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13 juin 2008

Et si on n’indexait plus les gros salaires ?

GUY QUADEN, le gouverneur de la Banque nationale, dresse le bulletin de santé de l’économie belge et lance une piste : « Faut-il indexer de la même manière un salaire de 1.000 euros et un salaire de 10.000 ? »

L’inflation était partout à Bruxelles ce jeudi. Dans les rues et sous la pluie le temps d’une manifestation sur le thème du pouvoir d’achat mais aussi dans les bureaux feutrés de la Banque nationale, où le gouverneur Guy Quaden dressait, comme tous les six mois, le bulletin de santé de l’économie belge.
L’intéressé y est notamment allé d’une « réflexion personnelle » qui ne devrait pas rester sans suites. « Je comprends parfaitement l’indexation des petites pensions, des bas salaires et jusqu’à un certain point des salaires moyens. L’idée première de l’indexation était de préserver la capacité des ménages à acquérir les biens de première nécessité et on doit donc protéger les plus faibles de la hausse du prix des produits énergétiques et alimentaires. Mais tous les revenus doivent-ils automatiquement être augmentés quand l’inflation grimpe ? Doit-on indexer de la même manière un salaire de 1.000 euros et un salaire de 5.000 ou 10.000 euros ? Je pose la question, sans plus. Sur ce terrain, les décisions reviennent aux interlocuteurs sociaux. Ils devront prendre leurs responsabilités, en connaissance de cause, lors du prochain cycle de négociations salariales, dans la seconde partie de l’année. »
Voilà qui ne manquera pas d’alimenter les positions des uns et des autres (syndicats, patronat, politiques) à six mois de la grande négociation bisannuelle qui doit dégager un nouvel accord salarial pour 2009 et 2010.
Guy Quaden ajoute : « Nous avons en Belgique un système de formation des salaires quasi unique qui repose sur deux piliers : l’indexation automatique et la norme salariale (laquelle balise la progression des salaires pour deux ans, elle est actuellement de 5 %, NDLR). Ce système a bien fonctionné jusqu’ici et j’espère qu’il continuera à bien fonctionner, mais cette année est un test. » Un test, 2008 ? Avec l’inflation du moment, « l’indexation des salaires sera plus élevée que ce qui avait été prévu lors des dernières négociations, situe le gouverneur, la norme sera donc dépassée ». C’est dans ce contexte tendu qu’il va falloir négocier la nouvelle norme. Si le gouverneur n’a pas explicitement invité à la modération salariale, son appel à la « responsabilité collective » s’en rapproche furieusement…
L’inflation pose d’autant plus problème qu’elle est actuellement plus élevée en Belgique qu’ailleurs en zone euro (4,1 % contre 3,4 % prévus cette année). Pourquoi ? Parce que, selon la BNB, les augmentations de prix de trois groupes de produits ont pesé plus lourd chez nous : carburants et mazout (le Belge se chauffe plus au mazout que l’Européen moyen, selon la BNB), produits alimentaires transformés (le Belge mange plus de pain et de céréales), gaz et électricité (les tarifs de distribution ont décollé en Belgique cette année).
Au reste, l’inflation n’est pas le seul indicateur à s’être détérioré ces derniers mois. La crise financière mondiale, le blues de l’économie américaine et l’euro fort ajoutent leurs effets, freinant au final tous les moteurs économiques belges. Côté entreprises, les exportations et les investissements sont attendus en baisse. Côté ménages, la « progression limitée » du pouvoir d’achat moyen devrait freiner la consommation au moment où les investissements dans le logement se calment. Et l’emploi, dans tout ça ? « C’était la bonne nouvelle en 2006 et 2007, avec 53.000 et 73.000 emplois créés. » Cette année encore, 56.000 emplois devraient voir le jour mais il s’agit là d’un héritage : le niveau de l’emploi ne suit celui de l’activité économique qu’avec un décalage de deux à trois trimestres. Pour 2009, les prévisions de créations d’emplois retombent d’ailleurs à 30.000. Sur les finances publiques enfin, Guy Quaden ne peut que se répéter : « Sans mesures nouvelles du gouvernement, le déficit devrait se creuser à – 0,3 % du PIB en 2008 et à – 0,8 % en 2009. » La perspective du vieillissement invite pourtant à… dégager des marges.

14 mai 2008

La pression monte sur le salaire des patrons

Les gouvernements de la zone euro se voient aujourd'hui contraints à monter au créneau sur ce sujet s'ils veulent que leurs appels répétés à la modération salariale en direction des Européens aient une quelconque chance d'être entendus.
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La polémique enfle en Europe autour du montant des rémunérations des dirigeants d'entreprise, poussant les gouvernements à envisager une action concertée pour les encadrer, au moment où les salariés voient, eux, leur pouvoir d'achat rogné par l'inflation élevée.
Dans une sortie inhabituellement dure, le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a qualifié de "proprement scandaleux" les "dérapages" de certains salaires de patrons, à l'issue d'une réunion mardi soir avec ses collègues à Bruxelles. Parlant d'un véritable "fléau social", il a annoncé que les pays européens examineraient des mesures à prendre "pour lutter contre ces excès". En tête de liste: une taxation des primes de départ versées sous différentes formes aux dirigeants, telles que les "golden parachute" (parachute doré). En règle générale, ces primes sont aujourd'hui faiblement ou pas imposées du tout.
Il y a quatre ans, la Commission européenne avait lancé une première initiative sur ce terrain, restée toutefois largement sans effet.
A ce jour, seuls quelques pays de la zone euro ont pris des mesures fiscales en ce sens. Il s'agit en particulier des Pays-Bas, dont le gouvernement veut taxer les parachutes dorés à hauteur de 30% pour les personnes dont le salaire annuel dépasse les 500.000 euros, à condition que la prime soit supérieure au salaire annuel. Un projet en ce sens a été transmis mardi à la chambre basse du parlement, où il devrait être adopté sans difficulté, compte tenu de la controverse que le sujet suscite dans ce pays.
En France, les députés ont aussi adopté à l'automne 2007 des mesures pour encadrer les parachutés dorés en plafonnant à un million d'euros les avantages fiscaux accordés aux entreprises, déductibles du bénéfice imposable. De même, la législation sur les stock options a été durcie. Le chef de l'Etat Nicolas Sarkozy réclame de manière récurrente une moralisation du capitalisme et a dans le passé fustigé les parachutes dorés accordés aux chefs d'entreprise non performants.
"Ce que nous combattons, c'est l'obscurité dans laquelle parfois ces rémunérations sont consenties. Nous souhaitons que se pratique dans nos pays la transparence, pour que les acteurs prennent leurs responsabilités", a souligné mercredi à Bruxelles la ministre française de l'Economie Christine Lagarde. C'est sans doute en Allemagne que la polémique est la plus intense. Le président Horst Köhler a reproché aux patrons de mettre en danger la "cohésion sociale" en s'accordant des rémunérations faramineuses.
Les salaires du directoire du groupe Daimler, par exemple, ont bondi de plus de 45% l'an dernier, année pourtant du divorce entre le constructeur automobile allemand et l'américain Chrysler. Dans le même temps, le pouvoir d'achat des salariés allemands s'est érodé de 3,7% depuis 2003 du fait de l'inflation et de la faible progression des salaires, selon une récente étude. Le ressentiment des salariés est d'autant plus grand dans ce pays que la classe moyenne s'atrophie et que les chefs d'entreprises rejettent l'instauration d'un salaire minimum national.
Les gouvernements de la zone euro se voient aujourd'hui contraints à monter au créneau sur ce sujet s'ils veulent que leurs appels répétés à la modération salariale en direction des Européens -pour éviter d'alimenter encore plus l'inflation- aient une quelconque chance d'être entendus. "Nous courons le risque de ne plus être compris par nos concitoyens", a reconnu M. Juncker.

09 avril 2008

Le Belge le mieux payé gagne 478 millions d'euros

Le Belge Pierre Lagrange, cofondateur du fonds d'investissements GLG Partners, apparaît pour la première fois dans le top 10 des investisseurs les mieux payés au monde. Le magazine Traders Monthly estime ses revenus pour l'année 2007 à 750 millions de dollars, soit 478 millions d'euros. Ce montant est 120 fois plus élevé que le salaire du dirigeant d'entreprise belge le mieux payé, rapportent ce mercredi plusieurs journaux flamands.
Pierre Lagrange, 44 ans, qui travaille à Londres, doit la plus grosse part de ses revenus de l'année dernière à l'introduction de sa société au New York Stock Exchange. Fin 2007, il avait 24,6 milliards de dollars à son actif. La fortune de Pierre Lagrange dépasserait le milliard de dollars. A titre de comparaison, le patron d'Inbev, Carlos Brito, était le manager le mieux payé de Belgique en 2007 avec 4,29 millions d'euros.La première place de ce top 10 mondial est occupée de façon incontestée par John Paulson, du fonds new yorkais Harbinger Capital. Il gagnait en 2007 le montant astronomique de 3 milliards de dollars (1,9 milliard d'euros).

Belgacom épargne 32 millions d'euros grâce aux notionnels

Le groupe Belgacom a pu réaliser, pour l'exercice 2007, 32,6 millions d'euros d'économie fiscale grâce au système de déduction des intérêts notionnels, a-t-on appris mercredi en marge de l'assemblée générale des actionnaires de l'entreprise de télécommunication.
A l'issue de l'assemblée générale, le patron de Belgacom, Didier Bellens, est revenu sur les droits télévisés pour le championnat de Belgique de football, dont l'actuel contrat arrive à échéance. "Belgacom TV peut vivre sans le foot mais ce n'est pas le scénario que nous privilégions", a-t-il déclaré, espérant pouvoir aboutir à un "juste prix" avec la ligue professionnelle de football.
L'administrateur délégué a aussi évoqué le "difficile" dossier Win, du nom de la filiale wallonne de Belgacom spécialisée dans les réseaux informatiques, précisant être ouvert à toutes les solutions.
Enfin, revenant sur son salaire pour l'année écoulée, qui s'élève au total à 3,5 millions d'euros, Didier Bellens a réclamé des mesures susceptibles de permettre une véritable comparaison entre les salaires des patrons.

La transparence, et après?

La publication de ce que gagnent les patrons des entreprises cotées a ouvert le débat en Belgique. Faut-il une loi pour réguler ces pratiques ? Oui, pour les syndicats, choqués que l'indexation des salaires soit remise en cause.
Ces deux millions trois cent mille euros font, depuis quelques semaines, couler beaucoup d'encre ! Il s'agit de la rémunération moyenne empochée pour l'année 2007 par les administrateurs délégués des sociétés du Bel 20. Soit une augmentation de 3 pc par rapport à l'année d'avant.
Dans le détail, quelques "pics" frappent. Comme les 4,3 millions d'euros de Carlos Brito chez InBev, les 3,9 millions d'Albert Frère chez GBL et de Jean-Paul Votron chez Fortis, et les 3,5 millions de Didier Bellens de Belgacom et de Roch Doliveux d'UCB.

Publier ce que touchent les patrons des sociétés cotées est l'un des prescrits de la Commission Corporate Governance dite Commission Lippens, née en 2004. Pour Christine Darville, sa secrétaire, "l'objectif de transparence est atteint". Mais, vu l'agitation qui l'entoure, faudrait-il aller plus loin avec une loi pour fixer des plafonds par exemple ? "Je rappellerais d'abord qu'on focalise ici sur une poignée de patrons, tandis que beaucoup d'autres ne font pas l'objet d'autant de curiosité. Et ensuite, qu'à l'échelle mondiale, les salaires des grands patrons belges sont dans la moyenne". Et de remarquer : "Dans tous les pays comme ici, au début, la publication de ces salaires a attiré un certain voyeurisme. Quant à leur régulation, ce serait aux actionnaires, une fois toutes les informations en main, de dire stop, d'exercer leur contrôle". A ce stade-ci, la lecture des informations publiées dans les rapports annuels reste compliquée. Il y a de quoi se perdre entre rémunération fixe et variable, salaire et stock-option, brut et net. C'est pourquoi une seconde version du Code Lippens est en préparation. "Actuellement, tous les rapports ne sont pas comparables, dit Christine Darville. De plus, le contexte international a beaucoup changé depuis l'élaboration du texte, il y a quatre ans. Qu'entend-on aujourd'hui par rémunération, et comment calculer celle-ci ? Ces précisions devraient se trouver dans la deuxième édition fin 2008 ou début 2009".
"Ces chiffres font mal" De leur côté, les syndicats ne cachent pas leur indignation, exacerbée par le contexte actuel. "Un patron devrait donner l'exemple, estime Anne Demelenne de la FGTB. Lorsque la situation du travailleur est pénible, notamment en matière de pouvoir d'achat comme maintenant, c'est afficher bien peu de considération pour lui que d'exhiber de tels revenus !" "L'écart prend des proportions de plus en plus importantes, d'année en année", renchérit Claude Rolin de la CSC.
Et le petit nombre d'excès médiatisés ne diminue en rien leur colère. "C'est symbolique et très symptomatique de ce qui se passe au niveau patronal", répond Anne Demelenne. "Ces quelques chiffres font mal, même à d'autres chefs d'entreprise, commente Claude Rolin. Je connais des petits patrons pour lesquels ce type de rémunération n'a pas plus de sens que pour l'ensemble des salariés qui ne comprennent pas à quoi riment de telles sommes puisqu'elles n'apparaissent même pas toujours liées aux performances des entreprises !"
Dans ces conditions, remettre en question l'indexation des salaires apparaît comme une indécence. "On laisse dériver la force du capitalisme d'un côté puis, quand le système montre ses limites comme avec la crise du subprime, on demanderait aux travailleurs de payer l'addition en se serrant la ceinture ? Pas question !", s'insurge Claude Rolin.
Et d'avancer deux pistes de régulation : la voie fiscale ou la voie légale. "Ce serait normal. On régit bien ce que gagnent les salariés, alors pourquoi pas ces revenus-là ?"
Les Pays-Bas veulent freiner les excès
Les Suisses ont du mal à avaler les salaires de leurs grands patrons

03 avril 2008

Le salaire des patrons en débat

Les rémunérations des grands patrons belges et les augmentations enregistrées par la plupart d'entre elles en 2007 suscitent le débat, et un début de polémique. Faut-il légiférer ? Vincent Van Quickenborne (VLD), le ministre des Entreprises, n'y est pas favorable et renvoie la balle dans le camp des actionnaires.

La hausse du salaire des patrons de grandes sociétés fait du remous, alors que l'on prône la modération salariale chez Monsieur Tout le monde, et que les actionnaires ne sont pas réjouis par certaines performances. Aux États-Unis, un mouvement, soutenu par le parti démocrate et baptisé « say on pay » demande que les actionnaires puissent au moins être consultés lors de l'assemblée générale sur les paquets salariaux donnés aux managers. Comme c'est déjà le cas en Grande-Bretagne.
Et chez nous ? L'augmentation de la paie du patron de Belgacom, Didier Bellens (2,7 millions d'euros, +42 %), ou celle de 15 % de Jean-Paul Votron, de Fortis, (qui a augmenté de 75 % la part fixe de son salaire, et dont le chèque total frôle les 4 millions d'euros) fait débat. « La forte progression du salaire fixe de Jean-Paul Votron est déplacée, voire choquante, dit Pierre Nothomb (du cabinet de défense des actionnaires Déminor), après une année où l'action Fortis a perdu la moitié de sa valeur (après le rachat d'un tiers des actifs d'ABN Amro, NDLR). Si le management croit réellement que cette opération est créatrice de valeur à long terme, il doit lier l'ensemble de la revalorisation de son salaire à la réalisation de cet objectif. »
Vincent Van Quickenborne, le nouveau ministre (VLD) des Entreprises, est particulièrement sensible au sujet. En tant que sénateur, il avait déjà tenté de légiférer au début des années 2000 pour que les patrons des sociétés cotées dévoilent leur fiche de paie. La loi n'était pas passée, mais les entreprises s'étaient autorégulées en adoptant le code Lippens qui recommande de divulguer les salaires du management. Aujourd'hui, le ministre VLD veut faire une distinction. « Sur le plan technique, la norme salariale (qui canalise le degré d'augmentation des salaires, NDLR) ne s'applique pas aux hauts cadres. Elle ne vaut que pour les employés liés par une convention collective. » Mais il ajoute : « Sur le plan moral, c'est autre chose, mais ce n'est pas au politique à fixer un plafond. C'est l'actionnaire qui est propriétaire de l'entreprise. C'est à lui à se manifester. Je suis en faveur d'un actionnariat activiste. Il y a des cas où les actionnaires ont dit aux managers : vous allez trop loin. »
Belgacom comme dans le privé
Même quand l'Etat détient la moitié de Belgacom ? « Pour les entreprises publiques comme la Poste ou la SNCB, c'est autre chose : le salaire ne doit pas être seulement lié aux résultats financiers. Pour Belgacom, c'est une entreprise hybride. Elle a une mission de service universel, mais est plongée dans un marché très concurrentiel. Je comprends que le salaire de son patron évolue comme dans une entreprise privée. »
Des actionnaires activistes donc. Mais disposent-ils d'armes ad hoc ? « L'actionnaire n'a pas grand-chose à dire, sinon à refuser en assemblée la décharge aux administrateurs (ce qui signifie rendre les administrateurs personnellement responsables d'une gestion qu'on estime irrégulière, NDLR). Mais cela, c'est de la dynamite », affirme Pierre Nothomb.

Quatre millions pour Votron

À LA TÊTE DE FORTIS, son salaire a gonflé de 15 % en un an. Dans le Bel 20, seul Bellens (Belgacom) progresse plus.
Ce n’est pas le mieux payé des patrons des grands groupes belges (ou partiellement belges). Mais c’est l’un de ceux qui a vu sa rémunération le plus progresser au titre de 2007, à en juger par les chiffres ci-dessus, issus des rapports annuels déjà publiés des sociétés membres de l’indice BEL 20 (*). Avec la publication lundi du rapport annuel de Fortis, le salaire global brut de Jean-Paul Votron, président du comité de direction, est en effet passé dans le domaine public. Une base de 750.000 euros, un bonus annuel de 2,5 millions et 660.800 euros en postes divers (plan de pension…) : la somme donne 3,9 millions, en hausse de 15 % par rapport à 2006. Le « package » 2007 comprend aussi 49.655 options sur actions Fortis et 41.775 actions Fortis.
Le rapport explique la hauteur du bonus par « la prestation exemplaire en matière de leadership de M. Votron au cours d’une année qui a véritablement marqué un tournant dans l’histoire de Fortis ». Le tournant, c’est bien sûr l’acquisition d’un tiers d’ABN Amro pour 24,2 milliards d’euros, au terme d’une des plus grosses sagas juridico-financières des dernières années. Sous cet angle, 2007 fut bien une année particulièrement dense pour Jean-Paul Votron et ses équipes.
L’intéressé percevra en outre un million d’euros en fonction d’un plan d’intéressement à long terme couvrant la durée de son mandat initial de quatre ans, arrivé à échéance (la reconduction de Jean-Paul Votron pour trois ans sera proposée en assemblée générale, fin avril) et lié à la performance boursière de Fortis.
Le rapport annuel précise encore que le comité de direction dans son ensemble a perçu 10,9 millions en 2007 (10,3 millions en 2006), dont 6,3 millions de bonus annuels. Ceux-ci sont basés sur l’évaluation d’objectifs communs et individuels, dont les cotes ne sont pas connues mais, vu le montant total et les éléments connus du mode de calcul, elles doivent avoir été bonnes.
Le président du conseil d’administration de Fortis, Maurice Lippens, perçoit pour sa part 400.000 euros au titre de 2007, contre 335.000 en 2006. A partir de cette année, son chèque annuel passe à 700.000 euros.

(*) Au stade actuel de la publication des rapports annuels, seul Didier Bellens (Belgacom) voit ses avantages gonfler davantage, en particulier du côté de la pension complémentaire.
Des options partent en fumée
Chez Fortis, les options attribuées en 2002 arrivent à échéance à la fin de ce mois. Octroyées chaque année dans le double but de fidéliser et de motiver leurs bénéficiaires, les options donnent le droit d’acheter des actions à un prix et jusqu’à une date fixés au préalable. En l’occurrence, elles permettent d’acquérir des titres Fortis au prix de 26,98 euros et ce jusqu’au 28 avril au plus tard.
Seulement voilà : comme ce fut le cas en 2007 avec les options attribuées en 2001, le prix d’exercice du lot 2002 est nettement supérieur au cours de Bourse actuel de l’action Fortis (qui a clôturé ce lundi à 15,96 euros). Sauf à imaginer que le titre s’adjuge plus de 10 euros en moins d’un mois, l’effet de levier espéré passera donc sous le nez des détenteurs de ces options. Le numéro un de Fortis, Jean-Paul Votron, n’est pas lui-même concerné (logiquement puisqu’il a pris les rênes du groupe fin 2004) mais plusieurs membres de son comité de direction le sont : le numéro deux Herman Verwilst, le numéro trois Gilbert Mittler, etc.

Christian Jourquin
Solvay
1,7 million d’euros (+2 %)
Didier Bellens
Belgacom
2,7 millions d’euros (+42 %)
Albert Frère
Groupe Bruxelles Lambert
3,9 millions d’euros (–29%)
Carlos Brito
Inbev
4,25 millions d’euros en 2007 (+9%)
Roch Doliveux
UCB
3,5 millions d’euros (+9 %)
Gérard Mestrallet
Suez
2,75 millions d’euros en 2007 (+1 %)


Les actionnaires de Philips privent leurs managers de bonus en cas de performances médiocres

Le débat sur les rémunérations exorbitantes des grands patrons est entré dans le vif du sujet aux Pays-Bas. En écho aux mesures annoncées par le gouvernement pour mettre le holà à ces dérives (Le Soir du 13 mars), les actionnaires de Philips viennent de rejeter à une forte majorité une proposition visant à accorder des stock-options aux dirigeants même en cas de prestations médiocres de l’entreprise. Une première aux Pays-Bas qui a toutes chances de faire tache d’huile.
Une majorité (57 %) des actionnaires de Philips ont voté contre car la proposition prévoyait que les administrateurs pourraient recevoir des stock-options même si l’entreprise ne réalise pas un bon résultat. « Les propositions de Philips sont très éloignées du débat de société sur les rémunérations excessives », s’est indigné le représentant des fonds de pension néerlandais ABP et PGGM lors de l’assemblée générale de Philips. Une remarque qui a enfoncé le clou après les objections émises auparavant par l’influent cabinet international de conseils aux actionnaires RiskMetrics (ex-ISS).
« C’est une avancée importante. J’espère que cela va devenir la tendance générale », s’est félicité le ministre des finances, Wouter Bos, qui avait annoncé mi-mars une batterie de mesures pour alourdir la fiscalité frappant les rémunérations des grands patrons. Après avoir plusieurs fois tergiversé, La Haye s’était finalement décidée à passer à l’action après la mise en place d’un code de bonne gouvernance resté lettre morte au sein des entreprises depuis son adoption en 2004.
Ce pavé dans la mare intervient dans un contexte général dénonçant les rémunérations excessives des grands patrons. Comme celui de l’ancien président d’ABN Amro. Alors qu’il n’a jamais atteint les objectifs qu’il s’était fixés, Rijkman Groenink, vient de partir avec quelque 32 millions d’euros en poche après avoir vendu son établissement au trio Fortis-Royal Bank of Scotland-Santander. Sous le feu des critiques aussi, le salaire du président d’Unilever, en hausse de 1,1 million d’euros en un an, alors que la croissance du groupe est à la traîne et que son bénéfice net a chuté de 18 % l’an dernier. Prévue en mai prochain, l’assemblée générale d’Unilever fera figure de nouveau test sur la détermination des actionnaires néerlandais à brider l’escalade généralisée des salaires des grands patrons.

Le PS reparle d'un observatoire de la gouvernance

La publication des salaires de nos grands patrons fera-t-elle rebondir le Parlement sur le sujet dans les prochaines semaines ? Oui. La sénatrice PS Joëlle Kapompolé, membre de la Commission des Finances et des Affaires économiques, nous a précisé ce mercredi qu'elle déposerait la semaine prochaine une proposition de résolution sur « l'observation et l'évaluation des principes et recommandations de bonne gouvernance d'entreprise ».
Le texte, émanation d'une ancienne proposition de loi jamais aboutie, est déjà connu à la Chambre où il a été déposé en mars 2007 par le PS, rejoint par le SP.A-Spirit. Il y est question de mettre en place un observatoire de la gouvernance d'entreprise, regroupant des représentants des partenaires sociaux, de la CBFA (gendarme des marchés financiers), des investisseurs, de la Bourse Euronext… Dans quel but ? « Pour objectiver les pratiques et en tirer des recommandations pour ensuite, notamment, encadrer les rémunérations et éviter les abus que nous constatons », situe Joëlle Kapompolé.
À la Chambre, l'idée avait fini aux oubliettes. Passera-t-elle mieux au Sénat ? Vu les propos (ci-dessus) du ministre pour l'Entreprise Vincent Van Quickenborne (Open VLD), difficile d'imaginer que la nouvelle majorité portera le projet comme un seul homme. Dans tous les cas, on est loin de mesures annoncées fin mars par le gouvernement néerlandais, dont la plus spectaculaire est la taxation à 30 % des bonus de plus de 500.000 euros.

19 juin 2007

Les salaires minimum varient dans un rapport de 1 à 17 dans l'UE

Les salaires minimum légaux, dont disposent 20 des 27 Etats membres de l'Union européenne, variaient en janvier dernier dans un rapport de 1 à 17, selon des chiffres rendus publics lundi par l'Office européen de statistiques, Eurostat. C'est le Luxembourg, avec 1.570 euros bruts par mois, qui accorde le plus haut salaire minimum alors que la Bulgarie, avec 92 euros par mois, ferme la marche européenne. Avec un salaire minimum de 1.259 euros bruts, la Belgique figure dans le peloton de tête, derrière toutefois les Pays-Bas (1.301 euros), la Grande-Bretagne (1.361) et l'Irlande (1.403). Si l'on tient compte toutefois des différences du coût de la vie dans les différents pays étudiés, les écarts entre pays européens se réduisent à un rapport de 1 à 7, le Luxembourg restant en tête, alors que la Roumanie devient le pays offrant le salaire le plus bas. A titre de comparaison, le salaire minimum au niveau fédéral des Etats-Unis s'élevait en janvier dernier à 676 euros. (belga)

03 juin 2007

Le salaire reste un sujet tabou

En Belgique, le salaire, et en particulier celui des sportifs, reste un sujet tabou. Il est difficile de se faire une idée précise de ce que les uns et les autres gagnent, selon une enquête de l'hebdomadaire Le Vif/L'Express (à paraître demain/vendredi) intitulée Les vrais salaires des Belges.Politiciens et patronsL'enquête du Vif porte sur 2006 et a été réalisée à partir des réponses à des questionnaires fournies par des directeurs de ressources humaines et des directeurs de personnel de 320 entreprises du pays concernant les salaires de quelque 22 000 personnes. Le magazine examine également les rémunérations se rapportant à plus de 30 mandats politiques, les salaires en vigueur dans la fonction publique ainsi que ceux des grands patrons et de plusieurs sportifs belges.6 millions annuels pour BeckhamEn ce qui concerne les sportifs, l'hebdomadaire constate qu'il existe de grandes disparités entre les gains des sportifs professionnels. "Le foot paie bien, certes, mais on est loin de la galaxie Beckham", indique le journaliste auteur de cette partie de l'enquête. David Beckham touche par saison au Real de Madrid plus de 6 millions d'euros. "On en est loin, très loin, chez nous", selon le journaliste, qui cite un salaire mensuel d'un joueur de notre Division 1 allant de 1.500 à 10.000 euros. Il estime que la rémunération de la plupart de nos stars du foot flirte avec les 4.000 euros nets par mois. (belga)