberghe occupe des locaux à l'hôtel de ville de Charleroi, même depuis qu'il a quitté son poste de bourgmestre. Il les occupe au titre de l'aide apportée par la ville à la Communauté urbaine Pays de Charleroi, Val de Sambre et Sud Hainaut.
C'est à ce titre que le collège des bourgmestre et échevins avait accepté de mettre gracieusement à disposition de celle-ci un bureau pour son président qui est un élu de la ville ainsi qu'un bureau pour deux collaborateurs de l'ASBL Intranet Pays de Charleroi.
L'administration n'accepte toutefois pas "que ces mises à disposition n'aient fait l'objet d'aucune convention particulière quant à la prise en compte des charges par cet organisme. La mise à disposition des deux locaux mentionnés aurait donc été effectuée à titre gracieux et pour une durée indéterminée. " Par ailleurs, 2 organismes en sont bénéficiaires et non un, comme l'affirme la ville.
"Selon la jurisprudence administrative, une mise à disposition gratuite ne peut être admise que pour autant qu'il s'agisse d'une occupation précaire ou ponctuelle. Ce qui n'est pas le cas ici. On a plutôt affaire à une aide en nature et à durée indéterminée."
Selon un article du Code de la démocratie locale et de la décentralisation, cette aide sous forme de mise à disposition gratuite et pour une durée indéterminée de locaux appartenant à la ville est assimilée à une subvention. Son octroi est soumis à un certain nombre de règles qui sont fixées par d'autres articles.
Cet octroi de subvention relèverait de la compétence du conseil communal et non du collège communal. "Dans le cas de cette mise à disposition de locaux, les dispositions légales en matière de subventions ne sont pas respectées." La ville de Charleroi doit donc se mettre en conformité dans les plus brefs délais.
V. Li.
© La Dernière Heure 2006


Le dernier conseil communal de Van Cau

Le conseil communal de Charleroi s'est réuni pour la dernière fois hier, sous le signe de la majorité absolue PS en place depuis trente ans, puisque, le 4 décembre prochain, c'est une majorité tripartite PS-MR-cdH qui s'installera à la tête de la ville. Ce dernier conseil était aussi celui au cours duquel siégeait pour la dernière fois Jean-Claude Van Cauwenberghe.
Elu en 1982 et alors choisi pour bourgmestre, Jean-Claude Van Cauwenberghe était redevenu conseiller communal puis chef de groupe PS au conseil communal, en accédant à la Région wallonne, comme ministre puis comme Ministre-Président, une fonction dont il a démissionné en septembre 2005 à la suite du scandale de "La Carolorégienne".
Le conseil communal de ce jeudi s'est déroulé dans une ambiance sereine et dénuée de tout incident, sous la présidence de Jean-Pol Demacq, bourgmestre faisant fonction depuis la mise à l'écart de Jacques Van Gompel, bourgmestre sortant et qui a été inculpé, le 20 octobre dernier, de faux, usage de faux et détournement par fonctionnaire public, avant d'être incarcéré et remis en liberté trois semaines plus tard.
Si l'essentiel de cette dernière séance a été consacré à des points administratifs courants, Jean-Pol Demacq a souhaité saluer les élus qui s'en vont à l'occasion de cette fin de législature. "Charleroi, a-t-il dit, a connu d'importants échecs mais ceux-ci ne doivent pas occulter l'ensemble du bilan de cette législature finissante". Le bourgmestre faisant fonction a tenu à remercier tout particulièrement Jacques Van Gompel et Jean-Claude Van Cauwenberghe. Evoquant Jean-Claude Van Cauwenberghe, Jean-Pol Demacq a dit que "rarement, un homme s'est autant identifié à sa Région et à sa ville, avec tous les contrastes que cela suppose : autoritaire et humain, pudique et audacieux, sensible et pugnace, méthodique et impulsif, acharné au travail et bon vivant quand il le peut, aussi fidèle qu'intransigeant". A propos de Jacques Van Gompel, le bourgmestre faisant fonction a évoqué "un homme fraternel, affectif, fidèle en amitié et tellement proche des gens".
Serge Van Bergen, qui avait été un des échevins impliqués dans l'affaire de "La Carolorégienne" et qui avait dû démissionner de ses fonctions, a également tenu à cette occasion à dire sa tristesse de partir "la tête haute, victime d'un acharnement injuste".

D'autre part, dans son numéro de vendredi, l'hebdomadaire "Le Vif l'Express" épingle une nouvelle affaire à Charleroi qu'il qualifie "d'autre Immo Congo".

Selon le magazine, Jean-Claude Van Cauwenberghe "aurait fait entrer une toute petite société de courtage, IFCA, dans la gestion des fonds de pension de la Ville de Charleroi. Il n'y a pas eu de mise en concurrence", précise "Le Vif". Une instruction judiciaire a été ouverte du chef de corruption.

A Charleroi, il y a d'autres dossiers « Immo Congo ». Pour rappel, cette société de Gosselies est soupçonnée d'avoir décroché un juteux contrat en Afrique, en mai 2004, grâce à des coups de pouce politiques. La justice a ouvert une instruction. Le parlement wallon promet d'enquêter. Les copains d'abord ? En cause : la dénommée Sabine Gauquier, coiffeuse de formation, présidente d'Immo Congo. Surtout : son mari Daniel Lebrun, réviseur d'entreprises converti aux affaires. L'ami et conseiller financier de Van Cau ( lire Le Vif/L'Express du 17 novembre ). Lebrun et Gauquier auraient été favorisés. En première instance, le marché congolais leur avait échappé. Ils ont gagné à la suite d'une négociation pour le moins opaque.Un dossier du même type intéresse le parquet de Charleroi, où on confirme certains points de comparaison. En octobre 2000, une petite société anonyme, nommée IFCA (Institut de cambisme et de finance internationale), obtient un contrat de conseil en gestion pour le fonds de pension de la ville et celui d'une grosse intercommunale de soins de santé de la région de Charleroi (l'ISPPC, qui réunit tous les hôpitaux publics). « On » fait appel à IFCA en urgence, sans appel d'offres. Cela coûte cher (comme les loyers d'Immo Congo) pour un service limité. IFCA recommande alors des placements spéculatifs qui s'avèrent désastreux. On imagine que de belles commissions ont toutefois été empochées... Pour les caisses publiques, le manque à gagner, lui, est caché aux administrateurs de l'intercommunale ISPPC et aux conseillers communaux de Charleroi, peu ferrés sur le sujet. Et pour cause : les fonds de pension sont gérés « en famille » dans la Métropole. Sous le contrôle de socialistes proches de Van Cau, tant à la ville qu'au sein de l'ISPPC. Quant au réviseur... Daniel Lebrun, il n'avait pas de remarques sur l'ampleur des risques.
Qui a proposé la société IFCA ? Au début de l'été, les réponses des différents acteurs étaient évasives ou contradictoires ( Le Vif/L'Express des 23 et 30 juin ). Nous pouvons désormais affirmer que Jean-Claude Van Cauwenberghe est intervenu pour permettre cette opération. Son conseiller politique à la Région wallonne, Jean-Pol Avaux, a contacté IFCA en toute discrétion. On chuchote que ce pourrait être lui, également, qui est intervenu pour remettre Lebrun en selle pour le Congo. Avaux est l'homme de main de Van Cau. Il a toujours été sa courroie de transmission pour garder le contrôle sur Charleroi quand il était à Namur.
A travers les fonds de pension, des montants astronomiques sont brassés. A Charleroi, la délicate gestion de ces réserves constitue une véritable bombe à retardement. Tout écart de conduite pourrait mener la ville à la faillite. Rien que ça.
1. IFCA, chaînon inutile et coûteux ?De longue date, c'est Ethias (l'ex-Smap) qui gère les réserves de pension à Charleroi. A l'origine, des placements dits « de bon père de famille », dans des bons d'Etat. Un changement de cap s'opère logiquement au milieu des années 1990. D'autres opportunités se présentent. De meilleurs rendements sont à portée de main. Les placements de la Smap paraissent trop frileux. En décembre 1996, l'Intercommunale d'£uvres sociales de Charleroi (l'IOS, rebaptisée aujourd'hui en ISPPC) achève une patiente prospection du marché. Les grandes banques belges sont consultées. Le Crédit communal (devenu Dexia) obtient le marché. La « banque des communes » a été mise en concurrence, notamment avec la CGER. Des administrateurs de l'intercommunale se souviennent que trois spécialistes du Crédit communal sont venus présenter leur projet durant plus d'une heure. Au tableau noir : courbes de rendements et projections financières. Transparence totale, donc. La banque propose des placements à risques acceptables en branche 21 (obligations et actions) et en branche 23 (uniquement actions). Les rendements sont bons. Ils augmentent.
Puis, en juillet 2000, l'IOS absorbe les hôpitaux publics de la ville de Charleroi, en grosse difficulté financière. Cela donne naissance à l'ISPPC. Le contrat avec le Crédit communal/Dexia est résilié sans explication en septembre 2000. IFCA entre en piste un mois plus tard. La petite société anonyme à deux administrateurs obtient un rôle de conseillère en gestion, aux côtés de la Smap. Elle propose des placements autrement plus risqués en branche 23. Elle n'intervient qu'une seule fois : pour suggérer d'engager l'équivalent de 1,5 milliard de francs belges dans un produit « Alti+ » commercialisé par une banque française (la Société générale de Paris). Le reste de son intervention, c'est de la maintenance. Pour « tout » ça, IFCA empoche un forfait de 300 000 francs belges par an, à titre de frais de conseil. A quoi pourrait s'ajouter une commission de performance, en 2011, à la date d'échéance des placements. Selon les calculs de responsables financiers de l'intercommunale, entendus par la justice, c'est plus cher qu'avec Dexia. Et le bénéfice est loin d'être acquis. Etant donné la chute des cours boursiers, le panier d'actions « Alti+ » s'est planté en 2001 et en 2002. Une note confidentielle d'Ethias indiquait même, en juillet 2002, qu'il y avait 60 % de risques de ne récupérer à terme que le capital investi (sans un euro d'intérêt, donc !). Alti+ s'est redressé depuis. Mais ne demandez pas l'ampleur du manque à gagner des années de galère : cela n'a jamais été communiqué aux administrateurs de l'intercommunale, pourtant demandeurs.

Philippe Engels
23 novembre 2006

Van Cau L'interminable chute

Il y a un an, Jean-Claude Van Cauwenberghe s'était trompé de démission. Le chef de Charleroi avait largué les amarres à la Région wallonne... et renforcé son contrôle sur le nid de vipères carolo. Aujourd'hui, « son » système d'occupation du pouvoir craque de toutes parts. Dans « sa » ville, le capitaine Van Cau reste seul maître à bord du Titanic. Des échevins et un bourgmestre sans carrure sont tombés à l'eau. Des affairistes semblent désormais dans le collimateur. Ceux-là « gèrent » la ville avec Van Cau, le patron. Qui n'assume pas les dérives. Combien de temps tiendra-t-il ? Pourquoi Elio Di Rupo refuse-t-il de le lâcher ? Qui veut le faire chuter ?
Jean-Claude Van Cauwenberghe toujours sous pression: parce qu'il reste aux affaires, à Cherleroi.
IsopixPartez, Monsieur Van Cauwenberghe ! Le bruit enfle. Depuis des semaines, des mois, une éternité. Et l'homme fort de Charleroi est le seul à ne pas entendre. Il reste sourd aux incantations. Ses lieutenants ont chuté lourdement. Lui, il s'accroche, il s'incruste. Pis que ça : « Van Cau » fonce tout droit dans le brouillard, avec une armée d'enquêteurs frappant son entourage et s'approchant dangereusement. Il s'appuie sur une légitimité populaire qui tient de la manipulation. « On m'a élu, je reste. » Van Cau dit : « J'ai quitté la ville il y a onze ans. Je n'ai rien à me reprocher. » Est-il victime du syndrome Van Gompel, du nom du maïeur démissionnaire car emprisonné ? Depuis un an, Jacques Van Gompel jurait qu'il avait les mains propres. A force, il devait y croire. Mais les éléments à charge du bourgmestre semblent aujourd'hui accablants. L'inculpation : faux en écriture, détournement, marchés publics tronqués. « Depuis dix ans au moins », selon le procureur du roi Christian De Valkeneer. De tout ça, du passé, Van Cau n'en a cure. Il se projette encore dans l'avenir. Il estime avoir payé, déjà. Il tient les clés de la citadelle assiégée. Et cela doit rassurer les favoris du prince qui ne sont pas encore tombés de leur piédestal. Provocateur et revanchard, Van Cau défie la justice mais aussi Elio Di Rupo, le président du PS. Il parie sur une issue judiciaire à la Guy Mathot : plusieurs fois éclaboussé, mais jamais mouillé. C'est oublier que, jamais, Mathot n'avait été cerné à ce point. Van Cau veut garder (tout) le contrôle du PS carolo. Sans égard pour les millions de Belges qui assistent en direct à son agonie politique, aussi lente que pathétique. Du jamais-vu.
Voici pourquoi la stratégie de Van Cau semble intenable. Dans la première ville wallonne, il y a bien un « système socialiste » dont la justice organise le démantèlement avec méthode. Jean-Claude Van Cauwenberghe l'a mis en place au début des années 1980. Ses principales caractéristiques :
1. Le parti dominant occupe tous les leviers de pouvoir. Il répartit en son sein les postes influents. 2. Les contre-pouvoirs normaux ne fonctionnent plus. L'opposition est écrasée, timorée, anesthésiée ; la presse locale est de connivence. Leur récent réveil n'en est que plus spectaculaire. 3. Le cumul des mandats empêche le contrôle de tutelle. Van Cau, le patron de Charleroi, était en même temps le ministre-président de la Région wallonne. Contrôleur et contrôlé. 4. La notion de conflit d'intérêts est totalement niée. Cette confusion des rôles semble quasi culturelle. 5. Politisée à outrance, l'administration n'a plus l'indépendance nécessaire pour résister aux pressions du pouvoir politique. Elle exécute les basses £uvres.
Telles sont les constantes du système. Van Cau n'a rien inventé. Tout au plus Charleroi est-elle la caricature d'un genre assez répandu, là où sévissent de vieilles majorités absolues. La spécificité du « modèle » carolo est ailleurs. Tout amalgame avec d'autres situations ressemblantes serait d'ailleurs injurieux pour le PS. Car, sur les bords de la Sambre, l'occupation malsaine du pouvoir se double de pratiques illégales à différents niveaux. D'une part, les infractions commises par des gagne-petit, des fonctionnaires sans envergure ou des mandataires politiques venus du bas de l'échelle. D'autre part, les grandes man£uvres orchestrées dans des sphères plus élevées, là où des initiés ébauchent - avec Van Cau - l'avenir économique et social de la Métropole. « Un système de privilèges par paliers », comme l'a déclaré le journaliste Jean Guy avant sa mort, il y a quelques semaines. Héraut d'une presse de gauche engagée, rayée de la carte, ce Carolo désabusé connaissait bien la maison.
Le premier niveau est tombéClaude Despiegeleer, 60 ans, incarne parfaitement la catégorie des gagne-petit. Cet ancien cheminot est « monté» grâce à Van Cau, son mentor. Comme d'autres échevins poussés par le chef, soucieux de se ménager une main-d'oeuvre conciliante et dévouée, « Despi » n'était pas formé pour gérer une société de logements sociaux. Il ne lui a pas fallu longtemps pour se perdre dans les circuits financiers qu'« on » lui a suggérés pour doper le sport à Charleroi et plaire ainsi à Van Cau. Il a tripoté les comptes. Il a participé au racket de sponsors. Il s'est autorisé un train de vie exagéré. Parce qu' « on avait toujours fait comme ça », pour reprendre son expression désormais célèbre. Le « on », c'était Richard Carlier, patron du PS carolo condamné pour corruption, ou Jean-Claude Van Cauwenberghe, son héritier. Ce dernier a-t-il couvert Despiegeleer ? Connaissait-il ses petits écarts de conduite ? Pas sûr... Despi a gonflé telle la grenouille qui se prend pour un b£uf. Pour £uvrer à l'abri des regards, il pratiquait l'art de l'intimidation, comme les grands. D'autres échevins et même Van Gompel peuvent en témoigner : « Jean-Claude a dit que... », « Si tu n'es pas d'accord, je téléphone à Jean-Claude », disait-il souvent. Tous ceux-là se sont-ils enrichis ? Cela ne saute pas aux yeux. Ils rêvaient d'exister aux yeux du chef, d'être à la hauteur. Ils ont tout au plus fleuri leur pré carré. Sans vergogne.
Jean-Claude Van Cauwenberghe a décidé d'assumer ça, il y a un an. « En tant que leader socialiste carolo, je ressens une responsabilité morale et politique quand des proches de toujours, des compagnons de combat, ont commis des erreurs aussi lourdes qu'injustifiables », déclarait-il le 5 octobre 2005, face à une assemblée socialiste déboussolée, pour justifier sa démission de la présidence du gouvernement wallon. Un geste courageux, aussitôt prolongé par un réflexe contradictoire : reprendre le collier là où il avait été éclaboussé. Dans son cher fief carolo ! Et après ? Pourquoi reste-il de marbre, aujourd'hui, au moment où la justice s'autorise des incursions de plus en plus précises dans les hautes sphères où Despiegeleer et les échevins un peu frustes n'étaient même pas conviés ? Au moment où la juge d'instruction France Baeckeland, gentiment qualifiée de « psychorigide », met son nez dans son jardin à lui, le grand sachem rouge.
Les favoris du pouvoirDe quoi s'agit-il ? Depuis son accession au maïorat, en 1983, Van Cau a toujours gardé la passion des grands chantiers. Floraison de centres commerciaux en périphérie de la ville, lancement d'un aéroport performant, création du brillant aéropôle de Gosselies, grands travaux d'aménagement urbain, fusion d'hôpitaux publics, etc. Le patron du PS local y a imposé sa griffe. Quoi de plus normal, a priori, après la remise à flot des finances communales, engagée sans hésitation dès son arrivée. Mais, pour développer Charleroi, Van Cau n'a pas lésiné sur les moyens. Il a placé une armada d'hommes à lui à tous les postes stratégiques. Cette fois, pas de seconds couteaux. Ceux-là sont ingénieurs, économistes ou juristes de haut niveau. Tous ou presque sont de la génération Van Cau. Petit à petit, le « réseau » a tout contrôlé. A commencer par les grandes intercommunales (sauf l'ICDI dirigée par Lucien Cariat) qui, à l'image de la puissante Igretec, font la pluie et le beau temps au pays de Charleroi. Besoin d'un terrain pour investir ? Igretec est là. Et, si nécessaire, des curateurs triés sur le volet peuvent débusquer la bonne affaire après faillite. Besoin d'un permis de bâtir ? Van Cau peut « bousculer l'administration », comme il l'a fait pour son ami Robert Wagner. Toute l'administration : communale, provinciale, régionale. Partout, le leader carolo a tissé sa toile d'araignée, dont le Liégeois André Cools, lui aussi boulimique, était envieux. Besoin d'un audit ? Van Cauwenberghe téléphone au réviseur d'entreprises Daniel Lebrun, un membre de sa garde rapprochée, souvent choisi pour contrôler les institutions publiques (la Régie communale autonome ou les comptes de la ville, par exemple). Sinon, la Comase de Jean-Luc Henry (encore un fidèle) fait l'affaire. Par exemple, s'il faut une « étude indépendante » pour établir un diagnostic à propos de l'intercommunale de déchets ICDI (tiens, tiens, attirée aujourd'hui dans les griffes d'Igretec). Besoin d'un notaire ? Appelons Hubert Michel. D'un architecte, d'un décorateur, d'une entreprise de construction, d'un promoteur immobilier, d'un fournisseur de photocopieuses, etc. ? Toujours les mêmes. On touille dans les mêmes eaux, comme dit un enquêteur. Les favoris du pouvoir.
Au coeur du dispositif, Jean-Claude Van Cauwenberghe est indispensable. Il détient toute l'information. Les relais de Van Cau sont là pour ça. A l'image de Jean-Pol Avaux, sa courroie de transmission, épinglé par les écologistes avant même les affaires (l'homme jouissait d'un salaire mirobolant au sein d'une ASBL censée aider les drogués). Entre gens avertis, on s'entraide. On se retrouve au sein de la même loge maçonnique.
Le 22 juin 2006, Van Cau est réélu à la tête de la section socialiste de Charleroi. Ils tiennent encore le coup, Jacques Van Gompel et lui, un brin pathétiques.
BelgaLes procédures légales ont-elles toujours été respectées, notamment celles relatives aux marchés publics, si contestés à Charleroi ? La justice poursuit son travail. De premiers indices épars sont tombés au printemps dernier. L'homme d'affaires Robert Wagner et un fonctionnaire wallon habitant la région de Charleroi ont été inculpés pour corruption. L'ancien député permanent Jean-Pierre De Clercq a été inculpé pour des curatelles douteuses. Le réviseur Daniel Lebrun pourrait être amené prochainement à s'expliquer sur ses diverses activités. Tous trois font partie du premier cercle d'intimes de Jean-Claude Van Cauwenberghe. Ce dernier aurait-il bénéficié d'avantages matériels en échange de services offerts ? Van Cau en personne a réveillé de vieilles rumeurs après sa démission. « On raconte même que j'aurais fêté avec des amis mon troisième milliard de francs ! » déclarait-il le 21 janvier 2006 dans les colonnes du Soir . A ce jour, il existe au moins un élément troublant : un acte notarié relatif à l'achat d'une maison dans le sud de la France, en janvier 1993. Auprès d'un membre du groupe Wagner, Van Cauwenberghe avait obtenu le principe d'un paiement différé « sans intérêts ». C'est écrit noir sur blanc ( lire Le Vif/L'Express du 23 décembre 2005 ). Une faveur ? Van Cau dit avoir payé les intérêts. Il affirme que c'était stipulé dans une convention sous seing privé... prévoyant le contraire de ce qui avait été convenu devant notaire. Pourquoi deux vérités ? Heureusement pour Van Cau, les faits sont trop anciens pour intéresser la justice.
La perversité du systèmeUne machine d'occupation du pouvoir qui s'effondre sous les coups de boutoir de la justice. Un groupe d'affairistes dans le viseur des enquêteurs. Van Cau apparaît en filigrane dans de nombreux dossiers judiciaires. Il était bien là. Dans « sa » ville. Il en est resté le bourgmestre empêché jusqu'en 2000. Après, il a continué à tirer les ficelles. Si le « système » démonté est à ce point vicié, il paraît logique que celui qui l'incarne endosse la responsabilité politique du naufrage. Le seul geste significatif consisterait donc à renoncer à la présidence de l'Union socialiste communale (USC) de Charleroi. Ce serait l'amorce d'un désengagement progressif des affaires. Elio Di Rupo n'ose pas y contraindre son encombrant camarade socialiste. Van Cau, lui, se cabre face à toute pression extérieure. Il en joue. Il sait qu'au PS le pouvoir part de la base, de la commune. C'est l'ancrage local qui fait la force de ce parti de masse. Le « chef » exploitera le filon jusqu'au bout, arguant d'un score éclatant lors de sa réélection à la tête de l'USC carolo, en juin dernier - 82 % de votes favorables, mais seulement 20 % des membres avaient voté. Ainsi va la perversité du système, à Charleroi. L'électeur socialiste désigne ses mandataires. Les mandataires choisissent la « nébuleuse », un système complètement fermé de l'intérieur, où on s'arrange entre amis. Et cette nébuleuse voue un culte de reconnaissance sans bornes au patron, ainsi inamovible. Pour combien de temps encore ?
Retrouvez l'intégralité de ce dossier dans la version papier.
Phillipe Engels et Isabelle Philippon
9 novembre 2006

17 novembre 2006

Van Cau peut être entendu

Immo Congo Une loi de 1999 limite l'immunité des députés (MAJ 17/11/2006)

La juge Baekeland peut entendre et inculper Van Cau si elle l'estime nécessaire. Mais elle ne peut pas l'arrêter.
U n député wallon ou fédéral peut très bien être entendu et inculpé par un juge d'instruction alors qu'il bénéficie d'une immunité parlementaire. »

Depuis plusieurs semaines, les observateurs s'interrogent : « Quand va-t-on demander la levée d'immunité de Jean-Claude Van Cauwenberghe afin qu'il puisse être entendu par la justice sur les affaires carolos ? »

La réponse du procureur du Roi de Charleroi, Christian De Valkeneer, fuse :


« Une telle procédure est inutile. Une loi existe depuis 1999 pour de tels cas. La justice peut entendre et même inculper une personne bénéficiant d'une immunité. »
« Seules trois choses ne peuvent pas être faites, poursuit le magistrat : placer le député sous mandat d'arrêt, le renvoyer devant un tribunal ou le perquisitionner, à moins de bénéficier d'une ordonnance du
premier président de la cour d'appel. »

Bref, depuis le début des différentes enquêtes politico-financières carolos, la juge Baekeland aurait pu entendre Jean-Claude Van Cauwenberghe si elle l'avait jugé utile pour l'instruction.
L'affaire Immo Congo va-t-elle changer la donne ? Secret de l'instruction oblige, le procureur ne s'avancera pas. Tout juste peut-il dire qu'


« Immo Congo est un épiphénomène dans toutes les affaires à l'instruction.
C'est un dossier carré comprenant un bâtiment, un contrat et quelques intervenants. L'enquête ne devrait pas être longue et pourrait permettre de comprendre certaines pratiques. »
Reste à répondre à la question rituelle : à qui profite le crime ?


« Il faudra d'abord que nous déterminions la valeur réelle du bâtiment à Kinshasa. Etablir si le prix payé est exagéré, commente le procureur. Si oui, il faudra que nous voyions si des personnes ont profité de retombées directes dans les accords établis entre intervenants. Ce n'est pas certain. »

Si tel devait être le cas, Jean-Claude Van Cauwenberghe pourrait donc être entendu dans les prochaines semaines. Si elle l'estimait nécessaire, la juge pourrait même ouvrir une instruction à son encontre, sans devoir attendre une quelconque levée d'immunité. Mais aucune initiative en ce sens n'a encore été prise.

Mis en cause dans l'affaire Immo-Congo, Jean-Claude Van Cauwenberghe, alors ministre-président de la Région wallonne, prépare sa réplique depuis Moscou.V an Cau à Moscou :





« Je suis ici pour faire un exposé sur l'évolution du régionalisme en Europe. »
Le Comité des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe, dont il est
membre, a été invité par la Fédération de Russie à tenir ses assises dans sa
capitale... Alors, « Immo-Congo », vous savez...
Van Cau est tenu au courant mais est avare de commentaires :





« Je réserve mes explications à la commission parlementaire. »
Quand même : celui qui est mis en cause au premier chef dans la transaction de 2004 relative à la location-achat de l'immeuble abritant la délégation de la Communauté Wallonie-Bruxelles à Kinshasa nous livre les grands axes de sa plaidoirie.





« Mais, par correction, je réserve mes explications approfondies aux députés. »

Van Cau développera alors deux lignes de défense.

La première aura trait au contrat de location-achat du bâtiment Gennaro.





« Tous les points de ce contrat, comme le montant du loyer, ont été délibérés au
sein des gouvernements wallon, sous ma présidence, et de la Communauté
française, dirigé par Hervé Hasquin, qui a piloté l'opération. Le document de
base contenant les informations était connu de tous les ministres. Jean-Marc
Nollet aussi, ministre à la Communauté alors, et qui nous attaque tant
aujourd'hui. »


Deuxième axe : lui, prétend-il, n'est pour rien dans le revirement de Robert Marlier, administrateur délégué de la société Intelligence et Communication. Rappel : c'est à elle qu'avait été attribué le marché les 21 et 29 avril 2004, successivement par le gouvernement de la Communauté française et le gouvernement wallon, avant que les mêmes exécutifs, les 12 et 13 mai, ne changent d'avis et ne cèdent le contrat à Immo-Congo, regroupant Intelligence et Communication du bruxellois Robert Marlier, et la société d'un candidat débouté auparavant, Daniel Lebrun, proche de Van Cau.


« J'assume le fait d'avoir voulu qu'un Wallon soit parmi les acquéreurs. Mais
j'aurais imposé Lebrun ? Et fait pression sur Marlier ? Ça, non. Jamais.

Je n'ai pas rencontré Marlier. Il avait accepté le nouveau partenariat
avec enthousiasme à l'époque. Du reste, les 21 et 29 avril, les gouvernements
avaient dit oui à l'offre de sa société, Intelligence et Communication. Si
Marlier n'avait pas bougé, c'était cuit. Il n'y aurait pas eu de problème. »

Pour Van Cau, l'installation d'un centre commercial à Farciennes (avec la société de Marlier) n'a jamais été dans la balance, les deux dossiers auraient été traités sans lien. Une flèche au passage à Marie-Dominique Simonet, en charge des Relations internationales, qui a livré le dossier à la Justice : « Elle ne m'avait jamais fait part d'aucun problème quand nous étions ensemble au gouvernement wallon. »

Conclusion :



« On peut toujours réécrire l'histoire, mais il y a des actes, des documents, je
m'expliquerai devant les parlementaires. »
Quand ? Après celui de la Communauté française mardi, le parlement wallon devrait voter en faveur de la création de cette commission spéciale mercredi prochain. Ce sera une commission « mixte » Communauté-Wallonie. Une première, constitutionnellement parlant. Jean-François Istasse, président du parlement francophone, a demandé les conseils de Pierre Scholsem, professeur de droit à l'université de Liège. Cette commission sera informelle, sans pouvoir de contrainte, et rendra ses conclusions dans plusieurs mois. L'enquête, elle, est le fait du juge d'instruction.
Immo Congo « recommandée » ?

Interrogée mercredi par nos confrères de la RTBF, Sabine Gauquier, responsable d'Immo Congo, a reconnu avoir été sinon « favorisée », du moins « recommandée » par Jean-Claude Van Cauwenberghe.




« N'est-ce pas normal, que le ministre-président wallon insiste pour une plus grande ouvertre wallonne ? »
a souligné celle qui est par ailleurs l'épouse de Daniel Lebrun. jeudi 16 novembre,COPPI,DAVID(V.La.)

Une commission qui sera tout de même... spéciale

C'est avec des semelles de plomb que José Happart présidera ce jeudi au Parlement wallon la traditionnelle "conférence des présidents" dédiée à l'organisation des travaux de l'assemblée. Elle doit poursuivre l'implantation de la commission spéciale sur le dossier Immo Congo, conjointement avec le Parlement de la Communauté française. Celui-ci ayant déjà donné son feu vert, on ne doute pas que le Parlement wallon fera de même à huitaine.
Tout n'est pourtant pas dit.

José Happart, donc, n'a ni l'intention ni les pouvoirs de refuser la commission. Mais le président du Parlement veut, nous dit-il, "avoir tous ses apaisements, judiciaires et institutionnels" .
Rayon judiciaire, n'a-t-on pas décidé de créer une commission "spéciale", pas "d'enquête", pour éviter d'empiéter sur l'instruction ? "N'empêche, il faut prendre nos précautions", répond José Happart. Et rayon institutionnel, n'est-il pas le régionaliste de stricte observance qui exclut d'office toute mixité ? "J'ai requis l'avis de juristes. Nos territoires, parlements, gouvernements sont distincts. Est-il si sûr qu'une commission peut valoir pour les deux entités ? Avec quels pouvoirs ?"

Le président voudrait-il par-là freiner une procédure qui risque de coincer son vieux pote Van Cau ? Il s'en défend : "Mes affinités n'ont rien à voir avec mes fonctions. Je dois être soucieux de l'intérêt général et du respect des procédures." Puis, tout de même, il se livre, très dans son style : "Je perçois bien la volonté politique d'incriminer un homme, alors que deux gouvernements sont concernés . On donne au dossier une importance et une urgence qu'il n'a pas, d'autant que la Justice s'en occupe. Il n'y a pas eu crime ni viol ! Si être la connaissance d'un politique devient une faute, ou si un politique ne peut plus avoir de connaissances, il faudra me l'écrire. Je ne veux pas tomber dans l'exaltation émotionnelle. Il n'y a pas le feu au lac."
"Dans le brouillard"

Tout faux, Happart ? Tout doux... On doit tout de même convenir que cette commission spéciale est originale à double titre.
D'abord, dans son objet. "Elle a tous les objectifs d'une commission d'enquête (constater les dysfonctionnements, établir les responsabilités, etc.) sans en avoir les moyens, commente le professeur Marc Verdussen (UCL). Serait-ce parce qu'une instruction est en cours ? Mais le problème s'est très souvent posé par le passé, et on a légiféré pour éviter les interférences. Je me demande si on ne remet pas ici en cause le principe même des enquêtes parlementaires."
Ensuite, cette commission sera donc mixte Région/Communauté. Rien ne paraît l'interdire. "Une commission d'enquête, c'eût été un problème parce que les règles ne sont pas les mêmes. Mais à une commission spéciale, je ne vois pas d'obstacle juridique", explique le professeur Jean-Claude Scholsem (ULg). D'ailleurs, la loi spéciale de réformes institutionnelles (Art. 52) autorise explicitement les deux Parlements à "tenir des assemblées communes" . Reste qu'ici, "on fonctionne dans le brouillard", ajoute Marc Verdussen : toutes les réglementations ayant été conçues pour une seule assemblée, comment va-t-on organiser la commission ? "Si on n'anticipe pas sur la manière, on risque la précipitation, donc on risque l'improvisation."
Pas de précipitation ? C'est aussi ce que dit Happart...

© La Libre Belgique 2006


Le rôle de Lebrun a été camouflé ! (16/11/2006)


La présence de sa société dans Immo Congo a été effacée d'une note au gouvernement déposée par le cabinet Van Cau

Cela fonctionne toujours ainsi. Lorsque deux gouvernements ont à prendre une décision en commun - comme c'est le cas dans l'affaire du bâtiment de Kinshasa -, ils le font lors de deux séances rapprochées. Mais, surtout, sur base d'un même document à valider.
Pas par paresse. Pour des raisons politiques et juridiques. Cela évite que, ultérieurement, des conflits d'interprétation des deux décisions puissent surgir. On veille donc le plus souvent à ce que les mêmes termes soient utilisés des deux côtés. Une sorte de copier-coller , quoi.
Ce fut le cas en mai 2004, lorsqu'il s'est agi de transférer le marché kinois à la société Immo Congo. Le 12 mai, le gouvernement de la Communauté française ouvre le bal. Le 13, le gouvernement wallon l'imite.
Les documents l'attestent : la note de trois pages validée le 13 par le team Van Cau est bien le copier-coller attendu de celle adoptée la veille par le team Hasquin.
Enfin... Pas tout à fait. Car quelques mots y manquent. Et à la lumière de ce que l'on sait désormais, ils sont fondamentaux.
L'oubli a privé les ministres wallons de toute chance de découvrir le rôle que jouera Daniel Lebrun, qui avait précédemment perdu le marché, au sein d'Immo Congo !
La comparaison des documents parle d'elle-même.
Le 12 mai donc, au bas de la première page d'une note de la Communauté française qui en compte trois, on lit que "La S.A. Intelligence et Communication propose de concrétiser cette association en se substituant, aux fins de cette opération, une nouvelle société constituée, à parts égales, entre une société wallonne (la SA Capamar) et elle-même, dénommée
Le 13 mai, la même note de trois pages est soumise aux membres du gouvernement Van Cau. Elle est en tout point identique. Sauf que le passage précité est devenu : "La SA Intelligence et Communication propose de concrétiser cette opération en se substituant, aux fins de cette opération, une nouvelle société dénommée
En plein milieu d'une phrase
Compris ? Allez, relisez. Alors ? Exact : les mots "constituée, à parts égales, entre une société wallonne (la SA Capamar) et elle-même " ont disparu ! Effacés ! En plein milieu d'une phrase ! Or, ils sont fondamentaux : la SA Capamar en question n'est autre que la société patrimoniale de M. Lebrun grâce à laquelle, par la bande, il récupère la moitié du contrat perdu !
Quelqu'un, au cabinet Van Cau qui signe cette note, a-t-il effacé ce passage ? Et surtout pourquoi ? De peur qu'un ministre pointilleux fasse des recherches sur Capamar et découvre le nom des époux Lebrun, déjà présents dans la société évincée ? Mais pourquoi diable cette précaution alors que Van Cau reconnaît être intervenu pour qu'on récupère une société wallonne et que c'est pur hasard s'il s'agit de celle de son ami, le réviseur Lebrun ? À l'évidence, c'est un élément troublant. Très. Un de plus. Mais qui concerne cette fois directement le cabinet Van Cau, à un moment crucial du dossier.

Christian Carpentier
© La Dernière Heure 2006


''Ça ne vient pas de chez nous '' (17/11/2006)


C'est bien au cabinet Van Cau que la note capitale a été modifiée

Qui a bien pu faire en sorte que la référence à la société de M. Lebrun, Capamar, au sein d'Immo Congo, se retrouve dans la note au gouvernement de la Communauté française du 12 mai, mais pas dans celle au gouvernement wallon du lendemain qui, pour le reste, en est pourtant la copie conforme ?

La question a turlupiné plus d'un acteur du dossier, hier, après les révélations de la DH à ce propos.
Se pourrait-il que cela provienne du CGRI, chargé de négocier le dossier ? Le porte-parole de M. Suinen, son patron, est formel : "Non ". Et il argumente : "Le dernier projet de note que nous ayons préparé pour les deux gouvernements date du 14 avril et il a servi de base à la toute première décision, celle du 21 avril ".


"Par la suite, il n'y a plus rien eu de rédigé chez nous, même pas suite à
l'accord de la SA Intelligence et Communication, le 10 mai, pour créer Immo
Congo avec Capamar"
, la société de M. Lebrun.
"D'ailleurs, même la proposition de délibération aux gouvernements des 12 et 13
mai n'a pas été rédigée chez nous, ce qui est une anomalie. "

La fameuse note au passage expurgé a donc forcément été rédigée dans un des deux cabinets concernés.

À la Communauté française ? Hervé Hasquin (MR) est clair : "J'ai interrogé mon ancien collaborateur en charge des dossiers relations internationales à l'époque" , dit-il. "Il est formel : jamais il n'a mis à l'ordre du jour de mon gouvernement des notes en provenance du gouvernement wallon. Tout venait du CGRI ou de mon cabinet. "
Tout aurait donc été rédigé dans le cabinet Hasquin. Mais alors, est-ce celui de M. Van Cauwenberghe qui aurait expurgé le fameux passage ?

Il ne nous a pas été possible d'interroger l'intéressé à ce propos, hier. Il est en déplacement à l'étranger et, si son GSM sonne, il ne l'a pas décroché, malgré plusieurs tentatives.
Impossible, donc, d'avoir sa confirmation. Mais elle n'est pas forcément nécessaire. Car la réponse se trouve tout bonnement dans la note déposée le 13 mai par Van Cau. Elle précise notamment :
"Le 10 mai 2004, au cours d'une réunion au CGRI en présence d'un représentant
du ministre-président du gouvernement wallon et d'un représentant de mon
cabinet..." .
De "mon cabinet " ? Ben oui : c'est donc forcément bien celui d'Hasquin qui a rédigé la note, que celui de Van Cau a oublié de modifier. Du moins sur ce point-là...
Mais avec toujours la même question : pourquoi ?...

Christian Carpentier
© La Dernière Heure 2006



Kinshasa pour la Citadelle (15/11/2006)


Robert Marlier s'est-il associé à Daniel Lebrun pour avancer un autre projet ?


Le projet de complexe commercial Citadelle à Farciennes : voilà un élément qui a peut-être permis de convaincre Robert Marlier de s'entendre dans une association avec Daniel Lebrun dans le dossier d'achat du bâtiment de Kinshasa.

Les mêmes intervenants du dossier Immo Congo se retrouvent. Les périodes se croisent... Troublant lorsqu'on connaît "l'intérêt viscéral de Jean-Claude Van Cauwenberghe à défendre Charleroi et sa région".

De fait, les noms de Robert Marlier, Daniel Lebrun et Jean-Claude Van Cauwenberghe interviennent dans le projet farciennois Citadelle. En 2004, Robert Marlier devient administrateur-délégué de la S.A. Citadelle. Dans son rôle de président de la Communauté urbaine du pays de Charleroi, Jean-Claude Van Cauwenberghe connaît ce projet. Apporté par Van Cau vers Immo Congo, Daniel Lebrun ne devait pas ignorer l'intérêt de Robert Marlier dans Citadelle... d'autant moins que Daniel Lebrun était, à tout le moins, pressenti comme réviseur des comptes de la commune de Farciennes. Lancé dès 2003 par un promoteur italien, Citadelle est un dossier que la commune de Farciennes, l'une des plus pauvres de Belgique, voit arriver comme une possibilité de relance économique. Seulement, la région de Charleroi possède déjà d'autres centres commerciaux fort proches. Dès lors, le dossier initial s'embourbe dans l'entrecroisement des zones de chalandise.

Mais un revirement de situation intervient : le promoteur italien accepte de changer ses plans en n'envisageant plus un centre commercial classique mais en se tournant vers un secteur d'activité bien précis, l'habitat. Nous sommes alors dans le courant du mois de juin 2004, le conseil socio-économique lève ses inquiétudes concernant la coexistence de Citadelle avec les centres existants et ceux arrivés. Juin 2004 : soit peu de temps après la fameuse tractation autour du marché qui a vu la création d'Immo Congo par Daniel Lebrun et Robert Marlier.

V. D.
© La Dernière Heure 2006


Paris : Hasquin voulait moins cher

NAMUR Les dossiers immobiliers français et congolais sont très différents. Toutefois, sur une "certaine forme", on constate aussi que les Wallons auraient donné un avis quelque peu motivé pour la demeure située au 274, boulevard Saint-Germain (délégation de la Communauté et de la Région) plutôt que pour une autre demeure située près de la Concorde. "Je reconnais que le site de Saint-Germain est un très beau bâtiment", l'ancien ministre-président de la Communauté française, Hervé Hasquin. "Dès le départ, j'étais favorable à l'achat d'un bâtiment où l'on pouvait entrer sans faire trop de travaux. Je sais, par expérience, que lorsqu'on fait des travaux, qui plus est à l'étranger, la facture peut prendre des proportions inquiétantes."

L'homme du MR se souvient de cet autre bâtiment de la Concorde : "Il s'agissait d'une superbe bâtisse située près de la Concorde. On aurait pu y entrer sans que cela ne coûte un euro de travaux. Il s'agissait de la demeure d'un homme d'affaires. Le prix était un peu plus cher à l'achat que pour la demeure du boulevard Saint-Germain, mais on se récupérait largement sur le prix des travaux."
Pourquoi n'avoir pas pris cette maison au prix moins élevé ? "Du côté wallon, on préférait l'autre et on n'était pas contre le fait de faire travailler les entreprises wallonnes sur le dossier de la rénovation."

Van Cau et Lebrun à Kinshasa

En soirée, RTL-TVi a annoncé que, le 8 février 2004, Van Cau et Lebrun visitaient ensemble le fameux bâtiment à Kinshasa. Une visite qui intervient 20 jours avant la proposition de la société de M. Lebrun pour ce bâtiment. M. Lebrun a reconnu avoir voyagé à titre privé pour évaluer le projet.
De son côté, la RTBF a interrogé Sabine Gauquier, administratrice d'Immo Congo, qui propose "aux gouvernements de racheter les bâtiments et qui souligne que le bénéfice n'est que de 12.000 € à répartir entre deux actionnaires."
© La Dernière Heure 2006

Du vinaigre dans la cuisine parlementaire

Avant même d'être créée,la future commission spéciale procure des coups de chaleur.
Pourtant, José Happart sait recevoir. Homard et faisan garnissaient la table du jeudi midi, arrosés d'un vin de... Thuin que l'on assure moins raide qu'un Beaujolais nouveau. À ce que l'on sait (dommage, ses travaux sont à huis clos), la conférence des présidents du Parlement wallon n'en a pas moins tourné à l'aigre. En l'absence remarquée du ministre-Président (Elio Di Rupo avait envoyé Philippe Courard, son habituel délégué aux turbulences possibles). Et en l'absence de Jean-Claude Van Cauwenberghe, membre du bureau (toujours à Moscou). On parle de lui parce que la réunion organisant les travaux de la semaine prochaine a été dominée par l'installation de la commission spéciale et régionalo-communautaire sur Immo Congo.
Pas d'emblée. On a dit les réticences du président Happart, qui aurait bien éludé. Mais des interpellations étant pendantes, à l'adresse de la ministre (CDH) Marie-Dominique Simonet à qui on doit la transmission du dossier à la Justice, José Happart s'est résigné. En s'en prenant, sur un ton dont l'alacrité varie selon les sources, sur ce CDH qui mettrait le coalisé PS en difficulté.

D'autres socialistes présents ont aussi montré les dents - Bayenet, Luperto, voire Courard. Et là, ça devient piquant, à se souvenir de l'empressement manifesté lundi par le PS à se rallier au même empressement de la concurrence pour mettre sur pied une commission d'enquête qui ne dit pas son nom... C'est à un point tel que des participants à la conférence d'hier se demandaient si, mercredi prochain, à 12 h, le feu vert du Parlement wallon à la commission sera aussi franc que celui octroyé mardi par l'assemblée de la Communauté. Le cas échéant, ce serait du plus haut comique, puisque cette dernière, pour rappel, est constituée à 80 pc par les mêmes élus wallons !

On votera à 12 h, pour permettre aux deux conférences des présidents des deux assemblées de se réunir ensuite conjointement. Elles fixeront l'échéancier de la commission, sa composition (17 membres, pour pouvoir l'ouvrir à Ecolo ?), sa présidence...

Ah, la présidence ! À qui ? Seul le MR s'en dit officiellement preneur (pour Véronique Cornet ?); d'autres rétorquent qu'Hervé Hasquin pourrait être aussi impliqué que Van Cau. Au CDH alors, puisqu'il était seul dans l'opposition à l'époque ? Mais si on lui reproche d'avoir "cafté" à la Justice... Et puis, 1 ou 2 présidents ? On a déjà songé aux présidents des deux commissions des Affaires générales, mais ils sont tous deux PS (Guy Milcamps à la Région, Pierre Wacquier à la Communauté). Pas simple, allez.

© La Libre Belgique 2006

15 novembre 2006

Le feuilleton (chaud) de l'hiver: Immo-Congo (Xième partie)


Pour revenir sur les épisodes précédants, il faut utiliser les "tags" - "Immo Congo", par exemple.
Les quatre partis démocratiques des parlements wallon et de la Communauté française ont décidé, hier, de créer une commission parlementaire spéciale conjointe aux deux assemblées pour enquêter sur le dossier « Immo Congo ». La proposition initiée par Marcel Cheron (Ecolo) a été votée en séance plénière, à l'unanimité des partis démocratiques.
Le parlement wallon devrait à son tour approuver le texte la semaine prochaine. Toutefois, son président, José Happart, a déclaré qu'il ne voyait pas la nécessité de créer une telle commission.
On cède à l'« émotionnel », « laissons d'abord faire la Justice ».

Avant le vote en séance plénière, Marcel Cheron, soutenu par Anne-Marie Corbisier (CDH), a salué le caractère conjoint d'une commission dont il espère qu'elle augure d'autres coopérations entre les parlements de la Communauté et wallon.

La commission devra procéder à l'examen complet de la gestion du dossier par les acteurs concernés, ainsi que du rôle et de l'action des dispositifs d'avis et de contrôle existants. Elle devra aussi établir la liste de tous les mécanismes et niveaux de pouvoir et autres lieux publics d'avis, de contrôle et de prise de décision concernés, intervenant ou étant intervenus (in)directement dans les faits.

La commission spéciale conjointe devra identifier et entendre tous les acteurs, intervenants et témoins susceptibles de l'éclairer. Elle est chargée de faire toutes les propositions « utiles », de constater les éventuels dysfonctionnements et/ou interférences entre les différents acteurs publics et d'établir les éventuelles responsabilités politiques et/ou administratives.
Pour ce faire, la commission auditionnera les personnes qu'elle jugera nécessaire d'entendre et se fera communiquer toutes les pièces dont elle jugera utile d'avoir connaissance. On ne connaît pas encore la date à laquelle la commission entamera ses travaux.

Le bail, qui coûte 270.000 euros par an aux pouvoirs publics, est dans le collimateur de la ministre et de l'administration. Comment renégocier ?
Comment adoucir la note pour les finances publiques ? La ministre Marie-Dominique Simonet et Philippe Suinen, le patron du CGRI, veulent renégocier le contrat. Dans ce journal, les pistes qu'ils comptent suivre.
Comment adoucir la note pour les finances publiques ? La ministre Marie-Dominique Simonet et Philippe Suinen, le patron du CGRI, veulent renégocier le contrat.

O n l'a assez dit et répété. Le montage financier du dossier de location-achat du bâtiment devant servir à la délégation Wallonie-Bruxelles à Kinshasa est juteux pour la société Immo Congo et ses actionnaires.
Autrement dit pour Daniel Lebrun, ami proche de Van Cau et pour Robert Marlier. D'autant plus juteux que les risques pris par les deux investisseurs sont relativement limités.

Bien sûr, Immo Congo achète le bâtiment pour un montant global (rénovation et frais divers compris) de trois millions d'euros dans un pays où la situation politique n'est guère stable.
Mais dans le même temps, les gouvernements de la Communauté française et de la Région wallonne ont signé un acte de cautionnement solidaire et indivisible en faveur de la société
« pour le paiement et le remboursement de toutes les sommes en principal,
intérêts, commissions et accessoires dont le débiteur principal est ou serait
redevable à ING Belgique. »
L'accord est donc béton. Avec un loyer
énorme : 270.000 euros sur 20 ans (soit 5,4 millions d'euros au total). Indexé,
qui plus est, ce qui alourdira la facture finale des pouvoirs publics. Sans
compter, enfin, que ce loyer doit être réglé, précise le contrat de bail, de
manière « irrévocable, inconditionnelle et abstraite (...) nonobstant tout
événement quelconque en ce compris la force majeure. »

On peut même dire que le béton est armé : Région et Communauté doivent supporter les frais d'entretien et de réparation des lieux « y compris les grosses réparations résultant de la vétusté et des cas de force majeure ». Bref, en 2024, la facture finale pourrait s'élever, si l'option d'achat est levée, à près de sept millions d'euros. Une somme à laquelle il faudra ajouter la facture de la construction de la salle de spectacle dont on ne connaît toujours pas, à ce jour, le coût exact. Dans le même temps, Immo Congo n'aura remboursé qu'un peu moins de 5 millions à ING pour un emprunt de 3 millions, soit plus de 2 millions d'euros de bénéfices escomptés. De l'or massif.
E n mai 2003, une mission du CGRI rencontre le nouveau propriétaire (un diamantaire libanais) du bâtiment abritant la délégation Wallonie-Bruxelles. Au terme de cette mission, on apprend que ce dernier souhaite tripler le loyer.Il faut héberger la délégation Wallonie-Bruxelles à Kinshasa, installée dans un immeuble délabré. Le bail s'achève en décembre. Le propriétaire du bâtiment veut augmenter le loyer, jusqu'à 225.000 euros par an. Il faudrait supporter d'importants travaux de rénovation. Trop pour le CGRI, le Commissariat général aux relations internationales, qui opère au nom de la Communauté française et de la Région wallonne.

Le 30 juillet 2003, soit un mois à peine après cette mission, l'acte de constitution de la société CongoWallonInvest est passé devant le notaire Hubert Michel à Charleroi. On retrouve dans la liste des administrateurs, Sabine Gauquier, femme de Daniel Lebrun, ami personnel de Van Cau et Luc Vuylsteke, ancien chef de cabinet de Kubla devenu patron de la Société wallonne des aéroports. En févier 2004, rapide sur la balle, elle remet offre pour l'achat-location du nouveau bâtiment à Kinshasa. Recalée, elle reviendra dans le circuit via Capamar, holding de Lebrun.

Des architectes dépêchés à Kinshasa jettent leur dévolu sur un immeuble situé dans le quartier des ambassades, sécurisé, en bon état. Il est la propriété de Mme Gennaro, une Italienne résidant à Monaco, qui appartient à la belle famille de l'avocate attitrée de l'ambassade de Belgique... La Communauté a des provisions pour acheter l'immeuble. Pas la Région wallonne. Or, pour Van Cau, à l'Elysette, il est impensable que le coq wallon ne figure pas sur les murs de la représentation Wallonie-Bruxelles. On opte pour une location.

Les représentants du CGRI négocient avec Mme Gennaro le rachat du bâtiment, pour 3 millions d'euros, tous frais compris. Une société immobilière se portera acquéreuse, et c'est elle qui relouera le bien aux pouvoirs publics. Il y a 3 candidates : Immocita, filiale de la SRIW ; Intelligence et Communication, sise à Bruxelles, dont l'administrateur est Robert Marlier ; enfin CWI, Congo Wallon Investment, de Daniel Lebrun, homme d'affaires carolo. Intelligence et communication emporte le marché, achète le bâtiment, propose au CGRI une location de 270.000 euros par an, avec option d'achat au bout de 20 ans, de 200.000 euros.

L'offre est avalisée le 21 avril 2004 au gouvernement de la Communauté française, le 29 au gouvernement wallon. Mais des négociations ont lieu en coulisse à l'instigation de Van Cau, qui veut ramener dans le projet un investisseur wallon. Les gouvernements communautaire et wallon des 12 et 13 mai approuvent l'octroi du marché à une société recomposée, Immo Congo, regroupant Intelligence et Communication et Capamar, détenant chacune 50 % des actions. Capamar comprend la société CWI de Daniel Lebrun, recalée quelques mois plus tôt.
Cela n'apparaît pas dans la notification aux gouvernements, les derniers avant les élections régionales. Il est précisé qu'Immo Congo bénéficiera d'une garantie supplémentaire de la Communauté française et de la Région wallonne, couvrant tous les risques afférents au bâtiment. On en est là.
Le 11 mai 2004, soit deux jours avant le gouvernement de la Communauté française qui lui attribuera le marché, la société Immo Congo est constituée auprès du notaire carolo Hubert Michel. Elle est installée à la même adresse que CongoWallonInvest à Gosselies dans des bâtiments appartenant à Espace Services Entreprises, une société dont l'administratrice déléguée est Sabine Gauquier et un des administrateurs est Alain Tirou. Deux personnes que l'on retrouve ensuite dans Immo Congo (aux titres de présidente, pour l'une et d'administrateur, pour l'autre). Robert Marlier est, lui, désigné administrateur délégué.
Il ne le restera pas longtemps. Le conseil d'administration du 6 mars 2006 actera en effet « à l'unanimité », précise le procès-verbal, sa démission. La raison ? Inconnue, jusqu'ici.
Les gens ont perdu toute notion de la valeur de l'argent, et nos amis de la Méditerranée - lisez les Libanais - construisent à grands frais avec des fonds dont on ignore la provenance... » Marcel Lafleur, au Congo depuis 52 ans, y a construit plus de mille maisons, en a rénové et loué des centaines et reconnaît qu'à l'heure actuelle, « c'est aussi corrompu qu'autrefois : vous construisez un projet avec cent maisons, vous en donnez vingt pour obtenir les autorisations... En outre, l'arrivée de la Mission des Nations unies (Monuc) a fait exploser les prix... »
Autrement dit, le prix exorbitant payé pour la location du Centre Wallonie-Bruxelles n'étonne guère le vétéran :
« Avant, le bâtiment que l'on appelait la maison Gennaro du nom du dernier
propriétaire italien, et qui était connu des vieux Belges comme le cercle Rubens
où les expatriés allaient jouer au billard et boire une bière, est resté
longtemps en vente. Personne ne voulait payer les 50 millions de FB demandés
pour cet immeuble en mauvais état. Finalement, la parcelle a été achetée,
rénovée par Safricas, qui a mis des châssis en aluminium et refait les toits.
Par la suite, les prix ont grimpé dans cette rue située à côté de la Monuc, de
l'ambassade des Etats-Unis et de la Chine, où la sécurité est garantie à toute
heure... »

Dans tout le quartier de la Gombe, ce centre-ville traversé par le Boulevard du 30 Juin, où les expatriés sont aisément joignables en cas d'évacuation forcée, les prix des maisons dépassent l'entendement : les sociétés immobilières qui louent à 4.000 ou 5.000 euros par mois des maisons unifamiliales récupèrent leur mise en un an ou deux !
C'est pour cela que Freddy Jacquet, directeur du Centre Wallonie-Bruxelles à Kinshasa, ne s'étonne pas du prix élevé payé pour ses locaux inaugurés voici un an :
« Hervé Hasquin et Jean-Claude Van Cauwenberghe (les deux
ministres-présidents dont les noms sont associés sur la plaque apposée sur la
façade du Centre) ont dû décider dans l'urgence, car le loyer des locaux que
nous occupions jusqu'alors avait été triplé, et le propriétaire refusait de
vendre à moins d'un million d'euros, auxquels se seraient ajoutés deux ou trois
millions pour les travaux de rénovation... » Et de soupirer : « Voici
cinq-six ans, nous avions eu l'occasion d'acheter, à raison de 500.000 euros,
des bâtiments qui nous auraient parfaitement convenu, mais personne n'a voulu se
décider. »

Installée depuis un an, la délégation Wallonie-Bruxelles à Kinshasa vit-elle dans l'opulence, dans des locaux surdimensionnés ? Au vu des trois bâtiments qui entourent une cour couverte de cailloux et fermée par une lourde grille, non : murs blancs et lampes accrochées à de simples soquets, dalles au rez-de-chaussée, parquet à l'étage, toits couverts de tôle ondulée, quelques meubles en bois, fabriqués sur place. Seul luxe : les toiles de peintres locaux, achetées à titre personnel, illuminant les murs.

Au rez-de-chaussée, la bibliothèque de 15.000 livres, qui accueille une centaine de visiteurs par jour, est l'un des lieux les plus prisés de Kinshasa. Les assoiffés de lecture y trouvent un havre de paix en semaine, des séances littéraires le samedi et des connexions Internet. C'est d'ici aussi que partent les « malles de lecture » envoyées dans les quartiers populaires.

Dans un autre bâtiment, de petits bureaux accueillent les activités de l'Apefe, la coopération dans le domaine de la santé, de la formation de la jeunesse, de l'appui à la presse. Cet été, après la mise à sac des locaux de la Haute Autorité des médias, le Centre avait même accueilli les Congolais menacés ! D'un accès facile au centre de la ville, il est cher au coeur des Congolais : tous les intellectuels, les artistes, les journalistes de Kin en connaissent le chemin. Et à beaucoup, dans les temps difficiles, il a offert un moment de respiration.

Simonet et Suinen lancent l'offensive. Dans la ligne de mire : le bail, bien sûr, mais aussi Daniel Lebrun, l'ami de Van Cau.
U n montage financier « trop onéreux » et qui, juridiquement, « fait prendre tous les risques à la Communauté française et à la Région wallonne ». Marie-Dominique Simonet (CDH), ministre des Relations internationales, a largement fait savoir, depuis des mois, tout le mal qu'elle pensait du contrat de location-achat passé avec Immo Congo.

Depuis mai dernier, elle a demandé, via une note envoyée au Commissariat général aux relations internationales (CGRI),
« d'examiner toutes possibilités de renégocier le contrat ».
Une négociation difficile, dans la mesure où Immo Congo, société privée, peut s'appuyer sur deux décisions très officielles prises les 12 et 13 mai 2004 par les gouvernements de la Communauté française et de la Région wallonne.


Il n'empêche, dans une lettre adressée le 10 juillet dernier à Sabine Gauquier, administratrice déléguée d'Immo Congo, Philippe Suinen, patron du CGRI, sort la grosse artillerie.
En préambule, il rappelle le coût élevé du loyer et le fait que Région et Communauté se soient portées cautions solidaires et indivisibles.
Il lance ensuite une première flèche, sous forme d'avertissement juridique :
« Après analyse par nos conseils, les conditions financières nous
semblent tomber sous le coup des articles 1907 ter du Code civil (le prêteur
s'est fait promettre, pour lui-même ou pour autrui, un intérêt ou d'autres
avantages excédant manifestement l'intérêt normal et la couverture des risques
du prêt) et 494 du Code pénal (il y est aussi question d'intérêt ou d'autres
avantages excédant l'intérêt légal) et sont donc sujettes à réduction. La
théorie de la lésion qualifiée trouverait sans doute application. »

La suite est moins offensive. Suinen prend en effet une plume plus légère pour en relancer la négociation. Afin de permettre la diminution du loyer, il propose d'agir « sur trois leviers ».

1. La suppression de l'indexation, le bien se situant au Congo et l'opération étant davantage une opération financière qu'un bail.

2. La diminution du taux d'intérêt pratiqué par ING : Suinen propose de passer de 4,63 % à 4,30 % « plus conforme aux cours actuels. »

3. La réduction de la marge pratiquée par Immo Congo qui serait, d'après les calculs de l'administration, de 36.766 euros par an sur la base du loyer actuellement payé (270.000 euros hors indexation) et du taux appliqué par ING.

« Une combinaison de ces trois éléments permettra d'arriver, j'en suis
sûr, poursuit le patron du CGRI, à un accord. »

Avant de conclure, Suinen saisit une nouvelle flèche dans son carquois et l'adresse, cette fois, à Daniel Lebrun, mari de Sabine Gauquier et parton du holding Capamar, à l'origine de l'association avec Intelligence et Communication, la société de Robert Marlier qui a débouché sur la création d'Immo Congo.

« Je souhaiterais, écrit-il, également obtenir quelques informations sur
une éventuelle incompatibilité - au moment de la signature du contrat - dans le
chef de M. Lebrun, qui était un des intervenants clés dans la négociation, entre
son mandat d'administrateur dans une société commerciale et sa profession de
réviseur. » Avant de conclure, par cette petite phrase lourde de sens :
« Pareil cumul me semble en effet contraire aux règles déontologiques des
réviseurs d'entreprises. »

Quatre mois après cette reprise de contact, où en est-on ? Du côté du cabinet de Marie-Dominique Simonet on indique de manière sibylline que les négociations sont toujours en cours. À l'évidence, elles promettent d'être longues.


C 'est la question à mille francs : « Alors, il va tomber, Van Cau ? » Un an que ça dure, que la rumeur enfle. Mais au fait, tomber d'où ? Qu'est-il encore, en politique, l'ancien ministre-président wallon ?

À Namur : parlementaire régional.
À Charleroi : conseiller communal (jusqu'au 4 décembre et le renouvellement des assemblées sur la base des élections du 8 octobre) ; président de l'USC (Union socialiste communale) de Charleroi ; président des Mutualités socialistes ; président de la fédération des élus socialistes carolos ; et président de la Communauté urbaine du pays de Charleroi (une entité consultative) - à ce titre, il dispose d'un bureau à l'Hôtel de ville.
À l'Europe enfin : membre du comité des Régions.
Alors, en fait de « chute », il y a deux possibilités.

La « hard » : Van Cau est inculpé par le juge dans l'« affaire » Immo Congo (par exemple). On lui reproche des faits pénaux. Dans ces conditions, il pourrait être la cible d'une demande de levée de son immunité à Namur, et entrevoir la fin de sa carrière parlementaire. Une inculpation entraînerait aussi une réaction du Boulevard de l'Empereur : le PS exigerait de Van Cau qu'il se retire des instances politiques carolorégiennes. L'homme est rattrapé par la Justice, sanctionné, il part défait.

La « soft » : Van Cau fait le fameux « pas de côté » réclamé par de nombreux socialistes et attendu par Elio Di Rupo. Autrement dit : il met un terme à toutes ses activités politiques à Charleroi. Car c'est le coeur du problème : Van Cau ne détient plus de mandats forts dans la métropole hennuyère (la présidence de l'USC carolo lui permet quand même de contrôler 50 % de la fédération du grand Charleroi), mais son pouvoir reste intact ; et ses réseaux d'influence, fournis. C'est lui qui a mené les négociations postélectorales, à l'issue du scrutin communal : il a été l'artisan de la nouvelle coalition PS-MR-CDH qui dirigera la ville pour six ans !

Annoncer son retrait de Charleroi serait donc interprété comme le « pas de côté » attendu.
Un élu socialiste carolo nous confie cette analyse, dominante au PS : « Qu'il le veuille ou non, et que cela soit juste ou pas, Van Cau a cristallisé sur sa personne tout ce qui ne va pas au sein du parti, et, au fond, c'est son pouvoir à Charleroi qui est désigné comme la source du mal, du problème. Ainsi, en renonçant à toute activité politique à Charleroi, il poserait un geste symbolique aux effets plus larges. Disons-le : il aiderait le parti, mal en point, tout le monde le voit. Mais le veut-il ? » Une invite, presque.

Dans ce scénario - « soft », excluant l'hypothèse d'une intervention judiciaire -, Van Cau se replierait sur son mandat de parlementaire wallon, cultiverait son engagement régionaliste, voire se mêlerait aux négociations institutionnelles nord-sud de 2007. C'est la sortie « honorable ». Oserait-on dire : « par le haut ». Parti comme c'est parti, une telle sortie tiendrait, il faut le dire, d'une issue presque miraculeuse pour lui.
Mais Van Cau, dur comme fer, croit-il aux miracles ?

14 novembre 2006

Immo-Congo: Van Cau a bloqué le dossier

Centre Wallonie-Bruxelles à Kinshasa:

le ministre-président a bel et bien favorisé son ami Lebrun. Le CGRI confirme avoir agi sur injonction.
J usqu'ici, Jean-Claude Van Cauwenberghe s'est toujours défendu d'avoir imposé, en avril 2004, la présence de son ami Daniel Lebrun et de sa société Capamar à Robert Marlier, administrateur délégué d'Intelligence et Communication (IC), société ayant emporté le marché de la location-achat du bâtiment devant servir de lieu d'accueil à la délégation Wallonie-Bruxelles à Kinshasa.

« Personne ne lui a tordu le bras pour qu'il s'associe »
Or, il apparaît clairement que c'est bien l'ancien ministre-président wallon qui a bloqué le dossier pour faire en sorte que CongoWallonInvest, candidat évincé, se retrouve finalement partenaire à 50 % d'Immo-Congo.

« Dès la décision de la Communauté française le 21 avril, il y a eu
injonction du cabinet Van Cauwenberghe d'intégrer la société CongoWallonInvest
dans le marché
», confirme-t-on au CGRI (Commissariat général aux relations internationales).

Voilà sans doute ce qui explique pourquoi, malgré l'urgence invoquée par Van Cau, le point n'avait pas été inscrit à l'ordre du jour du gouvernement wallon du 22 avril (il ne le sera que le 29).
Que s'est-il passé dans ce laps de temps ? Une série de réunions ont eu lieu pour faire aboutir le partenariat entre IC et Capamar et mettre sur pied Immo-Congo. Les agendas des acteurs du dossier sont formels.

En voici qqesdétails.

22 avril. Contacté par Van Cau la veille, Hervé Hasquin, ministre-président de la Communauté française, réunit à 17 h à son cabinet Jacques Dewit, directeur du service « délégations à l'étranger » du CGRI, et Valéry Zuinen, représentant le cabinet Van Cau. Le message provenant de Namur est clair : il faut remettre Robert Marlier et Daniel Lebrun autour de la table, Van Cau l'exige.

26 et 28 avril. Deux réunions en intercabinets ont lieu au CGRI, qui gère les aspects techniques du dossier. Il faut aller vite pour sceller le partenariat entre Marlier et Lebrun. La raison ? Le gouvernement wallon se réunit le 29. Si le point n'est pas inscrit à l'ordre du jour, il peut encore passer de manière moins officielle, « en communication ». Robert Marlier donne son accord et perd du même coup 50 % d'un juteux dossier (270.000 euros de loyers annuels pendant 20 ans et une dernière tranche de maximum 200.000 euros à la fin du bail).

29 avril. Van Cau, prévenu de l'accord et du fait que Lebrun, candidat évincé revient dans le circuit à des conditions idéales (la moitié des parts d'Immo-Congo), fait passer le dossier d'attribution du marché à IC (en communication au point 113 !). « Il a donc fait passer une décision en sachant qu'il allait devoir la changer », note cet ancien chef de cabinet du gouvernement arc-en-ciel (PS-MR-Ecolo). Ce qu'il fera le 10 mai en attribuant le marché à Immo-Congo.

Plus de détails:


Immo Congo est une longue histoire MAJ 14/11/2006

Immo Congo, médiatiquement connu depuis peu, est un dossier ancien. Rétroactes des éléments connus à ce jour.
1985. Région wallonne et Communauté française louent un premier bâtiment à Kinshasa abritant la Délégation du Centre Wallonie-Bruxelles, sorte d'ambassade commune à leurs deux entités.
Mai 2003. Le bâtiment est racheté par un diamantaire libanais pour 1 million d'euros. Le CGRI avait fait une offre, mais pas assez élevée.
Juin 2003. Le diamantaire libanais fait savoir au CGRI que si Région et Communauté veulent continuer à louer, le loyer sera triplé. Le bail actuel prend fin le 31 décembre 2003. Des experts partent chercher un nouveau bâtiment. En vain.
Septembre 2003. Deuxième mission d'experts, dont deux architectes, pour chercher un nouveau local. Huit sont visités. Un se dégage : le bâtiment Gennaro, que les experts préconisent.
Novembre 2003. Le bâtiment actuel est limite insalubre : un membre du personnel est victime d'une importante électrocution.
Décembre 2003. Toujours pas d'autre local. Le Libanais accorde un rabiot de 4 mois, moyennant déjà une hausse du loyer. Au 1er mai, il faut être parti. L'affaire est urgente.
Le 17 décembre, premier examen du dossier Gennaro au gouvernement de la Communauté française. Point reporté : le dossier est incomplet.
Janvier 2004. La même décision de report est prise les 14, 21 et 28 janvier.
Février 2004.
Le 4 février, décision de report sine die, pour cause de risque financier trop élevé pour la Communauté.
8 mars 2004. L'Inspection des finances remet un avis défavorable sur le financement proposé pour l'acquisition du bâtiment Gennaro.
9 avril 2004. Deuxième avis de l'Inspection des Finances. Trois entreprises ont remis des offres pour acquérir le bâtiment Gennaro puis le relouer aux gouvernements. L'une d'elles, filiale de la SRIW qui aurait permis de financer l'opération avec des deniers publics, n'a finalement pas rentré d'offre chiffrée. L'offre d'Intelligence et Communication (IC) paraît la plus intéressante, mais elle reste "fort chère".
6 avril 2004. Nouvelle offre d'IC, qui revoit sa demande à la baisse.
21 avril 2004. Le dossier revient au gouvernement de la Communauté. Hasquin, avant d'entrer en séance, reçoit un coup de fil de Van Cau. En vain : son équipe attribue le marché à IC, l'offre la plus intéressante au mètre carré.
22 avril 2004. Le gouvernement wallon n'avalise pas le même choix.
29 avril 2004. Le gouvernement wallon attribue à son tour le marché à IC. Robert Marlier, son administrateur-délégué, affirme aujourd'hui avoir reçu des pressions dans l'intervalle : s'il n'acceptait pas de partager le gâteau avec la société perdante, celle du réviseur Lebrun proche de Van Cau, les Wallons n'auraient jamais validé son offre, dit-il.
10 mai 2004. Marlier écrit au patron du CGRI, Philippe Suinen, faisant référence à une réunion tenue le jour même. Il "confirme " sa volonté de confier le marché à une nouvelle société à créer, Immo Congo. Il s'agit d'une association entre IC et une boîte familiale de M. Lebrun.
12 mai 2004. Saisie du problème, la Communauté française accepte de transférer le marché. Hasquin et Nollet jurent qu'ils ne savaient pas, alors, qu'Immo Congo récupérait, en fait, le perdant. Hasquin jure aussi n'avoir aucun lien avec IC.
13 mai 2004. Le gouvernement wallon de Jean-Claude Van Cauwenberghe en fait de même.
18 mai 2004. Élections régionales.
Juillet 2004. Passation des clés entre Hervé Hasquin (MR) et Marie-Dominique Simonet (CDH). Hasquin, averti par un article d'un journal satirique d'un problème possible, le signale à son successeur.
Janvier 2005. Simonet se rend à Kinshasa et analyse un projet de construction d'une salle de spectacle à côté du bâtiment existant.
Courant 2005. Réunions pour faire baisser le prix de la construction de cette salle, bien trop élevé.
Décembre 2005. Joëlle Milquet se rend à Kinshasa. En rentrant, le 20, elle interpelle sa ministre par écrit sur le coût des travaux du bâtiment lui-même. Le champ s'élargit. Simonet lance une enquête interne. Des experts relisent le contrat de base, et lui signalent de possibles anomalies.
2 juin 2006. Simonet transmet les pièces en sa possession au parquet de Charleroi. Aucune plainte n'est déposée. Une information judiciaire est ouverte. Des auditions ont lieu.
Novembre 2006. L'affaire est officiellement mise à l'instruction par le parquet de Charleroi.
Christian Carpentier
© La Dernière Heure 2006



« Van Cau incarne la vieille garde insupportable »



Marc Uyttendaele, d'où vient l'idée de ce livre sur les affaires politico-judiciaires du pays (1) ?


Depuis des années, en donnant cours à l'ULB, je pose à mes étudiants la question du jour. J'essaye de trouver quelque chose qui a, de près ou de loin, rapport avec l'actualité politique et qui soit en lien avec le cours de droit constitutionnel.

Quand a éclaté l'affaire DHL, cela a donné lieu à plein de réflexions et je me suis livré à une sorte d'analyse institutionnelle de l'actualité. J'ai fait tout un cours là-dessus. J'en ai parlé à ma complice, Anne Feyt, et on s'est dit : est-ce qu'on n'essayerait pas de faire ce qui n'existe pas actuellement. Quelque chose entre la presse quotidienne et les articles de droit. D'où le premier livre, l'année dernière, et le deuxième, qui sort ces jours-ci.

L'idée est d'arriver, à terme, à ce qu'il y ait une sorte de mémoire historique de l'actualité politique.



Le fait d'avoir un pied dans la maison Onkelinx ne vous dérange pas, vous ne vous sentez pas entravé ?
Non. De plus, cette année-ci, on a confié à quelqu'un d'autre (Sabine Malengreau) la rédaction du chapitre sur l'évasion d'Erdal (NDLR: la porte-parole du groupe terroriste DHKP-C qui avait embarrassé le gouvernement). Mais je n'imagine pas qu'on ne parle pas d'Hoxha (autre dossier chaud pour le gouvernement) l'année prochaine. Je n'ai ni la prétention de faire un travail scientifique ni l'envie de cacher qui je suis, je ne l'ai jamais fait et je ne le ferai jamais. En même temps j'ai, dans le rapport avec mon miroir, une exigence d'honnêteté intellectuelle. On est tous subjectifs, personne n'y échappe. Mais j'ai deux lignes de conduite radicales. Un : si je ne me sens pas libre je n'écris pas, éventuellement je ne parlerai pas d'un truc si j'ai le sentiment que je ne le ferais pas de manière honnête. Deux : je ne commente que ce qui a été précédemment rapporté par la presse écrite. L'année dernière j'ai retranché une anecdote que je croyais avoir lue dans un article de Francis Van de Woestyne et en fait c'est Laurette qui me l'avait dit. C'était que, dans l'affaire BHV, lors des heures d'attente à Lembeek, chacun écoutait des CD sur son ordinateur portable. C'était gag de le mettre mais en le relisant j'ai eu un doute, j'ai vérifié, et ce n'était pas paru dans la presse. Je ne veux pas utiliser Laurette comme une source d'information. Le principe est de donner aux lecteurs des éléments de compréhension du système, de parler des coulisses du 16 rue de la Loi, de parler de l'actualité politique, mais ce n'est pas sur base de témoignages ou d'indiscrétions que l'on travaille. Parce que là ça deviendrait suspect. Si je me base sur une vision des choses, sur un partenaire, à ce moment-là il faudrait aller voir les autres Mais ça, c'est plus un boulot de journaliste. Donc je me base uniquement sur ce que je trouve dans la presse écrite.
Eventuellement vous ne traiterez pas certaines affaires. Le non dit est aussi une prise de position. Pourquoi, par exemple, n'y a-t-il pas un chapitre sur le cas Kimyongür ? Parce que c'est trop embarrassant pour le gouvernement ?
Non, pas du tout. C'est parce que je m'arrête, dans la collecte des faits, aux grandes vacances, je travaille en années politiques, j'écris les textes en juillet. Une affaire comme Kimyongür, ou comme Hoxha, je les traiterai l'année prochaine. Avec Hoxha on est vraiment dans le judiciaire, le politique et le médiatique. Il n'y a aucune raison de ne pas le traiter. Ce que je vais aussi engranger pour l'année prochaine ce sont les déclarations de Leterme à Libé, ce sont sans doute les communales, peut-être Kimyongür. Intuitivement, je n'ai pas vraiment accroché à cette dernière histoire. Peut-être qu'il y a un effet d'autocensure, je n'en sais rien, mais je ne dis pas non plus que je ne le traiterai pas. Le lien avec Laurette n'a jamais été un frein. Je n'ai pas été aimable l'année dernière avec Lizin, ni avec le PS de Charleroi cette année.
Vous n'avez pas pu introduire l'arrestation de Van Gompel ; ça aurait changé quelque chose ?
Non je n'ai pas pu l'introduire et c'est dommage, mais ça ne change rien à mon analyse. Je n'ai pas beaucoup parlé de Van Gompel parce que je ne parvenais pas à le cadrer comme l'homme par qui le miracle allait arriver. Et je n'avais pas d'éléments, à l'époque, pour dire qu'il était impliqué pénalement. Mais j'ai dit : ce sera la fin d'une génération, celle des De Clercq, des Van Cauwenberghe. J'avais mis Van Gompel aussi dans cette liste, puis je l'ai retiré. Parce que je me suis dit : c'est peut-être injuste parce que finalement Gorbatchev il a aussi existé. Et Van Gompel, c'était peut-être -mais je n'y croyais qu'à moitié- le Gorbatchev du PS de Charleroi. Aujourd'hui, on a bien compris que ce n'est pas le cas. Pour moi, De Clercq et Van Cau incarnaient totalement cette vieille garde insupportable.
Vous êtes également l'avocat de nombreux socialistes en fonction et là non plus, pas de problèmes pour parler du PS de Charleroi ou d'Anselme à Namur ?
Je ne parlerai jamais de dossiers que je traite personnellement en tant qu'avocat, ce serait moralement inadmissible et déontologiquement insupportable. Je tiens à être libre de mes thèses. Mais il est vrai que je n'ai jamais caché mes sympathies, mes appartenances, mes connivences. Mais si je n'ai pas fait de politique c'est parce que je me sens insoluble dans un groupe quel qu'il soit. C'est en même temps un défaut et une qualité, je n'en suis pas particulièrement fier. En tout cas, il y a quelque chose qui est merveilleux et extraordinaire entre Laurette et moi, c'est que elle c'est elle et moi c'est moi.
Il n'y a quand même pas un mur entre vous qui arrête vos discussions ? Par exemple, a-t-elle lu le livre avant sa sortie ?
Non, il n'y a pas de mur. Et elle n'a pas voulu lire le livre.
Et quand elle prépare un projet qui concerne la justice, vous en parlez ?
Je ne dis pas qu'elle ne m'en parle pas, ce serait faux-cul, ce serait mentir. Finalement on en parle infiniment moins que ce que d'aucuns pourraient croire compte tenu de nos profils respectifs. Il est clair que quand elle traverse des périodes dures comme ça a été le cas, là évidemment, je suis son mec et je souffre comme elle. On ne peut pas sourire quand on voit la personne que l'on aime servir de punching-ball, c'est insupportable. Là, il y a un vrai dialogue entre nous. Sur le fond, pas. Avec le regard à la fois partial et distant que je peux avoir, je crois que c'est certainement le ministre de la Justice le plus compétent que l'on ait connu depuis extrêmement longtemps. En même temps, elle n'a pas donné de grands coups de pieds dans la fourmilière, ce que moi, praticien et marginal, j'aurais souhaité qu'elle fasse. Donc, je ne m'en mêle pas. Moi je soutiens depuis toujours, et cela ne fait pas partie de ses projets, qu'il faudrait un médiateur de justice, totalement indépendant du pouvoir judiciaire et du barreau, qui réceptionne les plaintes, qui ait un pouvoir d'investigation, et qui puisse simplement publier un rapport public avec des noms. On est très loin de ça actuellement.
Le Conseil supérieur de la justice n'a pas rempli ce rôle ?
Non, le Conseil supérieur est un peu un agglomérat de lobbies. Il a ses qualités et c'est malgré tout un mieux, un petit mieux. Autre exemple, moi si j'avais été ministre de la Justice, la première chose que j'aurais fait c'est de descendre le ministère public, actuellement perché sur son estrade, sur le plancher des vaches. En définitive, il y a plein de choses qui relèvent de sa sensibilité à elle et dont je ne me mêle pas. On a une vie qui est extrêmement belle, on a une chance terrible. En tout cas, moi je me sens ravi de vivre avec elle et elle dira ce qu'elle a à en dire là-dessus, mais c'est vraiment privé. Ce que l'on partage c'est vraiment de la vie privée même s'il est vrai que l'on se raconte des trucs professionnels. Dire que l'on ne se parle pas serait mentir. Mais la paroi, elle existe réellement aussi, dans le fait que moi je n'aurais pas supporté être – il y a peut-être un orgueil démesuré là-dedans- une ombre, une sorte de père Joseph. Si je vais à son cabinet trois fois par an en rentrant à la maison c'est beaucoup. Mais je n'interviens en rien. C'est un choix effectué dès le début par hygiène mentale aussi. Ce n'est pas vis-à-vis des autres mais pour nous-mêmes. Dès les premiers jours où l'on a vécu ensemble, il est clair aussi qu'elle ne me demandait aucune sorte d'autocensure.
En tant qu'avocat, vous avez probablement été touché par la nouvelle loi sur les techniques particulières d'enquête ?
C'est clair que sur ce point je ne partage pas du tout la conception qui est la sienne. Dans une Belgique où on combat le terrorisme, où on est en guerre, autant canaliser cela de manière radicale sur le terrorisme, ce qui n'est pas le cas ici. Moi je vois les dossiers, la manière dont travaille le parquet, je vois comment on applique les méthodes particulières de recherche. Je vois comment cela peut servir à faire basculer certains sous un qualificatif de grand criminel alors qu'il ne s'agit que de petits truands qu'on finit par transformer en grands criminels alors qu'ils ne sont que des petits cons qui jouent avec des armes dangereuses. L'avocat que je suis est en rupture totale par rapport à ce système. Je peux être l'homme le plus amoureux de la terre, mais je suis fondamentalement un contre pouvoir. Je n'aime pas le pouvoir. J'ai aussi une attirance pour le pouvoir. Mais je fais le métier qui est le plus beau du monde parce qu'il aide des gens seuls contre des pouvoirs, qu'ils soient judiciaires ou politiques.
Vous intervenez souvent pour des personnes qui sont au pouvoir ou pour des institutions publiques ?
Cela fait partie de la formidable contradiction qui, je crois, n'est qu'apparente. Défendre l'Etat, dans le sens le plus noble du terme, en tant qu'avocat libre est un vrai motif de fierté. Et souvent, quand on voit comment fonctionne le monde judiciaire, je perçois de plus en plus son poujadisme et son anti-politisme. Ma démarche reste dès lors très cohérente par rapport à tout le reste. L'image du politique aux yeux du judiciaire est celui d'un marginal, d'un petit délinquant. J'ai encore eu le cas il n'y a pas longtemps. Le juge m'a dit : « un politicien qui fait un droit de réponse, mais enfin » Quel mépris !
Pour revenir au livre, dans l'analyse du cas Monin vous avez été très gentil avec le monde judiciaire ?
Je dis que Monin (NDLR : un juge en guerre contre d'autres juges) a tout faux et je crois que Francis (NDLR : son adversaire, président du tribunal de Dinant) a trois-quarts faux. Au départ je suis rentré dans cette affaire avec la conviction intime et profonde que Monin était un chevalier blanc. Puis j'ai lu, j'ai analysé et changé d'avis. Quant aux autres, je les connais pour avoir plaidé devant eux. Ce sont d'abord des paillasses d'envergure en terme de paresse. Au bout du compte, mon avis est que Monin est le mauvais cheval pour faire la révolution, révolution certainement nécessaire. Ce qui est dérangeant c'est qu'on attaque Monin sur la lenteur de ses décisions de justice alors que l'on pourrait attaquer un pourcentage non négligeable de magistrats sur ce point. Monin, on l'a sanctionné indirectement pour autre chose. Mais je peux comprendre qu'on le sanctionne. Ce qui est étrange dans le chef de Francis c'est qu'il ne réagisse pas par rapport aux accusations portées contre lui. Je n'ai pas vu un démenti. Quant à l'influence de la loge sur une décision judiciaire, je m'en fous. Je suis moi-même maçon et je n'ai aucun doute sur le fait que c'est une société humaine, comme n'importe quelle autre, avec des gens biens et pas biens, parmi lesquels il doit y avoir des dérapages, tout comme il y a des gens fabuleux là-dedans. L'accusation d'étouffer des affaires, si c'est vrai c'est extrêmement grave, mais il faut pouvoir le prouver. En tout cas, il y a quelque chose qui reste extrêmement brumeux dans cette affaire. Que Monin ait posé de bonnes questions, je suis prêt à l'admettre, mais il n'a pas apporté de bonnes réponses. C'est ça qui me laisse perplexe.
Vous expliquez aussi que ce qui se passe à Charleroi, ce n'est pas la même chose qu'à Namur ?
C'est vrai qu'il ne s'agit pas de la même configuration. A Charleroi, c'est un système qui fonctionnait comme ça depuis des décennies. Ce qui m'a frappé, c'est la difficulté pour un parti de mettre de l'ordre lui-même dans ses structures. Bien sûr qu'on dit des choses, qu'il y a quelque chose qui flotte, mais aussi longtemps qu'il n'y a pas une instruction judiciaire, on n'a pas les preuves, donc ça devient très difficile de mettre le fer dans la plaie. Surtout qu'il y a un pouvoir qui est extrêmement fort. Comme dans toute baronnie enracinée dans le temps, je me dis qu'il y a quand même quelque chose d'inquiétant pour le démocrate que je suis dans la mesure où on ne peut pas dire qu'il y a eu un désaveu maximal de l'électorat. Les rénovateurs ne font pas des cartons en voix. L'électorat ne rejette pas clairement les gens qui ont incarné cette ville et un système complètement dévoyé. Pourtant, il y a une seule chose à faire, c'est qu'ils foutent le camp. Courard est très magistral quand il dit très platement les choses que beaucoup de gens de gauche pensent. A Namur, ce sont des problèmes personnels, de manque de délicatesse, mais ça reste très circonstancié. Ce n'est pas un système qui est en cause.
C'est une analyse de juriste ou politique, voire de militant politique ?
Je ne suis pas un militant. Je suis passionné de politique, je suis avocat et c'est mon regard. Je n'ai pas la prétention de dire la vérité. J'essaye de retracer les faits de la manière la plus objective qui soit, de la manière la plus neutre en m'inspirant de ce que j'ai lu dans la presse. Puis j'en livre une analyse en donnant des éléments de droit qui sont des clés. Enfin, c'est vrai, je dis ce que j'en pense. Et ça reste à discuter. Je n'ai pas la prétention de dire ce qu'il faut en penser, c'est juste un regard. L'intérêt d'un regard c'est qu'il en provoque d'autres. Le cas Wilmots, selon moi, c'est la dualité et l'hypocrisie d'un discours. Un homme se dit je vais dans le système (NDLR : en entrant au Sénat), je dis que je vais le changer, de manière grotesque parce que je vais là où je n'ai pas les moyens de faire ce que je dis que je vais faire, je constate que je ne peux rien faire, donc je me retire. Et je ne me retire pas entièrement parce que je ne voudrais pas que mon parti perde un siège au Sénat. On pourrait aussi ne pas être d'accord avec cette vision et dire que Wilmots est un honnête homme perdu dans un panier de crabes, ce que je ne crois pas. Au moins, le débat est ouvert.
Et si Wilmots avait défendu un siège PS, vous l'auriez traité de la même manière ?
C'eut été la même chose, évidemment. Ce lien avec le PS, je le traînerai toute ma vie comme un boulet et je l'assume, mais je n'ai pas changé de conception. Je suis un compagnon de route du PS depuis longtemps. J'avais ma carte et je ne payais pas mes cotisations parce qu'on ne me les demandait pas. Ce qui est conforme finalement à ma sensibilité. Je suis proche de ce parti, je suis un compagnon de route de ce parti. Il y a aussi des côtés qui me révulsent profondément dans ce parti, il y a des gens pour qui j'ai un immense respect indépendamment de ma vie privée, et je trouve qu'il a une place importante à jouer dans le respect de certaines valeurs qui sont les miennes. Mais je ne suis marié à personne sur le plan politique. Ce que je dis là, je pouvais le dire il y a dix ans quand je ne connaissais pas Laurette. Alors, ou bien je me taisais en disant : ma vie privée est une muselière, ou bien j'acceptais de parler en acceptant aussi le soupçon. Mais en même temps, le problème se pose aussi sur le plan professionnel. Le parquet de Liège a essayé de m'empêcher d'intervenir dans un dossier au prétexte que ma femme est ministre de la Justice. Incroyable. En fait ici, elle n'a rien lu de ce livre. Cela fait partie de ma vie à moi.
Propos recueillis par

JEAN-PIERRE BORLOO


(1) « Quand politique et droit s'emmêlent », Marc Uyttendaele et Anne Feyt, Ed. Luc Pire, 2006.

Marc Uyttendaele, les affaires, ses amours

Droit et politique font-ils bon ménage ? Un livre pour en parler. Nous vous livrons ci-dessous la version longue de l'interview de Marc Uyttendaele au "Soir".
J e ne suis pas un militant. Je suis passionné de politique, je suis avocat et c'est mon regard. » Alors qu'il présente son livre Quand politique et droit s'emmêlent - dont Le Soir publie aujourd'hui quelques bonnes feuilles -, Marc Uyttendaele clame son indépendance dans l'entretien qu'il nous a accordé.
Indépendance vis-à-vis de Laurette Onkelinx, son épouse : « Elle, c'est elle, et moi, c'est moi ». Indépendance à l'égard du PS : « Je ne suis marié à personne sur le plan politique ». Indépendance d'esprit, tout simplement : « Si je n'ai pas fait de politique, c'est parce que je me sens insoluble dans un groupe, quel qu'il soit ». Uyttendaele livre donc son regard. Sur la monarchie, Charleroi et ses affaires, Marc Wilmots, la Constitution wallonne... Fort et forcément ambigu à la fois.


Après La Carolo, Immo Congo: Van Cau out?


Ambiance surréaliste à Charleroi. Van Cau reste omniprésent. Rares sont ceux qui croient que cela durera. Surtout après la nouvelle affaire Immo Congo, qui le fragilise un peu plus encore. Pourtant, tout le monde fait semblant. Refus de tirer sur une ambulance ? Peur, plutôt, de déplaire à un homme qui, même un genou à terre, continue à faire feu sur quiconque brise l’omerta. Personne ne possède de recette magique pour sortir Charleroi du marasme.

Une seule certitude est partagée par pratiquement tous les interlocuteurs, dans tous les milieux : rien de sérieux ne sera possible aussi longtemps que Jean-Claude Van Cauwenberghe restera le patron du socialisme carolo. Tant que celui-ci fera de l’ombre aux rénovateurs de son parti – et à ses partenaires du MR et du CDH – Charleroi continuera à souffrir. De son image de marque désastreuse. De réformes appliquées à contrecoeur. D’un climat malsain, dominé par la peur. Une peur qui explique l’étrange mutisme actuel.

Depuis les élections du 8 octobre, plus personne dans le monde politique carolo – hormis l’opposition Ecolo – ne formule la moindre critique à l’égard de Jean-Claude Van Cauwenberghe. Publiquement s’entend. Car, en off, rares sont ceux qui le jugent encore apte politiquement à diriger le premier parti de la ville. Mais tout le monde se tait. Au PS, les rénovateurs disent vouloir serrer les rangs. Ils font même semblant de récuser le clivage rénovateurs-conservateurs.
« Aujourd’hui, cette différenciation n’a plus lieu d’être. Nous faisons
partie d’une même équipe socialiste, déterminée et motivée »,
explique Eric Massin, futur échevin, catalogué « rénovateur ». Diplomatiquement, et quel que soit son véritable sentiment personnel, on voit mal celui qui est aussi l’actuel président de la fédération socialiste de Charleroi, tirer à boulets rouges sur Van Cau.
« Je comprends Eric, commente un élu hennuyer non carolo, mais là, il fait de l’excès de zèle. Rien ne l’obligeait à nier ce clivage anciens-modernes, qui existe plus que jamais ». Et d’ajouter : « Au moment où le ministre Courard, et aussi, dans une certaine mesure, le Boulevard de l’Empereur, pressent Van Cau à faire un pas de côté, ce n’est pas le moment de dire ‘Van Cau-rénovateurs, même
combat’… Surtout quand on n’en pense pas un mot ! ».
Intimidation permanenteComment expliquer cette attitude prudentissime des socialistes carolos les plus critiques par rapport à un Van Cau qui a tout de même perdu de sa superbe ?
« La raison, c’est que son pouvoir de nuisance demeure important, analyse un membre du PS local. Son système, c’est l’intimidation permanente. Il possède un réseau de fidèles qui fonctionne efficacement. Ils exercent les pressions qu’il
faut, là où il faut. Si un élu s’écarte si peu que ce soit de la ligne Van Cau, il est directement rappelé à l’ordre, notamment par de nombreux coups de fil ».
Un élu socialiste confirme, toujours en prenant garde de ne pas être cité nommément :
« Je n’ai jamais été un rebelle. Mais il m’est arrivé de poser des questions sur certains dossiers. J’ai vite compris que c’était déplacé. On m’a demandé quelle mouche m’avait piqué. A quel parti j’appartenais pour me comporter ainsi.
Après deux engueulades de ce type, vous n’osez plus rien dire. Et vous la fermez, quoi qu’il arrive ».
Une seule élue est passée outre aux intimidations, la députée wallonne Ingrid Colicis.
« Elle en paie aujourd’hui le prix, souligne notre interlocuteur. Elle est la bête noire de Jean-Pierre De Clercq, qui l’injurie chaque fois qu’il en a l’occasion, et de Jean-Claude Van Cauwenberghe, qui a mis son veto absolu à sa nomination à un poste d’échevine. Ils vont continuer à tout faire pour la casser. Et, croyez-moi, personne ne volera à son secours. De peur de prendre des coups !».
Un audit ravageur ?Au MR et au CDH, la prudence est également de mise. Pas question de prendre de haut le nouveau partenaire. D’autant que Charleroi vit une sorte d’entracte. Chacun attend la mise en place du nouveau collège. Comme dans toutes les autres villes ? Pas vraiment, car à Charleroi ce nouveau collège, qui ne sera plus monocolore, sera l’équivalent d’un passage de l’ancien au nouveau régime. Chacun attend aussi les résultats de l’audit des services de la ville. « Certaines découvertes assez effarantes ne sont pas à exclure », glisse un proche du pouvoir. Le passif de Van Gompel & Co à la tête de la Ville pourrait donc être encore plus lourd que prévu. Van Cau, leur mentor, ne modifiera sans doute pas sa ligne de défense : n’exerçant plus de responsabilité à la Charleroi depuis onze ans et demi, il n’était au courant de rien. Quoi qu’il en soit, un audit ravageur confirmerait le naufrage de ses hommes de confiance. Et le fragiliserait encore davantage. A ce moment, socialistes rénovateurs et partenaires de la majorité accentueront-ils la pression sur Van Cau pour qu’il se mette sur la touche à Charleroi ? D’aucuns le pensent. Sans nouveau météorite politique, ce n’est pas certain, tant reste omniprésente la peur de déplaire à un homme qui, même un genou à terre, continue à faire feu sur quiconque brise l’omerta. Outre le cas d’Ingrid Colicis, celui de Marielle Floriduz est tout aussi éloquent. La conseillère communale et ex-leader (écartée par la famille De Clercq) de la section de Goutroux, est désormais interdite de présence aux réunions socialistes par Van Cau en personne. Une version déroutante de la rénovation made in Charleroi…Les « hasards » d’Immo Congo

Quelle météorite politique pourrait faire tomber Van Cau ? La chute de Van Cau ! Tout Charleroi ne pense qu’à ça depuis belle lurette. « Politiquement, en toute logique, il devrait déjà être au tapis depuis un certain temps, sourit un camarade. Mais il est sans doute trop malin pour avoir commis des actes pénalement condamnables. Ceux qui tablent là-dessus vont un peu vite en besogne. Il est douteux qu’il n’ait pas profité du système qu’il a lui-même inspiré. Mais il a agi moins bêtement que ses sous-fifres qui n’ont pas pris de précaution pour installer une chaudière dans la maison de campagne de Despiegeleer, aux frais de la Ville ».
La météorite politique qui pourrait changer la donne sera-t-elle l’affaire dite Immo Congo, récemment mise à l’instruction ? A ce stade, rien n’est moins sûr. Même si une accumulation de « hasards » braquent une fois de plus les projecteurs sur Van Cau et son entourage.

L’affaire – en fait, une opération immobilière douteuse qui semble avoir coûté cher à la Région wallonne et à la Communauté française - remonte à début 2004. La délégation Wallonie-Bruxelles à Kinshasa doit trouver d’urgence une nouvelle implantation. Un appel d’offres est lancé auprès de sociétés immobilières belges, remporté par Intelligence et Communication (IC), une société bruxelloise. D’après Hervé Hasquin, président du Gouvernement de la Communauté française à l’époque, Jean-Claude Van Cauwenberghe, à l’époque ministre-président wallon, aurait tenté in extremis, cinq minutes avant la réunion du Gouvernement, de faire reporter la décision. En pure perte, le marché est attribué à IC.
Par la suite, le Gouvernement de la Région wallonne avalise également. Mais quelque temps plus tard, la société évincée, Congo Walloninvest, réussira à rentrer dans le jeu par la bande. Les deux gouvernements acceptent en effet qu’une nouvelle société, Immo Congo, créée…deux jours auparavant, se sibstitue à IC. La moitié des actions de cette nouvelle société sont détenues par IC et l’autre moitié par la société Caparmar, elle-même actionnaire pour moitié de Congo Walloninvest, la société initialement évincée. Les trois sociétés, Immo Congo, Caparmar et Congo Walloninvest sont gérées par Sabine Gaucquier, épouse de Daniel Lebrun, un réviseur d’entreprises très proche de Van Cau (en fait, « son » financier, qui a révisé les comptes de Charleroi pendant plusieurs années, sans jamais rien remarquer d’anormal)! Simples coïncidences ? Ce sera à la justice de trancher.
Mais politiquement, une fois de plus, le dossier est gênant pour Van Cau. Pas seulement parce qu’il est suspecté – et rien d’autre à ce stade – d’avoir manœuvré dans les coulisses pour avantager des membres de son entourage. Mais aussi parce qu’une fois de plus, il ne s’est pas comporté en homme de gauche soucieux de rigueur dans sa gestion de l’argent public. « L’argent des travailleurs, Van Cau s’en soucie peu, grince un socialiste critique. Sa culture de la majorité absolue à Charleroi lui fait penser que ce qui est bon pour le chef du parti majoritaire est bon pour le peuple. Et il a tout naturellement importé ses méthodes à la Région wallonne ».
Peu rigoureux, Van Cau ? La question est posée (elle s’adresse aussi au libéral Hervé Hasquin, à l’époque patron de la Communauté française) puisqu’au bout du compte, Région wallonne et Communauté française paient mensuellement près d’un million d’anciens francs belges (270.000 euros par an) la location du bâtiment occupé dans la capitale kinoise par la délégation Wallonie-Bruxelles. Le dossier avait pourtant reçu un avis défavorable de l’Inspection des Finances. Un conseiller financier indépendant, sollicité de la Région wallonne, avait fixé à 180.000 euros maximum le montant acceptable du loyer annuel, étant donné les prix du marché. Van Cau est passé outre, de même qu’Hasquin. Autre constat qui pose question : le bail, d’une durée de 20 ans, impose à la Région wallonne et à la Communauté française de payer la location pendant ces 20 années, quoi qu’il arrive au bâtiment : un incendie, une mise à sac, voire une expulsion, pas à exclure dans cette contrée pour le moins instable politiquement. Est-ce vraiment cela, gérer l’argent public en bon père de famille ? Mais aussi, cela pose la question de la validité du marché attribué initialement à IC par le Gouvernement d’Hervé Hasquin, puisque le contrat devait déjà être déséquilibré dès ce moment-là... Van Cau n’est donc sans doute pas le seul à pouvoir être blâmé dans cette affaire.

Van Cau out : fantasmes et réalitéAprès cette nouvelle affaire, l’ex-ministre président wallon va-t-il trébucher pour de bon ? Van Cau out ? Plus que jamais, tout Charleroi ne pense qu’à ça. Sauf coup de théâtre judiciaire – en clair une inculpation, nécessitant une levée d’immunité parlementaire – la mise à l’écart politique de Van Cau n’est sans doute pas pour demain. « Aussi longtemps que les camarades de Charleroi se laisseront intimider par Jean-Claude Van Cauwenberghe, je crains fort qu’il s’accroche dans les allées du pouvoir et que rien ne change en profondeur, analyse un élu socialiste. Je n’ai pas de conseil à leur donner, si n’est : ‘Montrez lui que vous n’avez pas peur !’. C’est la seule façon de changer la vie, à Charleroi ».