20 mars 2008

Le Terne Ier

L'accord de gouvernement est flou et peu ambitieux. Le nouveau Premier ministre Yves Leterme impose un réalisme peu emballant. Le plus petit commun dénominateur… L'édito de Béatrice Delvaux :"Une nouvelle équipe, un leurre".

L'accord de gouvernement en PDF.
Regardez l'édito vidéo de David Coppi.
Ecoutez Yves Leterme : "Un exercice de vérité et de prudence" (d'autres capsules sonores dans l'article)

Après « La voie vers le XXIe siècle », paru le 7 juillet 1999, et « Une Belgique créative et solidaire », publiée le 10 juillet 2003, voici « L'accord de gouvernement conclu entre les négociateurs de CD&V, MR, PS, Open VLD, CDH », le 18 mars 2008…
La rupture ne tient pas que dans le titre (?) de l'accord… C'est tout le style qui diffère. Là où Guy Verhofstadt insufflait à ses projets de gouvernement des accents enthousiastes et volontaristes – parfois démentis par les effets concrets –, Yves Leterme opte pour un réalisme pragmatique à l'extrême. D'ailleurs, s'il est dépourvu de titre, son document n'est pas exempt de filigranes : deux mots : vérité (traduisez : pas de promesses inconsidérées) et… prudence. Et le futur Premier ministre, à l'évidence très marqué par la nuit blanche – « La seule chose dont j'ai envie, confiait-il mardi après-midi, c'est mon lit » – d'énoncer ses envies (?) de manière froide.
Vingt minutes durant, devant une meute de journalistes, entouré par les présidents de parti partenaires, Monsieur 800.000 voix détaille les grandes lignes socio-économiques de l'accord. « Chaque mesure est chiffrée. Nous ne promettons rien que nous ne puissions réaliser. » Mais pourquoi tant de flou, alors, dans ces velléités de réforme fiscale ou de relèvement des allocations ? « Nous devrons examiner, à chaque exercice budgétaire, ce que nous sommes en mesure de faire. » Voilà qui promet au gouvernement Leterme Ier d'âpres soirées de clivages gauche-droite.
Car, si l'accouchement de l'accord fut si long, c'est en raison des oppositions entre libéraux d'une part, PS et CDH de l'autre, le CD&V s'érigeant le plus souvent en arbitre. Quoi de plus logique puisque le document se veut largement socio-économique. Essentiellement, même. Les autres chapitres de son accord (le premier qu'il conclut depuis juin 2007 !), Yves Leterme les traduit en effet en langue de coton… Parlant d'une « société ouverte et tolérante, avec des frontières ouvertes mais des règles claires », rêvant, pour assurer la cohésion sociale, « de réduire le nombre de pauvres en Belgique » et promettant de faire de la sécurité et de la justice des citoyens « des priorités ». Au même titre que le développement durable. Qui fera l'objet tout à la fois d'une consultation (des citoyens), d'une concertation (avec les Régions) et d'un sommet mondial (régulier) à Bruxelles… Beaucoup de mots pour rien. Un peu comme ces concepts pêchés au hasard des 43 pages : une « conférence nationale pour les pensions », des « assises de l'interculturalité », « un partenariat formel avec la société civile sous la forme d'une charte reconnaissant le rôle de la société civile et le renforcement de la démocratie
participative »…
Plus consensuel que cela… Les partenaires y mettent d'ailleurs tous du leur : mardi matin, en radio, ils tiraient chacun la couverture (politique) à eux ; l'après-midi, c'est un front uni qui sourit aux caméras. Et de s'échanger moult remerciements. Qui pour la patience, qui pour la compréhension, voire… les négociations ! Il y en a pour tout le monde. Mais surtout pour Verhofstadt. Même son successeur y va de son compliment. Pour « tout ce qu'il a fait depuis décembre ». Cette fois, c'est sûr, le Gantois est sur le départ. Et l'ambiance a déjà changé dans les couloirs de la rue de la Loi.

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