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27 mars 2008

En Belgique, « les politiques ne se supportent plus »

Ministre de l'Emploi durant trois mois, l'ancien patron de la CSC, Josly Piette, tire sa révérence. Son écharpe de bourgmestre l'attend. L'expérience ministérielle était intéressante, dit-il, mais le climat politique est détestable. Interview.

Le Vif/L'Express : Vous êtes content que votre mission prenne fin ? Josly Piette : Oui. Travailler dans de telles conditions est impossible. Les responsables politiques ne se supportent plus : la crise a laissé des traces profondes. Le climat a changé. Or, pour avancer, il faut de la confiance, de la cohésion. Déjà dans une commune comme la mienne, à Bassenge, il serait impossible d'assurer une gestion convenable dans un tel contexte. Alors au niveau fédéral...
Vous n'avez pas été tenté une minute de rempiler ? Je me suis engagé vis-à-vis de ma commune et je respecterai mes engagements. Cela mis à part, rester au gouvernement dans une bonne atmosphère de travail, pourquoi pas, mais comme ça, c'est non.

Quel est votre bilan, après ces trois mois à la tête du ministère de l'Emploi ? On a fait de l'excellent travail. Du consistant. Nous avions une toute petite équipe de sept conseillers, dirigée par Gilbert De Swert, l'ancien chef du service d'études de la CSC, rappelé alors qu'il était parti en prépension. Ces conseillers nous ont été « prêtés » sans hésitation par l'ONEm (Office national de l'emploi), la FEB (Fédération des entreprises de Belgique), les classes moyennes. Nous n'avons pas connu d'accroc. Avec les partenaires sociaux, nous nous sommes engagés à respecter toutes leurs propositions, à condition qu'elles aient fait l'unanimité dans leurs rangs.
Ce n'est pas toujours le cas ? Non. On a connu des ministres de l'Emploi très autoritaires, d'autres incompétents ou obsédés par l'idée d'ajouter leur touche personnelle à tous les projets.
Votre méthode a-t-elle porté ses fruits ? Oui. Les interlocuteurs sociaux se sont sentis responsabilisés et nous avons pu finaliser toute une série de dossiers (présence syndicale dans les PME, titres-services, etc.). Cela prouve que l'on peut faire beaucoup de choses dans un climat de dialogue : nous avons travaillé avec eux dans l'esprit de la concertation sociale, c'est-à-dire en cherchant le consensus. Sinon, que se passerait-il ? Les propositions seraient discutées en conseil ministériel restreint, chacun y mettrait son grain de sel et le texte final ne ressemblerait plus à rien.
En étant du sérail, vous partiez avec un sérieux avantage... On parle le même langage. On se comprend tout de suite.
Comptez-vous briefer le ministre de l'Emploi suivant ? Il faudrait les briefer tous ! Au moins sur la méthode. Les membres du gouvernement ne savent pas ce qu'est la concertation, ni la chance qu'ils ont de l'avoir. Pendant les six mois de crise, les partenaires sociaux ont continué à travailler, sereinement, et ont assuré le calme. Qu'aurait fait le Premier ministre Guy Verhofstadt s'il avait eu, à cette époque-là, une solide crise sociale sur les bras et des manifestations de masse dans les rues ?
Avez-vous eu de mauvaises surprises en passant dans le camp gouvernemental ? Non. Mais il est clair que les membres du gouvernement agissent aussi, et parfois d'abord, en fonction d'enjeux strictement politiques ou de leur propre agenda. Les dossiers eux-mêmes viennent parfois au second plan.
Le CDH vous a-t-il laissé les mains libres ? Les partis, CDH inclus, peuvent avoir des raisonnements théoriques mais à un moment, il faut que cela débouche sur des propositions concrètes. Autrement dit, sur la question des bas salaires, par exemple, je n'ai pas toujours suivi à 100 % les positions CDH. Dans l'esprit, oui, à la lettre, non. Le CDH m'a laissé les mains libres, mais il faut expliquer à ceux qui le composent comment marche un gouvernement. Ce parti n'a plus été au pouvoir au fédéral depuis huit ans : la jeune génération ne sait pas ce que c'est. Les prises de position de ces jeunes sont pures et sincères, certes, mais quand on est dans la négociation, on se heurte à certaines limites. On n'est pas seul au gouvernement. Ce sera intéressant pour le parti de se frotter aux réalités. C'est une belle école de vie.
En travaillant avec Guy Verhofstadt, votre opinion sur lui a-t-elle changé ? Guy Verhofstadt a beaucoup de qualités. Il a nettement évolué au fil des années mais il reste un vrai libéral, hyperkinétique. Quand on l'a compris, on peut travailler avec lui. C'est un meneur, un créatif, il propose toujours des solutions en cas de blocage. Et c'est un véritable animateur d'équipe.
Les conseils des ministres sont-ils parfois drôles ? Non. On n'y trouve aucun humour et personne ne raconte de blagues, même si Verhofstadt parvient à y distiller une certaine chaleur.
En tant que seul CDH au gouvernement, vous est-il arrivé de vous sentir seul ? C'était beaucoup plus confortable d'être seul CDH...
Voulez-vous dire que cela vous a mis en position de force ? Disons que Verhofstadt n'avait pas grand monde à mettre à ma place. J'étais seul et nécessaire. Il savait où étaient mes limites.
Vous occupiez une position un peu atypique : vous n'êtes pas issu du milieu politique et vous n'étiez là que pour trois mois. Oui. D'ailleurs, je n'ai pas subi d'attaques. Je n'ai tiré dans les pattes de personne non plus. Je n'ai pas le langage politique... J'étais attentif à mes propos car je savais qu'à la moindre erreur, on déclencherait le tir aux pigeons ! Quand je n'étais pas d'accord avec la thèse libérale, je le faisais savoir, mais sans viser quelqu'un en particulier. Ce n'est pas l'habitude, dans ce gouvernement, où la déontologie fait cruellement défaut. Il y règne une stratégie de conflits permanents, qui n'est pas saine. Didier Reynders n'est évidemment pas obligé d'aimer le CDH mais il devra quand même travailler avec lui pendant un certain temps. Il ferait bien de le comprendre. Au niveau individuel, les membres du gouvernement sont tous des personnes de grande qualité, y compris Didier Reynders. C'est un homme intelligent, avec qui il y a moyen de discuter. Mais en conseil des ministres, on est tout le temps dans la défiance, on n'est pas là pour construire. Entre partenaires sociaux, on ne se critiquait pas.
L'utilisation des GSM et des blackberrys ne facilite pas les choses... C'est infernal. Les membres du gouvernement passent leur temps rivés à ces appareils. Ils envoient et reçoivent des messages en permanence. ça torpille le climat. Ce n'est pas digne de la gestion d'un pays. Les enjeux économiques et sociaux sont colossaux, nous avons en main l'avenir de dix millions de gens, nous sommes à la limite d'un chambardement institutionnel majeur et certains s'amusent à jouer à ça...
Comment imaginez-vous l'avenir pour le nouveau gouvernement Leterme ? Ça dépendra plus des personnes que du programme. Mais si le climat ne s'améliore pas, je ne vois pas comment ça pourrait bien se passer. Yves Leterme, un homme intelligent qui connaît ses dossiers, va peut-être se révéler dans la fonction. Mais il n'a pas l'expérience d'un contexte politique aussi complexe que celui de la Belgique. Il a certes fait ses preuves en Flandre mais il disposait de moyens financiers et ne devait diriger qu'une seule communauté. Au fédéral, il y a peu d'argent, les conflits communautaires sont latents et il faut tout le temps arbitrer des problèmes sensibles. C'est ce que Guy Verhofstadt a appris à faire, en huit ans.

24 mars 2008

"La confiance, ça se mérite"

"Nous ne pourrons pas tout faire, et certainement pas tout en même temps. Quoi qu'il en soit: nous écrivons solidarité avec une majuscule."

Dans la déclaration qu'il a lue jeudi devant la Chambre, le premier ministre Yves Leterme a insisté sur le fait que le nouveau gouvernement refusera l'aventure budgétaire. Il a aussi souligné que le pays et ses habitants peuvent espérer un avenir prospère à condition d'accepter le changement. Malgré une croissance ralentie et un creux budgétaire, le gouvernement entend malgré tout écrire solidarité avec une majuscule, a dit M. Leterme qui a par ailleurs parcouru l'accord intervenu dans la nuit lundi à mardi.
Il a rappelé que de longues négociations avaient eu lieu depuis le 10 juin. "Ces derniers mois n'ont pas été perdus. Ils ont en effet clairement démontré qu'il est nécessaire de parvenir à un nouvel équilibre entre les Communautés, les Régions et l'Etat fédéral. Il est clairement démontré qu'une nouvelle réforme de l'Etat est nécessaire", a-t-il dit ajoutant qu'après le premier paquet, le gouvernement "entend continuer cet important travail" et déposera d'ici mi-juillet un deuxième projet de loi spéciale. "C'est ainsi que nous travaillerons pas à pas, à la nécessaire réforme de notre pays".
Il a souligné les grands axes de cet accord, commençant chaque fois l'énumération en disant: "Nous voulons être un gouvernement qui renforce le pouvoir d'achat", "qui rémunère ceux qui entreprennent et qui travaillent", "qui donne aux demandeurs d'emploi de meilleures chances d'arriver sur le marché du travail et qui les pousse à les saisir", ... "La confiance ne peut se proclamer, elle doit se mériter. C'est la raison pour laquelle le gouvernement entend renforcer la confiance des citoyens dans la politique. Non pas par de beaux discours et de vaines promesses, mais par des programmes réalisables et des actes identifiables. Voilà ce que les citoyens, les entreprises, les associations attendent de nous", a-t-il souligné. Et de rappeler que ce gouvernement démarre sans avoir le vent d'une forte croissance économique dans le dos et qu'en plus le pays se trouve dans un creux budgétaire. "Nous ne pourrons pas tout faire, et certainement pas tout en même temps. Quoi qu'il en soit: nous écrivons solidarité avec une majuscule. La voie que nous voulons suivre est la voie qui mène à l'assainissement des finances publiques, au renforcement de notre modèle socio-économique et à l'investissement dans le futur".
Yves Leterme a encore souligné que "la Belgique est et reste un pays où il fait bon vivre et qui possède bien des choses donc nous pouvons être fiers". "Un pays qui peut se tourner vers un passé et espérer un avenir prospère, si du moins, il est prêt au changement. Il incombe à la politique de mettre les choses en mouvement et d'indiquer la direction du changement".
En conclusion, il a insisté sur le fait que les diverses mesures prévues par l'accord seront concrétisées au cours des prochains mois et des budgets de 2009 et des années suivantes. "Nous le ferons avec la prudence nécessaire pour éviter les risques budgétaires".
L'hémicycle de la Chambre était rempli jeudi pour entendre la lecture par le nouveau premier ministre Yves Leterme de la déclaration gouvernementale.
De Wever, inquietLe fait que le gouvernement Leterme compte plus de membres francophones que de membres flamands inquiète aussi le président de la N-VA Bart De Wever. "Pour la première fois depuis 35 ans, le gouvernement compte plus d'excellences francophones que flamandes. Je ne pensais pas que cela soit encore possible au 21e siècle", a-t-il déclaré dans les couloirs du parlement. Et le fait que davantage de députés francophones soutiennent le gouvernement ne change rien à ses yeux. Etant donné lea démographie, la parité devrait déjà satisfaire les Francophones, estime-t-il.
Les nombreux ministres et secrétaires d'Etat occupaient les bancs réservés au gouvernement. Ils sont toutefois trop nombreux pour les places disponibles. Il avait donc fallu ajouter des chaises pour permettre à chacun de trouver une place. On remarquait l'absence d'un des nouveaux Secrétaires d'Etat, le PS Fédéric Laloux. Selon le parti, ce dernier aurait été bloqué dans les embouteillages....
Réactions de l'opposition flamandeParmi les réactions à la déclaration du premier ministre Yves Leterme, celle de Jean-Marie Dedecker, qui estime qu'elle contient une série de promesses dont le coût n'est pas calculé. La déclaration a l'allure d'un "sermon de sous-pasteur", a-t-il dit, comparant lui aussi le gouvernement de 15 ministres et 7 Secrétaires d'Etat à une armée mexicaine. Pour les écologistes flamands, la déclaration manque de flamme et les ministres n'avaient d'ailleurs pas l'air très attentifs pendant sa lecture. Selon Groen!, il s'agissait d'une longue liste de revendications de tous les partis de la majorité, sans qu'aucun choix soit fait. Alors que le premier ministre annonce que le budget est très important, cette compétence est confiée à un Secrétaire d'Etat et non à un ministre, a encore relevé la députée Meyrem Almaçi. Quant à Spirit, il dénonce un déséquilibre communautaire, avec cinq Secrétaires d'Etat Francophones pour deux Flamands et s'étonne que la N-VA accepte une telle situation.
On notera encore que dans sa déclaration, Yves Leterme a rendu hommage à son prédécesseur Guy Verhofstadt et à l'ex-ministre cdH Josly Piette. Avant que le premier ministre monte à la tribune, un groupe de femmes du CD&V a déployé une banderole pour demander plus de femmes dans le gouvernement. Au grand embarras des huissiers, elles ont agi depuis la tribune du Sénat et il y avait parmi elles plusieurs mandataires ce qui ne permet pas une action aussi radicale que lorsque les protestataires agissent depuis la tribune du public. Les femmes CD&V ont finalement replié d'elles-mêmes leur banderole.
Un nouveau gouvernement est né
Comme prévu, le Roi a reçu en audience, jeudi matin, au Château de Laeken, le premier ministre Guy Verhofstadt qui lui a présenté sa démission. Celle-ci a été acceptée par le souverain. Sur la proposition de Guy Verhofstadt, le Roi a nommé Yves Leterme premier ministre, indique un communiqué du Palais.
L'équipe Leterme 1er compte sept femmes: six ministres et une secrétaire d'Etat. Trois femmes sont PS. Les quatre autres formations du nouveau gouvernement ont chacun une femme dans le gouvernement. Sur les quinze ministres du gouvernement, on compte donc sept femmes dont deux vice-premières, la PS Laurette Onkelinx et la cdH Joëlle Milquet. Le gouvernement compte encore quatre ministres, Sabine Laruelle (MR), Marie Arena (PS), Inge Vervote (CD&V) et Annemie Turtelboom (Open Vld) ainsi qu'une secrétaire d'Etat Julie Fernandez-Fernandez (PS).
Passation de pouvoir
Yves Leterme a pris possession du 16 Rue de la Loi jeudi en début d'après-midi. Premier ministre fraîchement nommé, il a repris le flambeau à Guy Verhofstadt, qui occupait les lieux depuis 1999. Cette transmission des clés du cabinet du premier ministre aurait dû avoir lieu depuis plusieurs mois mais la longueur des négociations et l'échec de l'orange bleue ont différé l'événement de 10 mois. C'est devant un mur de caméras et d'appareils photographiques que l'événement a eu lieu. Le sortant libéral a félicité son successeur et lui a souhaité beaucoup de succès.
"C'est une fonction passionnante. J'ai toujours aimé remplir cette tâche. J'ai toujours été fier d'être premier ministre de ce pays fantastique", a dit Guy Verhofstadt. Le nouvel arrivant a remercié son prédécesseur des efforts qu'il a faits ces derniers mois. "Nous avons été des adversaires pendant des années mais il y a toujours eu un espace pour se rencontrer", a-t-il dit. "Je suis certain que nous nous retrouverons, en Belgique ou en politique", a-t-il ajouté.
Guy Verhofstadt a une nouvelle fois remercié, après le cadeau de départ qu'il a reçu de ses collègues. Il s'agit d'une carte datant de 1613 représentant l'Europe de 1595 réalisée par Mercator.

Les parcours de nos ministres Qui fait quoi? le nouveau gouvernement en images La double casquette de Demotte fait débat Ecolo regrette la pauvreté de la déclaration Verhofstadt en images

20 mars 2008

Piette, acclamé par les siens, attaque Reynders

Le ministre de l’Emploi, Josly Piette (cdH), a reçu une ovation debout au congrès du cdH pour le travail qu’il a fourni pendant trois mois au sein du gouvernement intérimaire. Il a au passage épinglé « la capacité de nuire » de Didier Reynders.
Il a brossé le tableau des actions qu’il a menées et a déploré le climat qui régnait au sein du conseil des ministres. Il s’en est pris plus particulièrement aux libéraux et au président du MR Didier Reynders.
M. Piette a dénoncé des personnes qui sont « négatives dans tous les sens du terme » et « empêchent de lancer tout débat constructif. Je n’attaque pas les Flamands ici. J’attaque surtout Didier Reynders. En trois mois, j’ai vu la capacité de nuire d’une personne », a-t-il déclaré.

07 janvier 2008

Un menu très chargé pour des ministres intérimaires

Leurs promesses pour le 23 mars

Les quatorze ministres du gouvernement Verhofstadt III s'engagent très concrètement auprès de la rédaction du « Soir ». Un trimestre pour convaincre…
Belga
Trois mois pour gérer l'urgence, l'indispensable. « Des projets clairement définis, des projets limités en termes d'ambition mais dont la nécessité n'est pas moindre », avait précisé le Premier ministre de cette équipe provisoire, le 21 décembre dernier. Entre-temps, deux semaines ont passé, les cabinets se sont (presque) formés, les projets mûrissent déjà. Mais en trois mois, non, pardon, en onze semaines, que peut-on réellement initier ? Comment améliorer le pouvoir d'achat, réduire la facture énergétique, entre l'Epiphanie et la Saint-Victorien ?

C'est ce que nous avons demandé aux ministres de Verhofstadt III. En les invitant à faire preuve de réalisme et de pragmatisme… Tous n'ont manifestement pas la même définition de ces deux vertus. Excès d'enthousiasme de nouveaux venus ? La moitié de l'équipe provisoire n'a jamais exercé de fonction ministérielle au fédéral. Nous fixons d'ores et déjà rendez-vous à ces Messieurs Dames les Intérimaires le 24 mars prochain, pour un premier bulletin. Critère principal de cotation ? Le respect des engagements pris ce lundi dans nos colonnes.

D'ici là, en principe, la scène politique devrait se jouer en plusieurs décors. Au Seize, d'abord, où les conseils des ministres s'annoncent chargés en dossiers… et en tensions, entre le centre-droit et les invités surprises de gauche. A la Chambre, ensuite, qui va devoir mettre les bouchées doubles pour engranger les avancées ou rattraper le retard accumulé pendant les affaires courantes. Au Sénat, lieu probable de résidence du groupe des Sages appelé à plancher, sous la houlette d'un certain Yves Leterme, sur les contours de la réforme de l'Etat. Une grand-messe à laquelle s'invitera au moins une fois Guy Verhofstadt, auteur d'une note sur le fédéralisme renouvelé qui devrait susciter le débat. Et enfin à l'hôtel des finances, où Didier Reynders devrait préparer le programme socio-économique du gouvernement définitif.

Karel De Gucht
Ministre des Affaires étrangères Open VLD
Traité de Lisbonne. Ma priorité, c’est la ratification par la Belgique du Traité de Lisbonne, qui requiert une approbation aux niveaux tant fédéral que régional et communautaire. Les dispositions sont prises pour que le gouvernement puisse rapidement déposer devant la Chambre des Représentants et le Sénat le projet de loi portant assentiment à ce traité.
Maintien de la paix. J’entends veiller à honorer les engagements de la Belgique dans les opérations de maintien de la paix (Afghanistan, Kosovo, Liban, RDC) et régler les modalités de participation belge à l’opération de gestion civile de crise qui sera initiée par l’UE au Kosovo.
Directives. Je souhaite poursuivre l’accélération du processus de transposition des directives européennes en droit belge.
Kosovo. Je désire que tant au Conseil de sécurité qu’au sein de l’Union européenne, la Belgique continue à œuvrer pour que le processus d’indépendance du Kosovo s’effectue de manière la plus consensuelle possible.
Congo. Je veux accorder une attention prioritaire à la stabilisation de la situation à l’est de la RDC, à la fois sur le plan politique et sur le plan humanitaire, avec un accent tout particulier sur la situation des groupes les plus vulnérables (femmes victimes de maltraitances, enfants-soldats…). La Belgique est représentée à la Conférence de paix dans l’Est, qui vient de débuter à Goma, et je devrais effectuer une tournée dans la région dans le courant de ce mois de janvier.
Belgique. Je souhaite enfin mettre sur pied une politique active de communication concernant la Belgique.
Notre avis
Le ministre des Affaires étrangères inscrit son action dans la continuité. Il fait preuve de réalisme et, une nouvelle fois, de bon sens.

Pieter De Crem
Ministre de la Défense CD&V

Un budget mieux affecté. Ces dernières années, le budget de la Défense s’est de plus en plus réduit, au profit des coûts de personnel. Notre participation aux missions internationales n’est actuellement possible que parce qu’elle ne nécessite qu’un financement partiel sur fonds propres. Je veux réduire la part des dépenses de personnel dans le budget global (aujourd’hui, c’est 62 %). C’est ma priorité absolue. C’est le seul moyen pour dégager des budgets pour des opérations et des investissements. Or, ces investissements sont nécessaires, si nous voulons garantir une sécurité maximale de nos hommes.
Elargir la base de recrutement. Nous avons un problème de recrutement. Or, une structure forte ne peut se construire que sur une large base de recrutement ; et, chez nous, cette base est en train de s’effriter. Pour l’élargir, j’ai déjà proposé de recourir au service civil volontaire. En donnant aux jeunes l’opportunité d’acquérir, pendant une période limitée, avec rémunération, une expérience professionnelle au sein de l’Armée. Je rappelle que l’armée est peut-être l’employeur le plus diversifié du pays, qui propose un éventail particulièrement large de métiers. Je souhaite par ailleurs réunir vite le comité de promotion, qui statue sur l’avancement des militaires. Ce sera fait dans les prochaines semaines.
Soigner notre réputation. Nos troupes actives à l’étranger, dans le cadre d’opérations de l’Union européenne ou des Nations Unies, prouvent chaque jour que notre pays peut être fier de son armée. Ces dernières années, on a trop peu mis en valeur la bonne réputation dont jouissent nos hommes. Il faut corriger l’image, tant en Belgique qu’à l’étranger.
Notre avis
Un seul credo : la rupture avec Flahaut, cible favorite des critiques CD&V. Nul doute que Pieter De Crem mettra toute son énergie au service de changements rapides. Mais quand même, trois mois, c’est court…

Josly Piette
Ministre de l’Emploi CDH

Ses priorités
Un plan national pour l’Emploi. Je veux lancer une concertation avec les partenaires sociaux, les entités fédérées et leurs trois ministres régionaux de l’Emploi en vue du lancement d’un Plan national pour l’emploi et d’une stratégie concertée selon des objectifs communs. Il s’agira d’abord d’analyser les problèmes et d’améliorer, le plus efficacement possible, le taux d’emploi. Il faut faire un état des lieux sérieux et constructif, en prenant en compte ce qui a été négocié par les partenaires sociaux au niveau du Conseil national du travail (CNT) et du Conseil central de l’Economie (CCE).
Accroître la formation. Je souhaite investir dans le capital humain de chacun – cela passe par une augmentation des capacités de formation – pour améliorer l’adéquation entre l’offre et la demande d’emploi. De plus, après un bilan, il faudra envisager des mesures nouvelles sur base d’accords de coopération afin d’améliorer les politiques d’accompagnement et d’activation des demandeurs d’emploi.
Diminuer les charges sur les bas salaires.
Aujourd’hui, notre pays a un taux de prélèvements élevé sur les bas salaires. En vue de diminuer le coût du travail peu qualifié et par conséquent d’augmenter l’offre d’emploi, je souhaite renforcer fortement les réductions de charges patronales sur les bas salaires. Je souhaite aussi simplifier les plans à l’embauche.
Notre avis
Un peu ambitieux pour quelqu’un qui prône un maximum de concertation mais qui sera parti, c’est promis, dans onze semaines.

Guy Verhofstadt
Premier Ministre Open VLD
Ses priorités
Le Premier avait déjà fait l’exercice à la Chambre le 21 décembre. Sa priorité à lui, c’était d’écrire un livre sur le cosmopolitisme en Europe. Les négociateurs de l’Orange bleue en ont décidé autrement et le voilà de retour au Seize. Intronisé pour trois mois – après, promis, juré, il arrête… – pour rétablir la confiance, ébranlée par la crise. Et puis aussi, « pour réaliser ce qui est indispensable ». Un programme limité donc à des projets clairement définis. Dix, au total, qu’il espère bien voir sinon mis en œuvre, du moins en bonne voie de l’être.
Un budget 2008. Qui résorbe au maximum le déficit prévu.
Augmenter le pouvoir d’achat. En combinant augmentation des allocations les plus basses et réductions d’impôts sur les revenus bas et moyens.
Aides économiques. Aux entreprises, PME et indépendants.
Un plan national pour l’emploi. Qui définisse une stratégie commune pour les différents acteurs.
Continuer à garantir la qualité des soins. Avec une attention particulière pour le cancer et les maladies chroniques.
Gare à l’environnement. Objectif : réduire nos émissions de CO2.
Mobilité renforcée. Notamment en signant un contrat de gestion ambitieux avec la SNCB.
De meilleurs services publics.
A moderniser et à simplifier. Entre les lignes, il esquissait aussi la voie d’un service minimum.
Sécurité renforcée. Parmi les priorités, la construction de nouvelles prisons.
Sans oublier l’Europe. Chère au cœur de Verhofstadt, qui plaide pour une ratification rapide des textes du Traité de Lisbonne.
Notre avis
Il faudra tout le volontarisme enthousiaste du Gantois pour concrétiser ces essais… A moins de prendre le pari qu’il n’est pas là que pour trois mois ?

Didier Reynders
Vice-Premier et Ministre des Finances et des Réformes institutionnelles MR


Ses priorités
Augmenter le pouvoir d’achat des citoyens. Ma priorité. Pour ce faire, il faut baisser l’impôt sur les revenus faibles et moyens. Cela permet par ailleurs de stopper l’engrenage des pièges à l’emploi. Comment, à quelle hauteur, ça, il faut voir les moyens dont on dispose et négocier cela en gouvernement. Dans la réforme fiscale, on avait prévu des marges.
Revoir à la hausse un certain nombre d’allocations sociales. Je souhaite que l’on puisse revaloriser un certain nombre d’allocations sociales. Pour les pensions, il faut supprimer la cotisation de solidarité.
Améliorer le statut des indépendants. Mon objectif est d’obtenir un rattrapage complet du statut des indépendants par rapport à celui des salariés. Pour cela, je souhaite que l’on pose une série de gestes concrets.
Notre avis
Des priorités très claires, autour desquelles les ailes centre-droit de Verhofstadt III devraient se retrouver. Reste à convaincre les socialistes – le cartel PS-CDH dirait Reynders. Le numéro deux du gouvernement devra surtout s’attacher à rédiger le programme socio-économique du futur Leterme Ier. Du pain sur la planche !

Charles Michel
Ministre de la Coopération au développement MR

Ses priorités
Finaliser les programmes indicatifs de coopération. J’entends finaliser les programmes qui viennent à échéance et qui n’ont pu être renouvelés en raison de la période d’affaires courantes. Cela concerne huit pays partenaires tels que l’Ouganda, la Palestine, le Bénin ou encore la Bolivie.
Les 0,7 % du PIB en 2010. Nous devrons négocier le budget 2008 de la coopération dans la perspective de tendre en 2008 vers l’objectif ambitieux qui vise à atteindre les 0,7 % du PIB à l’horizon 2010. C’est d’autant plus essentiel que nous devrons finaliser dans le premier trimestre 2008 les décisions de financement des programmes pluriannuels (3 ou 5 ans) des 58 ONG qui ont été agréées par le précédent gouvernement.
Améliorer la qualité de la coopération. Je souhaite mettre l’accent sur la qualité et l’efficacité de l’aide afin d’améliorer le rapport qualité/prix de nos contributions à l’étranger. Le rapport d’évaluation de l’aide bilatérale et les rencontres en cours avec les acteurs de la coopération serviront de base à la mise en œuvre de propositions concrètes de modernisation. Priorité à l’Afrique centrale. La priorité réservée à l’Afrique centrale est confirmée. A cet égard, la problématique des enfants-soldats dans les conflits armés constituera un thème central pour lequel la Belgique doit jouer un rôle moteur.
Notre avis
Les décisions de financement sont une urgence absolue pour les ONG. Quant aux 0,7 % du PIB en 2010, ils sont loin d’être acquis, eu égard aux choix posés par Verhofstadt II

Yves Leterme
Vice-Premier et Ministre du Budget, de la Mobilité et des Réformes institutionnelles CD&V

Ses priorités
Un budget pour 2008. La priorité des priorités, l’urgence des urgences, c’est la confection du budget 2008. Comme convenu entre partenaires du gouvernement intérimaire, nous devons nous réengager sur la voie du pacte de stabilité. Je vais proposer des mesures permettant de résorber le déficit constaté pour l’exercice 2007. Et je souhaite faire de même pour le budget 2008, afin de présenter une épure à l’équilibre. J’exposerai les paramètres de départ au conseil des ministres ce vendredi 11 janvier puis je proposerai un schéma de travail. Je veux absolument avoir bouclé le budget 2008 avant le 23 mars.
Augmenter le pouvoir d’achat. Dans ce contexte, je veux aussi, dès cette semaine, démarrer les discussions pour réaliser l’autre grand objectif de ce gouvernement intérimaire : soutenir le pouvoir d’achat. Il est encore trop tôt pour faire des propositions chiffrées. Mais j’ai toujours pour objectif de pouvoir augmenter les allocations et pensions les plus basses, au sein des marges budgétaires étroites qui sont les nôtres. Je veux mettre en œuvre cette mesure, en équilibre avec la perspective d’une réduction d’impôts sur les revenus bas et moyens.
Une solution pour le dossier des nuisances sonores. Comme ministre de la Mobilité, je voudrais créer, à bref délai, un climat de confiance et de dialogue qui permette de définir une solution durable dans le dossier des nuisances sonores autour de Zaventem.
Préparer la réforme de l’Etat. Comme annoncé dans la déclaration gouvernementale, je consacrerai également beaucoup de temps, comme ministre en charge des Réformes institutionnelles, à la préparation d’une réforme équilibrée d’un Etat fédéral renouvelé.
Notre avis
De tous les ministres provisoires, c’est lui qui a l’ordre de mission le plus ardu. Non, on ne pense pas au budget ni même aux nuisances sonores, même s’il s’agira là de deux tests pour ses talents (?) de négociateur… Mais que dire, alors, de la réforme de l’Etat, qu’il faudra aborder bien avant le 23 mars…

Inge Vervotte
Ministre de la Fonction publique et des Entreprises publiques CD&V

Ses priorités
Un nouveau contrat de gestion pour la SNCB. Je me suis immédiatement plongée dans la préparation des nouveaux contrats de gestion qui doivent être conclus avec les trois entités du groupe SNCB (le holding de tête, Infrabel, chargée des infrastructures, et la SNCB, responsable des opérations). Ils sont venus à échéance fin 2007 mais ont été prolongés, dans l’attente du nouveau gouvernement. Mes préoccupations principales, pour ces nouveaux contrats, sont la qualité du service offert aux voyageurs en général, la ponctualité des trains en particulier. Et je veillerai aussi à l’efficacité du fonctionnement au sein du groupe SNCB.
Préparer la libéralisation du marché des services postaux. Le 1er janvier 2011, le marché des services postaux sera libéralisé. Ce sera donc la fin du monopole de la Poste. Les Etats membres, dont la Belgique, doivent donc veiller à organiser le service universel, pour garantir à tous les citoyens la livraison de leur courrier. Notre pays doit, pour cela, prendre des mesures complémentaires. Pour permettre à la Poste ainsi qu’à d’éventuels concurrents de se préparer à ce nouvel environnement, je souhaite au plus vite prendre les mesures qui s’imposent. Je ferai donc, dans les prochains mois, des propositions, en concertation avec le gouvernement et les entreprises concernées.
A l’écoute des usagers. Je veux aussi poursuivre la professionnalisation et la convivialité des services publics. C’est pourquoi je veux mettre l’accent sur la gestion des plaintes dans tous les services publics.
Notre avis
Beaucoup d’ambition sur des dossiers sensibles que l’ex-syndicaliste devrait toutefois rapidement maîtriser.

31 décembre 2007

De Gucht incendie Verhofstadt III, De Wever réagit

Le ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht (Open VLD) s'interroge ce samedi dans « De Morgen » sur la viabilité du gouvernement intérimaire. « Le fait qu'il critique le gouvernement m'interpelle. Pourquoi est-il devenu ministre alors ? », a réagi le président de la N-VA Bart De Wever.

Dans une interview, il évoque les contradictions politiques inhérentes au gouvernement et craint de voir surgir une situation où les libéraux et les socialistes passent leur temps à se bloquer mutuellement. Selon lui, la grande réforme de l'État n'aura par ailleurs pas lieu.
Une semaine après l'installation du gouvernement intérimaire Verhofstadt III, M. De Gucht tire à boulets rouges sur le CD&V et Yves Leterme. « Leur plus grosse prestation a été de bloquer le pays après 6 mois », dit-il.
Karel De Gucht ne se montre pas pour autant plus enthousiaste face à la solution trouvée par Guy Verhofstadt : « Verhofstadt a formé un nouveau gouvernement qui n'est pas à proprement parler 'a thing of beauty'. Mais ce qu'il montre bien, c'est qu'il sait comment sortir d'une situation impossible. Alors que Leterme, dans une situation comme celle-là, fait plus de mal que de bien et dit que c'est la faute des autres ».
Selon lui, la N-VA a joué un rôle crucial dans l'échec des tentatives de formation d'un gouvernement. « Bart De Wever est quelqu'un qui peut arriver à un accord, car il dispose d'un sens raisonnable du cynisme. Mais un Bourgeois, une Brepoels, ce sont des personnes qui, de manière congénitale, sont incapables de conclure un accord. Ils tiennent le CD&V dans leurs griffes ».
Le ministre des Affaires étrangères ne voit pas non plus d'un bon œil la grande réforme de l'État annoncée par Leterme pour Pâques. « Le CD&V et la N-VA ont plongé le pays dans une situation telle qu'il est difficilement concevable de ne pas avoir de grande réforme de l'État. Mais est-ce que la Belgique a seulement besoin d'une grande réforme de l'État ? Est-ce qu'on va finalement commencer à m'expliquer à quoi cela doit effectivement ressembler ? ».
De Wever : une stratégie désastreuse
Le président de la N-VA, Bart De Wever, trouve peu conséquent que Karel De Gucht accepte de devenir ministre dans un gouvernement qu'il critique lui-même. Il ajoute que ce n'est pas la première fois que le ministre des Affaires étrangères ne prend pas ses responsabilités en matière communautaire.
« Le fait qu'il critique le gouvernement m'interpelle. Pourquoi est-il devenu ministre alors ? », s'interroge Bart De Wever. « Il parle d'une méfiance manifeste. Alors, le moins que l'on puisse dire c'est qu'il est peu conséquent d'entrer dans ce gouvernement. »
Le président de la N-VA précise que sur le plan communautaire, Karel De Gucht ne s'est jamais mouillé. Bart De Wever se demande d'ailleurs ce que cela cache comme stratégie. « Négocier et présenter à chaque fois le drapeau blanc, c'est une stratégie qui est à tous égards désastreuse », estime Bart De Wever.
Il pense que derrière les déclarations de Karel De Gucht se cache un jeu de parti politique dont l'intention est de nuire au cartel CD&V/N-VA et au Vlaams Belang en général. Il pense également que des motifs personnels peuvent expliquer les propos du ministre.
« Après huit ans de coalition violette dominée par les francophones, et plus particulièrement par le PS, et au sein de laquelle Karel De Gucht lui-même a dû faire de nombreuses concessions, je crois qu'il ne peut pas accepter qu'il y ait un parti (la N-VA) qui reste fidèle à sa ligne de conduite », ajoute Bart de Wever.

24 décembre 2007

Le Parlement accorde sa confiance au gouvernement transitoire

Les députés du Parlement, réunis exceptionnellement toute la journée dimanche, ont décidé sans surprise d'accorder leur confiance au nouveau gouvernement belge de transition mis en place pour trois mois. Un long débat à la Chambre, entamé dans la matinée, a débouché sur un vote de confiance au nouveau gouvernement provisoire vers 17h00. Au total 97 députés se sont prononcés pour, 46 contre, et un parlementaire s'est abstenu.

Chambre: le CD&V accorde sa confiance mais n'est pas aveugle
Le CD&V accordera son confiance au gouvernement intérimaire mais il ne s'agit pas d'une confiance aveugle, a averti le chef de groupe Servais Verherstraeten. Les chrétiens démocrates flamands se montreront au contraire vigilants, en particulier sur la réforme de l'Etat.


Di Rupo appelle chacun à faire un pas
Le président du PS, Elio Di Rupo, a pris dimanche la parole, en français et en néerlandais, au nom de son groupe lors du débat à la Chambre pour demander à chaque communauté de faire un pas vers l'autre dans les discussions institutionnelles qui viendront.

Verhofstadt III en toute confiance

Verhofstadt III est sur les rails. Vendredi, le Premier ministre avait livré sa déclaration gouvernementale à la Chambre. Dimanche, après huit heures de débats, il a obtenu la confiance des députés.

Le vote a été obtenu majorité (PS, MR, VLD, CD&V/N-VA et CDH) contre opposition (Ecolo, Groen, Vlaams Belang et Lijst Dedecker). Soit 97 oui et 46 non.
Comme annoncé, la N-VA a voté oui (pour soutenir l’aile CD&V du gouvernement…) mais une élue s’est abstenue pour marquer la défiance du parti nationaliste à l’égard d’un gouvernement dirigé par Guy Verhofstadt, le Premier ministre que l’on n’attendait plus et que la N-VA veut voir décamper le plus vite possible…
Le vote de confiance acquis, le gouvernement peut se mettre au travail. Au fait, ces prochains jours vont surtout permettre aux ministres de s’installer et former leurs cabinets. On sera donc en janvier quand ce gouvernement se mettra à vraiment tourner.
Le vote de confiance a conclu un débat d’intérêt variable. Il a fait percer une certitude : si l’institutionnel promet des étincelles, ce sera chaud aussi sur le socio-économique. Le PS a répété qu’il voulait apporter une « empreinte sociale forte » à un gouvernement dont Bart Tommelein (VLD) attend une « politique avec des accents libéraux forts. » Daniel Baquelaine (MR), lui aussi, a annoncé la couleur. Il soulignera qu’il n’y a pas de « pensée unique francophone » sur le socio-économique comme il en existe une sur l’institutionnel. Au passage, il moque le CDH : « Il est sain que les partis de gauche comme le PS et le CDH expriment leur sensibilité. Nous, nous développerons notre projet. » Piqué au vif, Melchior Wathelet (CDH) lui renverra : « Certains partenaires n’arrivent pas à s’extraire d’un jeu politique de bac à sable. »
Servais Verherstraeten, le nouveau chef du groupe CD&V (il remplace Pieter De Crem, devenu ministre), se fait applaudir quand il salue l’effort de Verhofstadt pour former ce gouvernement intérimaire. Et se fait huer quand il précise aussitôt que, tout de même, la « mission d’Yves Leterme était plus lourde. » Il tente de rassurer ses francophones : « La demande d’une réforme n’est pas axée sur le souci d’un bien-être flamand qui serait au détriment de la Wallonie ». Puis : « Toutes les réformes de l’Etat ont été des compromis. Celle-ci le sera aussi. Il faudra un “win win”. Et que ceux qui s’opposent à une réforme sachent qu’ils risquent de rendre ce pays ingouvernable ».
Jean-Marc Nollet (Ecolo) retient que les partis du Verhofstadt III se sont d’abord préoccupés de leurs postes ministériels avant de se soucier du contenu. Puis : « Vous dites avoir arrêté le compteur de la crise. Sachez que d’autres compteurs continuent de tourner : les compteurs du gaz, de l’électricité et du mazout… »
Bacquelaine revient sur la réforme de l’Etat et pose les balises du MR : « Nous ne souscrirons à aucune réforme susceptible d’atteindre aux droits et libertés des citoyens. Les droits attachés à la personne revêtent une portée universelle qu’aucune réforme ne pourra altérer. » Autre message : si on fédéralise des compétences (de l’Etat vers les régions), l’inverse doit être possible aussi.
Bart de Wever (N-VA) dit son parti « prêt à des compromis honorables ». Mais : « Pas question de s’aplatir. On ne l’a jamais fait. On ne le fera jamais ». Il explique pourquoi la N-VA n’a pas embarqué dans le gouvernement : « La réforme de l’Etat est, pour nous, plus importante. Les choses urgentes peuvent être gérées par d’autres. »
Elio Di Rupo, président du PS, intervient : « Aujourd’hui, après le désarroi, c’est le soulagement. Le PS s’était placé dans l’opposition. Je n’adresse aucun reproche à celles et ceux qui ne sont pas joints au gouvernement. Mais j’ai estimé qu’il était de mon devoir et celui de mon parti de prendre ses responsabilités. L’opposition est utile. Elle est souvent stérile pour résoudre les problèmes des gens. » Sur la réforme de l’Etat : « Nous devons retrouver le fil de la négociation constructive, pour mieux faire évoluer la Belgique. Je pense qu’il faut le faire pour tous et avec tous. C’est-à-dire, selon moi, avec une majorité parlementaire plus large encore que celle que compte le gouvernement qui se met en place. » En… néerlandais, il prônera la recherche de formules win-win pour apporter une meilleure qualité de vie à tous.
En clôture du débat, Verhofstadt répliquera au Belang qui disait représenter la Flandre. « Non. Vous ne représentez qu’une minorité de la Flandre, celle qui veut le séparatisme. » Le Premier ministre évoque le Fonds mazout, dont on tentera d’élargir les bénéficiaires. « Mais le carcan budgétaire est là. N’attendez pas de miracle. Mais ce que nous pourrons faire, nous le ferons… »
Réforme de l’Etat : le CD&V demande que le Groupe des 12, qui préparera le terrain dès janvier, associe les Régions. Verhofstadt parle plutôt d’un « contact permanent » entre le groupe et les régions. Puis : « Nous avons 25 ans de réformes institutionnelles derrière nous. Nos prédécesseurs sont parvenus à construire un état fédéral en dialoguant. » Il appelle chacun à se délivrer de ses tabous et « no pasaran ». Pour conclure : « Nous vivons dans un pays fantastique, sans chauvinisme. Avec des gens courageux, qui travaillent dur. Faisons la même chose ! »



Flahaut hostile à l'idée d'un service militaire volontaire de De Crem
L'ancien ministre de la Défense, André Flahaut (PS), a accueilli avec irritation la proposition de son successeur, Pieter De Crem (CD&V), d'instaurer un service militaire sur base volontaire."C'est un con, il ne connaît rien au dossier", a affirmé M. Flahaut samedi soir à l'agence BELGA, en insistant sur ce qualificatif.Il a aussi accusé son successeur de vouloir "mettre en oeuvre une politique de droite".

Aimez-vous les uns les autres...
Cet homme-là, c'est bien connu, connaît les trucs et les ficelles pour vous mettre un auditoire en poche. Vendredi après-midi, après avoir presté serment devant le Roi dans la matinée, Guy Verhofstadt a déclamé son programme gouvernemental en vue de l'intérim dans lequel il vient de se jeter corps et âme. Et il n'a pas dérogé à sa règle : faire tinter la corde de l'émotion.

22 décembre 2007

Verhofstadt prend trois mois ferme

LE PREMIER MINISTRE a un programme en 10 points.
Une mission : le « dialogue » Nord-Sud. Et une coalition déchirée.
-Bravissimo, ma non per tutti : zéro (presque) applaudissement sur les bancs du CD&V et de la N-VA à la fin du discours de Guy Verhofstadt vendredi à la Chambre…
Les libéraux l’ovationnent, les socialistes ne sont pas en reste, les centristes humanistes suivent, les chrétiens-démocrates flamands, eux, se réservent pour le 23 mars, et le passage du témoin à leur Numero Uno, Yves Leterme, comme c’est prévu, et comme l’a confirmé à la tribune le Premier ministre du gouvernement intérimaire. Les voilà rassurés ? Dans les couloirs, « off the record », certains députés maintiennent : « Vous verrez, Guy, il va rester. On ne pourra pas faire autrement… »
En attendant, le chef du gouvernement intérimaire a tracé devant ministres et députés un programme de trois mois en dix points forts – de quoi tenir trois ans, s’il le fallait. On résume.
Un : confectionner un budget 2008 en équilibre alors que les comptes trahissent un déficit oscillant entre 0,4 % et 0,7 % du produit intérieur brut.
Deux : soutenir le pouvoir d’achat, via, notamment, l’augmentation des allocations sociales les plus basses, leur adaptation au bien-être, des réductions d’impôts sur les bas et moyens revenus, la limitation des hausses de prix, notamment de l’énergie, l’extension du fonds mazout.
Trois : alléger les charges sur le travail en équipe dans les entreprises, accorder une attention particulière aux PME et au statut social des indépendants.
Quatre : augmenter le taux d’emploi au terme d’une stratégie coordonnée entre le fédéral, les entités fédérées, les partenaires sociaux ; favoriser la mobilité géographique, professionnelle ainsi que la formation des demandeurs d’emploi ; réduire le coût du travail pour les bas salaires ; mettre en œuvre le Pacte de solidarité entre les générations.
Cinq : garantir le financement des soins de santé, affecter 340 millions aux dossiers urgents tels que l’accord Médico-mut, le traitement des malades chroniques, l’extension du maximum à facturer ; lancer un plan général de lutte contre le cancer.
Six : accroître la concurrence sur le marché énergétique en faveur des consommateurs ; mettre en œuvre les nouveaux objectifs Kyoto, développer les sources d’énergies renouvelables ; réduire les émissions de CO2, notamment dans le secteur résidentiel.
Sept : conclure de nouveaux contrats de gestion avec la SNCB, appliquer les états généraux de la sécurité routière.
Huit : poursuivre la simplification administrative.
Neuf : renforcer le plan d’action sur l’application des peines et la surpopulation carcérale ; développer des solutions alternatives pour la détention de familles avec enfants dans les centres fermés ; appliquer la loi sur les gardiens de la paix.
Dix : ratifier les textes du traité européen de Lisbonne.
En conclusion, un Verhofstadt provisoire mais qui ne craint pas le catalogue, et dix fois volontaire avec ça, car l’heure est grave : « La méfiance est la pire des choses qui peut arriver à la politique. » Or, ce sentiment « croît » dans la population après six mois de crise…
Guy Verhofstadt rappelle que Didier Reynders, vice-Premier, coachera un groupe de travail économie-écologie, en vue du gouvernement définitif. Pendant qu’Yves Leterme, l’autre vice-Premier, s’occupera d’institutionnel, ouvrant la discussion le 9 janvier dans un groupe de douze membres issus des partis, baptisé « Octopus », lui aussi pour anticiper l’exécutif de mars, et plus encore : car ce qui compte, explique Verhofstadt, c’est de « poursuivre le chemin du dialogue » dans un pays qui est « toujours parvenu à résoudre tout conflit, éclaircir toute contradiction, mener à bien tout débat, sans effusion de sang, sans cicatrices indélébiles, sans rancune ».
Hors hémicycle, Bart De Wever confirme l’abstention N-VA dimanche 23 décembre, qui ne votera pas la confiance à quelque gouvernement avant de voir advenir la réforme de l’Etat. Ils trépignent dans le cartel d’Yves Leterme !

L’urgence à l’économie pour Verhofstadt

Le Premier ministre Guy Verhofstadt a énoncé un programme limité en dix points à la Chambre à l’occasion de son allocution portant le gouvernement intérimaire. Verhofstadt et ses 13 ministres ont prêté serment ce matin devant le roi Albert II. Le trombinoscope du nouveau gouvernement.


Le gouvernement Verhofstadt III entend s’atteler à la confection d’un budget pour l’année 2008. « Nous devons nous réengager, dans les plus brefs délais, sur la voie du pacte de stabilité », a indiqué le premier ministre.
La coalition intérimaire a la volonté de résorber le déficit prévu pour l’année 2008, lequel devrait osciller entre 0,4 et 0,7 % du PIB.
L’exécutif a par ailleurs fait connaître son intention de soutenir le pouvoir d’achat de la population. Guy Verhofstadt a évoqué dans sa déclaration « une combinaison équilibrée d’augmentations des allocations les plus basses et d’adaptations au bien-être supplémentaires, en particulier pour les pensions, ainsi que des réductions d’impôt ciblées sur les bas et moyens revenus ». Le Premier ministre a également annoncé, en vue de contenir la hausse des prix, la conclusion « d’accords visant les secteurs tels que l’énergie et la distribution », « un suivi de l’évolution des prix, par des réductions de charges sur les produits énergétiques, l’extension du fonds mazout et une évaluation des tarifs sociaux ».
Comme annoncé, le gouvernement prévoit d’accorder « un ballon d’oxygène supplémentaire à l’industrie, plus particulièrement au travail en équipes et à l’économie de la connaissance ».
Stratégie pour l’emploi
En matière d’emploi sera élaborée « une stratégie commune avec les entités fédérées et les partenaires sociaux ». Par ailleurs, la politique d’activation sera « évaluée » en vue d’améliorer « l’accompagnement des demandeurs d’emploi dans le cadre d’un suivi renforcé ». Enfin, la mise en oeuvre du Pacte de solidarité entre les générations sera clôturée.
Soins de santé
En ce qui concerne les soins de santé, le gouvernement « exécutera strictement les décisions émanant du Conseil général » de l’INAMI. Le 15 octobre, le Conseil général de l’INAMI a approuvé le budget 2008 de l’assurance-maladie, confirmant la norme de croissance de 4,5 %. Par ailleurs, en concertation avec les entités fédérées, un plan général de lutte contre le cancer sera introduit.
Réduire les émissions de CO2
Dans le chapitre « Environnement », Guy Verhofstadt a évoqué la poursuite de l’effort en vue de réduire les émissions de CO2, tout en veillant à « soutenir les Régions, les industries et l’Union européenne dans la recherche de solutions aux problèmes qui se posent en matière d’allocations de quotas de CO2 pour la période 2008-2012 ».
La déclaration fait encore référence, en vrac, à la recherche de « règlements qui garantissent la continuation des prestations de services aux citoyens » (service minimum), au développement de « solutions alternatives » à la détention de familles avec enfants dans les centres fermés, à la mise en oeuvre de la loi sur la sécurité civile.
Enfin, Guy Verhofstadt a enjoint les différentes assemblées du pays à ce qu’elles ratifient rapidement le traité de Lisbonne visant à assurer « plus de démocratie et plus d’efficacité en Europe ».
Le Premier ministre a annoncé le développement d’une stratégie de communication active concernant la Belgique.
Verhofstadt demande la confiance
Le Premier ministre a replacé la formation du gouvernement intérimaire dans le contexte de la crise qui mine le pays depuis environ six mois. Il a énuméré le programme en dix points du gouvernement en vue de répondre dans l’urgence aux besoins de la population mais a mis en exergue l’inéluctable débat qui s’annonce sur la réforme des institutions et dont le résultat doit pouvoir servir à renforcer la prospérité.
« Bien entendu, notre pays n’est pas immunisé contre les conflits d’idées, de valeurs ou de culture. Ce n’est pas pour rien que nous vivons au carrefour de la culture européenne. Cependant, lorsque ces conflits désemparent une population, l’affaiblissent, ou risquent même de la paralyser, nous devons opter pour la voie qui a toujours constitué le fondement de notre prospérité : la voie du dialogue », a-t-il dit.
Le premier ministre a répété qu’il ne présiderait aux destinées du gouvernement que pendant une période limitée. « Au plus tard le 23 mars, le dirigeant de la principale formation, Yves Leterme, sera présenté pour mettre sur pied le gouvernement définitif », a reprécisé Guy Verhofstadt.
En vue de la constitution de ce gouvernement définitif, deux négociations parallèles seront lancées au début de l’année prochaine sous l’égide des deux vice-premiers ministres, a rappelé le premier ministre.
Présidé par Yves Leterme, un groupe « octopus », installé le 9 janvier, sera chargé de préparer la réforme de l’Etat ou en d’autres termes de réaliser un « Pacte en faveur d’un Etat fédéral renouvelé ». Il sera composé de douze membres « provenant des grands groupes démocratiques ». Les présidents de la Chambre et du Sénat pourront être conviés aux réunions. Le premier ministre soumettra lors du lancement des travaux de l’octopus sa note personnelle sur la réforme institutionnelle rédigée dans le cadre de sa mission d’information.
Par ailleurs, sous la direction de Didier Reynders, des discussions seront également menées sur les « défis économiques et écologiques majeurs », ainsi que sur « les problèmes de cohésion sociale ».
Le gouvernement définitif sera lui formé « à partir des formations qui constituent le gouvernement » intérimaire, a dit Guy Verhofstadt.
Le premier ministre a été longuement applaudi sur les bancs de la majorité, à l’exception du groupe CD&V/N-VA dont les députés ont réservé un accueil retenu à la déclaration de politique générale.
La Chambre votera dimanche la confiance au gouvernement.

Leterme a prêté serment uniquement en néerlandais

Yves Leterme a-t-il une nouvelle fois voulu provoquer les francophones? Ce vendredi matin, celui qui prétend être la seule personnalité politique légitime pour gouverner le pays a en tout cas prêté serment uniquement en néerlandais et non dans les trois langues nationales comme le veut la tradition. Même si la Constitution ne prévoit pas d'obligation dans ce domaine, il s'agit d'une décision lourde de sens et d'une énième provocation envers les francophones. Le Vice-premier et ministre du Budget y a sans doute vu une manière de s'adresser à son électorat flamand et leur assurer qu'il tiendra ses promesses électorales. Chargé aussi des réformes institutionnelles dans ce gouvernement intérimaire, il affirme déjà sa volonté de rester Flamand avant d'être Belge.Ce qui est loin du rôle d'un Premier ministre qu'il devrait endosser d'ici trois mois. Il devra alors à nouveau prêter serment. Seulement en néerlandais? (7sur7)
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Les principales étapes depuis les élections du 10 juin

Au lendemain des élections, Didier Reynders est désigné informateur par le Roi.
Désigné médiateur, Jean-Luc Dehaene claque la porte, échaudé par la "trahison" d'Yves Leterme.
Désigné formateur, Yves Leterme convie l'Orange bleue à Val Duchesse. Un lieu maudit.
Herman Van Rompuy, l'explorateur ou l'éclaireur.
Les Flamands imposent un vote sur BHV en Commission de l'Intérieur. Les Francophones, médusés, quittent la séance.
Armand De Decker et Herman Van Rompuy sont appelés par le Roi au lendemain du vote flamand sur BHV en Commission de l'Intérieur.
Début de semaine dernière, Leterme rend une note communautaire acceptée par le cdH, le MR et Open VLD. Bart De Wever et la N-VA refusent. La fin est proche.
Trois questions et un ultimatum qui ne trouvent réponses suffisantes. Yves Leterme démissionne.Près de six mois après les élections législatives du 10 juin, le Roi Albert II aura vu défiler au Château du Belvédère différentes personnalités appelées à former un gouvernement de centre-droit, puis à sortir les négociations de la crise. De l'informateur au formateur (bis) en passant par un médiateur, un explorateur-éclaireur et des réconcialteurs, aucun n'aura finalement atteint l'objectif final. - 12 juin: deux jours après les élections législatives qui ont vu la victoire du cartel CD&V/N-VA en Flandre et du MR du côté francophone, le président du MR Didier Reynders est nommé informateur par le Roi. - 4 juillet: la complexité de la situation est telle que le Roi ne désigne pas tout de suite un formateur, mais un médiateur. L'ancien premier ministre Jean-Luc Dehaene (CD&V) est chargé de "déminer" le terrain et de convaincre le cdH d'entrer dans une coalition orange bleue. M. Dehaene doit ouvrir la voie à la désignation d'un formateur. - 15 juillet: Jean-Luc Dehaene remet son tablier. Il n'aurait pas apprécié l'impatience d'Yves Leterme (CD&V), "Monsieur 800.000 voix" élu sénateur aux dernières élections, qui aurait commencé à négocier dans son dos. Le jour même, le Roi nomme ce dernier formateur d'un nouveau gouvernement rassemblant les partis le cartel CD&V/N-VA, le cdH et les libéraux francophones et flamands. - 23 août: l'opposition entre négociateurs francophones et flamands sur la réforme de l'Etat pousse Yves Leterme à démissionner une première fois. - 29 août: Herman van Rompuy (CD&V) entre en piste après que le Roi a consulté une série de ministres d'Etat qui ont déjà été mêlés à la résolution de crises institutionnelles. Le président de la Chambre, ancien ministre des Affaires institutionnelles, est chargé d'une mission inédite d'exploration. Qualifié d'explorateur, on l'appelle "éclaireur" (verkenner) au nord du pays.- 29 septembre: l'ancien ministre-président flamand Yves Leterme est renommé formateur, le Roi ayant estimé que suffisamment d'éléments de convergence étaient apparus durant la mission d'Herman Van Rompuy. Les négociateurs engrangent des accords partiels sur les dossiers socio-économiques, mais n'avancent pas sur la réforme de l'Etat. - 8 novembre: au lendemain du vote flamand en Commission de la Chambre sur la scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde, le Roi demande aux présidents de la Chambre, Herman Van Rompuy, et du Sénat, Armand De Decker (MR) de "prendre une initiative" afin d'entamer un dialogue sur la poursuite de l'élaboration équilibrée des institutions du pays. Dans leurs travaux, les deux "réconciliateurs" préconisent la création d'une Convention composée de parlementaires, de membres du gouvernement fédéral et des gouvernements régionaux et communautaires. - Le 26 novembre, trois partis de l'Orange bleue (MR, cdH et Open Vld) acceptent le principe de confier à la Convention le soin de préparer la réforme de l'Etat, mais le parti d'Yves Leterme, le CD&V, et son allié la NV-A exigent plus de concessions des francophones - 1er décembre: après d'ultimes pourparlers et un "ultime ultimatum" portant sur un cadre de négociations communautaires, Yves Leterme remet sa démission au Roi, au 174e jour de crise que traverse la Belgique sans gouvernement. Il reconnaît qu'il n'a pas été possible de trouver des accords clairs entre tous les partis à la table des négociations.

Une déclaration en dix points pour Verhofstadt III

Le premier ministre Guy Verhofstadt a énoncé un programme limité en dix points vendredi à l'occasion de son allocution portant le gouvernement intérimaire. Les grandes lignes de ce programme étaient déjà connues.Le gouvernement Verhofstadt III entend s'atteler à la confection d'un budget pour l'année 2008. "Nous devons nous réengager, dans les plus brefs délais, sur la voie du pacte de stabilité", a indiqué le premier ministre. La coalition intérimaire a la volonté de résorber le déficit prévu pour l'année 2008, lequel devrait osciller entre 0,4 et 0,7 pc du PIB. L'exécutif a par ailleurs fait connaître son intention de soutenir le pouvoir d'achat de la population. Guy Verhofstadt a évoqué dans sa déclaration "une combinaison équilibrée d'augmentations des allocations les plus basses et d'adaptations au bien-être supplémentaires, en particulier pour les pensions, ainsi que des réductions d'impôt ciblées sur les bas et moyens revenus". Le premier ministre a également annoncé, en vue de contenir la hausse des prix, la conclusion "d'accords visant les secteurs tels que l'énergie et la distribution", "un suivi de l'évolution des prix, par des réductions de charges sur les produits énergétiques, l'extension du fonds mazout et une évaluation des tarifs sociaux". Comme annoncé, le gouvernement prévoit d'accorder "un ballon d'oxygène supplémentaire à l'industrie, plus particulièrement au travail en équipes et à l'économie de la connaissance". En matière d'emploi sera élaborée "une stratégie commune avec les entités fédérées et les partenaires sociaux". Par ailleurs, la politique d'activation sera "évaluée" en vue d'améliorer "l'accompagnement des demandeurs d'emploi dans le cadre d'un suivi renforcé". Enfin, la mise en oeuvre du Pacte de solidarité entre les générations sera clôturée". En ce qui concerne les soins de santé, le gouvernement "exécutera strictement les décisions émanant du Conseil général" de l'INAMI. Le 15 octobre, le Conseil général de l'INAMI a approuvé le budget 2008 de l'assurance-maladie, confirmant la norme de croissance de 4,5 pc. Par ailleurs, en concertation avec les entités fédérées, un plan général de lutte contre le cancer sera introduit. Dans le chapitre "Environnement", Guy Verhofstadt a évoqué la poursuite de l'effort en vue de réduire les émissions de CO2, tout en veillant à "soutenir les Régions, les industries et l'Union européenne dans la recherche de solutions aux problèmes qui se posent en matière d'allocations de quotas de CO2 pour la période 2008-2012". La déclaration fait encore référence, en vrac, à la recherche de "règlements qui garantissent la continuation des prestations de services aux citoyens" (service minimum), au développement de "solutions alternatives" à la détention de familles avec enfants dans les centres fermés, à la mise en oeuvre de la loi sur la sécurité civile. Enfin, Guy Verhofstadt a enjoint les différentes assemblées du pays à ce qu'elles ratifient rapidement le traité de Lisbonne visant à assurer "plus de démocratie et plus d'efficacité en Europe". Le premier ministre a annoncé le développement d'une stratégie de communication active concernant la Belgique. (belga/7sur7)
Lire aussi: Le Roi a nommé les ministres
Lire aussi: Paul Magnette surpris par sa nomination au fédéral
Lire aussi: Leterme a prêté serment uniquement en néerlandais
Lire aussi: Écolo dénonce un manque d'enthousiasme
Lire aussi: Le soulagement prévaut au cdH
Lire aussi: Guy Verhofstadt demande la confiance pour relancer le dialogue
Lire aussi: Le MR insiste sur l'appel à la confiance et au dialogue
Lire aussi: Le sp.a dénonce un mariage forcé
Lire aussi: Le PS relève quelques points "très concrets"
Lire aussi: L'important est le consensus pour le CD&V

21 décembre 2007

A Pâques ou à la Trinité ?

Guy Verhofstadt réaffirme avec force qu'il quittera ses fonctions de Premier ministre le 23 mars 2008. Histoire de forcer un accord institutionnel avant Pâques. Il propose un "Pacte pour un Etat fédéral renouvelé". Le CD & V n'apprécie pas. Déjà !
Cent nonante-quatre jours de crise : cette fois, plus de doute. Les journaux et les télévisions arrêteront le compteur de la crise ce vendredi. Il n'y aura pas de 195e jour de crise. C'est aujourd'hui, en effet, à dix heures du matin, que le gouvernement de Guy Verhofstadt ira prêter serment entre les mains du roi Albert II, au Palais de Laeken.

La fine équipe (au PS, les 3 ministres seront finalement Laurette Onkelinx, Christian Dupont et Paul Magnette qui quittera la Région wallonne pour prendre en charge l'Environnement et la Consommation) reviendra ensuite au Parlement, pour une photo, sans le Roi cette fois. Suivra le premier Conseil des ministres du gouvernement Verhofstadt III dans la toute nouvelle salle du "16" rue de la Loi qui aurait dû être inaugurée il y a quelques semaines déjà. Une inauguration que, par décence, Guy Verhofstadt a reculée. Le Premier ministre ira ensuite lire la déclaration gouvernementale à la Chambre puis au Sénat. Le débat aura lieu dimanche matin à la Chambre et le vote définitif est attendu dimanche vers 16 heures. Au Sénat, il est possible que le débat ait lieu le lundi 24, à quelques heures du réveillon.
Le programme du gouvernement sera en fait assez succinct : il tiendra en dix points (voir ci-dessous).
Que le combat commence...
Les choses sérieuses commenceront donc en janvier. Le gouvernement Verhofstadt III (le p'tit troisième comme l'appelle la presse flamande) aura deux tâches principales : lancer la réforme de l'Etat dans le but d'arriver à un accord sur les contours de celle-ci avant Pâques et définir un ensemble de mesures socio-économiques.
C'est bien Yves Leterme, futur vice-Premier ministre et ministre des Réformes institutionnelles qui présidera le groupe de 12, chargé de négocier la réforme de l'Etat (voir page suivante). Mais c'est bien Guy Verhofstadt qui, dès le lancement des travaux, début janvier, alimentera la réflexion institutionnelle avec une note personnelle intitulée "Pacte pour un Etat fédéral renouvelé". Son but, en déposant cette note, est de lancer le combat car, depuis 6 mois, sur le ring institutionnel, les boxeurs n'ont fait que s'observer, sans jamais s'affronter. Il ne faudra pas attendre janvier : le CD & V a déjà incendié l'initiative de Guy Verhofstadt.
Que contiendra le document du Premier ministre, document qu'il glissera dans le rapport sur sa mission de formation qu'il confiera au Roi dans quelques jours ? Il y a presque un an, lors du discours aux Corps Constitués, il avait esquissé les contours d'une "Fédération de Belgique" qui, grâce aux réformes négociées, devrait remédier aux failles du système actuel comme l'éparpillement des compétences. À l'époque, il avait également souligné la nécessité, pour les entités fédérées, d'être responsables financièrement de leur politique et l'urgence de trouver un règlement négocier à la question de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Son credo était et est toujours : ni séparatisme ni immobilisme.
Mais pourquoi diable Guy Verhofstadt a-t-il choisi le 23 mars 2008 pour faire mourir le gouvernement intérimaire ? "Parce que ce seront les vacances de Pâques"...
Il faudrait donc ignorer les commentaires de ceux qui voient "Numero Uno" s'incruster au "16", rue de la Loi.. Vendredi après-midi, lors d'une rencontre informelle avec les journalistes politiques, Guy Verhofstadt n'a laissé aucune place au doute : quoi qu'il arrive, il partira le 23 mars 2008 et laissera le fauteuil au leader naturel du plus grand parti flamand, Yves Leterme. Une manière, sans doute, de mettre la pression sur les épaules de son successeur.
L'Europe, l'Europe, l'Europe
Il faudra donc s'habituer à ne plus voir, au "16" la silhouette un peu voûtée de ce passionné de tout... Que fera-t-il alors ? Il sera toujours sénateur. Mais il a déjà une autre idée, européenne évidemment. Il souhaite parcourir l'Europe, des Balkans à l'Ecosse et de la pointe de la Scandinavie à l'Espagne à la recherche de la vraie multiculturalité européenne. Car il en est persuadé : le côté cosmopolite de l'Europe est malheureusement en recul. Avant, dans certains villages des Balkans, explique-t-il, il y avait un vrai métissage : on trouvait encore des villages où l'on parlait jusqu'à 8 langues.
On s'éloigne, on s'éloigne, direz-vous. Si peu. Car l'homogénéisation linguistique, certains en rêvent aussi pour la Belgique.

20 décembre 2007

L’union CD&V/NVA, VLD, MR, PS, CDH difficile à vivre

Pas de cadeaux pour Verhofstadt III

CONFLITS ET POLÉMIQUES traversent la toute nouvelle coalition pentapartite. Pendant que Verhofstadt prépare son entrée au Parlement.

Le gouvernement bientôt, mais pas la paix. On ne sort pas indemne d’une mêlée de six mois. Alors ? Alors, avez-vous entendu Didier Reynders mercredi matin, interviewé à la RTBF-radio ? Pour la première prestation d’un nouveau « premier » vice-Premier ministre, on se croyait presque en campagne électorale. La résolution de la crise ? Lui et Guy Verhofstadt en sont les artisans, entendez la famille libérale, qui a réglé l’affaire en quinze jours après que la chrétienne-démocrate, et ses explorateurs-démineurs-formateurs, eut plongé le pays dans le noir près de 200 jours. Les difficultés ces dernières 48 heures ? Certains réclamaient des mandats, il fallait régler ça… Au CDH, on s’étrangle. Au PS aussi.
Et puis il y a cette thèse qui a la cote chez les libéraux, celle du « cartel PS-CDH », voire d’un « préaccord électoral » (lire en page 6), qui explique l’échec de l’Orange bleue… Une thèse potentiellement dévastatrice pour les relations entre partenaires.
En quelque sorte, Didier Reynders dit la vérité de cette coalition pentapartite asymétrique, disparate, conflictuelle dans tous les sens ; une coalition de Noël, toute boules et guirlandes. Sans programme au départ, et intérimaire. Mais aussi une coalition conçue aux forceps. De secours. Presque de salut national après les déchirures que l’on a connues. Mais qui a tout à prouver. À commencer par sa capacité à dépasser les dissensions entre gens qui se toisent, parfois jusqu’à la détestation. Certains disent : « fédérer les partenaires », « apaiser », « tourner la page », « pas de rancœur », « rétablir la confiance »… On verra.
Il n’y a pas que les francophones, d’ailleurs. Qui peut croire qu’au Nord, un Guy Verhofstadt et un Yves Leterme puissent être à l’unisson ? Qu’ils partent à l’aventure en bons copains ? Il nous revient ceci : le CD&V, et Yves Leterme en particulier, s’attribue l’idée d’avoir proposé Josly Piette comme ministre CDH, un nom qui a fait consensus directement, même en pleine bisbrouille autour du CDH et du veto MR à son encontre. Eh bien non : Guy Verhofstadt a eu l’idée. Lui s’est souvenu du syndicaliste fréquenté durant la négociation pour le pacte des générations. Et le formateur-Premier ministre n’a pas du tout apprécié de voir le chrétien-démocrate tirer la couverture à lui. L’épisode le montre : c’est tendu. Fragile.
Alors, Guy Verhofstadt accélère. Surtout, ne pas s’égarer. Rester concentré. Hier, il a fait défiler un à un au « Seize » les présidents des partis de la majorité en leur soumettant son brouillon de discours de politique générale, qu’il prononcera vendredi au Parlement, au nom de son Verhofstadt III, cela avant de réclamer la confiance à la Chambre dimanche.
Un discours en une dizaine de points (Le Soir de lundi) : réaliser un budget 2008 en équilibre ; assurer la liaison des allocations sociales au bien-être ; baisser les impôts sur les bas et les moyens revenus ; agir sur les prix de l’énergie pour les citoyens ; soutenir les entreprises ; prolonger le pacte des générations ; conforter les soins de santé ; relever les pensions ; assumer les engagements écologiques de Kyoto ; développer une politique de mobilité… Un programme d’urgence.
Rien à voir avec les groupes de travail sur le socio-économique et sur l’institutionnel, coachés par Didier Reynders et Yves Leterme, qui verront le jour en janvier, et annonceront le gouvernement définitif, du 23 mars 2008, lorsque Guy Verhofstadt et Verhofstadt III céderont le témoin à Yves Leterme et Leterme Ier. Et que viendra le temps de la réforme de l’Etat. Ne l’oublions pas.