21 octobre 2007

L'Iran menace d'un déluge immédiat en cas d'agression

MAJ 21/10/07

Le départ de Larijani pourrait compliquer les discussions avec l'Iran

Saïd Jalili succède à Ali Larijani.L'Iran a assuré dimanche que sa politique nucléaire resterait inchangée après la démission surprise de son négociateur, Ali Larijani mais son successeur, Saïd Jalili, pourrait rendre encore plus difficiles les discussions avec les Occidentaux. "La démission de M. Larijani a été approuvée par le président, mais la politique de la République islamique d'Iran conserve un objectif inchangé", a dit le porte-parole de la diplomatie iranienne Mohammad Ali Hosseini lors d'un point de presse.

Depuis sa nomination au poste de secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale en août 2005, M. Larijani, qui a démissionné samedi, était l'interlocuteur privilégié de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et des Occidentaux pour tenter de trouver une solution négociée à la crise autour du nucléaire iranien. Il devait reprendre mardi prochain à Rome des discussions sur ce thème avec le Haut représentant pour la politique étrangère de l'Union européenne, Javier Solana, qui agit au nom des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité et de l'Allemagne. Selon M. Hosseini, il participera bien à ces entretiens, mais aux côtés de son successeur: "M. Jalili sera là, et M. Larijani sera là aussi, au titre de représentant du guide suprême", l'ayatollah Ali Khamenei. C'est ce statut qui faisait de M. Larijani un partenaire de poids dans les discussions que M. Solana a eu avec lui pour essayer de convaincre l'Iran de suspendre son enrichissement d'uranium. "Durant cette période, M. Larijani a toujours été considéré, en particulier à cause de sa désignation par le guide, comme un canal de contact fiable entre l'Iran et le monde", remarquait samedi un éditorial du site internet Tabnak, proche de l'ancien commandant des Gardiens de la révolution Mohsen Rezaïe. Son successeur, Saïd Jalili, ne dispose pas d'une telle autorité. Son essor politique est étroitement lié à celui du président Mahmoud Ahmadinejad, qui en a fait son conseiller après son élection en 2005 avant de le placer au poste de vice-ministre des Affaires étrangères la même année. Ce docteur en sciences politiques, auteur d'un ouvrage intitulé "La politique étrangère du Prophète", a été décrit par des diplomates occidentaux en poste à Téhéran comme un "personnage rigide" qui met un point d'honneur à "délivrer des sermons interminables à ses interlocuteurs". Un jugement partagé par Mark Fitzpatrick, directeur du programme sur la non-prolifération à l'Institut international d'études stratégiques, selon qui cette arrivée "rend plus difficile la conclusion d'un accord, car il n'y a personne ayant un penchant pragmatique avec lequel négocier". M. Hosseini a fait état dimanche d'une "solidarité profonde entre tous les responsables de l'Iran (...) sur l'objectif à atteindre" dans le domaine nucléaire. Téhéran refuse obstinément de suspendre son enrichissement d'uranium, ce qui l'expose au risque d'une troisième résolution du Conseil de sécurité des Nations unies comportant des sanctions. Les gr andes puissances ont décidé d'attendre la remise en novembre des rapports de M. Solana et du directeur de l'AIEA, Mohammed ElBaradei, avant d'engager le cas échéant le travail sur une nouvelle résolution. M. Solana doit rendre compte de la position de Téhéran sur l'offre de coopération des grandes puissances à l'Iran en échange d'une suspension de son enrichissement d'uranium, et M. Elbaradei sur la coopération de la République islamique pour éclairer les zones d'ombre de son programme nucléaire. En plaçant son homme à la tête des négociations avec le diplomate de l'UE comme avec l'AIEA, M. Ahmadinejad en a fait le principal responsable d'un éventuel échec de ces discussions, selon le journal réformateur Etemad Melli dimanche. "Le fait que l'équipe de négociateurs nucléaires et celle de la diplomatie iranienne soient désormais unifiées et sous le contrôle direct des amis du président est un acte stratégique, mais le président et ses conseillers comprennent parfaitement le prix d'une telle décision", a écrit le journal. (afp)

L'Iran a prévenu samedi qu'il répliquerait immédiatement par un déluge de roquettes et d'obus, jusqu'à "11.000 dès la première minute", en cas d'agression étrangère, par la voix d'un des commandants des Gardiens de la révolution. "Dès la première minute d'une invasion ennemie, 11.000 roquettes et obus seraient tirés sur les bases ennemies", a déclaré le général Mahmoud Chaharbaghi, cité par l'agence de presse Fars.



L'intensité "des tirs ne faiblirait pas" ensuite, a ajouté ce responsable, en charge de l'artillerie et des missiles au sein des forces terrestres des Gardiens de la révolution, décrits comme "l'armée idéologique" du régime. "Si une guerre éclate, cela ne durera pas longtemps car nous leur ferions mordre la poussière", et "l'ennemi ferait bien de se demander combien de ses citoyens il est prêt à sacrifier en attaquant stupidement l'Iran", a encore déclaré Mahmoud Chaharbaghi, selon Fars. Il a ajouté que les Gardiens de la révolution allaient bientôt recevoir des roquettes d'une portée de 250 kilomètres, contre 150 jusqu'à présent. Ces déclarations ont pour cadre la crise du nucléaire iranien, les pays occidentaux accusant Téhéran de chercher à se doter de l'arme atomique sous couvert de programme civil, ce que l'Iran dément.

Mercredi dernier, le président américain George W. Bush a brandi le spectre d'une troisième guerre mondiale pour affirmer la nécessité d'empêcher l'Iran d'acquérir le savoir-faire pour fabriquer l'arme nucléaire. Le conseil de sécurité des Nations unies a déjà voté trois résolutions --dont les deux dernières assorties de sanctions-- réclamant de l'Iran l'arrêt de son programme d'enrichissement d'uranium, sans succès. En cas d'action militaire des Etats-Unis, l'Iran a prévenu qu'il n'hésiterait pas à viser en représailles les bases des forces américaines en Irak et en Afghanistan. "Nous avons identifié nos cibles", a répété samedi le général Chaharbaghi. (afp)

MAJ 19/10/07

Le déclin d'Ahmadinejad

Même si le président iranien fait preuve de virulence, il n'a pas les moyens de concrétiser ses diatribes. Seule une confrontation militaire avec les Etats-Unis pourrait lui en donner l'occasion.
EPA
Bien que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad ait rallié un soutien important dans le monde musulman par ses critiques virulentes des Etats-Unis, en Iran même son emprise sur le pouvoir faiblit. Ses rivaux politiques placent leurs pions sur l'échiquier et la population est de plus en plus mécontente de l'aggravation de la situation économique.
Dès son instauration, la République islamique d'Iran a été caractérisée par une présidence faible. En définitive, le pouvoir est aux mains du Guide de la Révolution, d'abord de l'ayatollah Khomeini et aujourd'hui de l'ayatollah Khamenei. Le premier président de la République islamique, Abolhassan Bani Sadr, a dû quitter ses fonctions un an après son élection. Dès ce moment, le régime s'est farouchement opposé à l'idée d'un président fort et a régulièrement fait comprendre que le chef de l'État était inféodé au Guide suprême.

L'élection d'Ahmadinejad il y a deux ans avait fait naître de grands espoirs. Le nouveau président avait promis de faire en sorte d'amener "l'argent du pétrole sur la table" des Iraniens et de combattre la corruption. Mais plusieurs de ses premières nominations furent pour récompenser ses partisans, ses affidés des Gardiens de la Révolution ainsi que des membres de la milice Basij, des groupes armées qui mobilisèrent les électeurs en faveur d'Ahmadinejad durant la campagne électorale. Le ministère du pétrole a par exemple octroyé un contrat de 1,3 milliards de dollars, sans appel d'offres, à une compagnie pétrolière proche des Gardiens de la Révolution, et Ahmadinejad a nommé son beau-frère comme secrétaire du gouvernement.
Ce genre de mesures auraient pu être ignorées dans une période économique plus faste. Mais le budget iranien accuse aujourd'hui un déficit équivalant à quinze pour cent du PIB, et les réserves en devises étrangères fondent malgré la flambée du brut. Au lieu de redistribuer la manne pétrolière au moyen d'un programme de prêts à faible taux d'intérêt, comme promis, le gouvernement a dû rationner l'essence - les promesses se sont transformées en crise économique.
Les tensions se sont aussi exacerbées depuis qu'Ahmadinejad a donné suite à sa promesse électorale d'appliquer les restrictions islamiques à la vie sociale. Depuis deux ans, la police harcèle les jeunes et les femmes. L'été dernier, plus de 150 000 femmes ont été arrêtées à Téhéran pour cause de foulards non conformes, et les coiffeurs ont reçu des directives très précises sur les coupes de cheveux acceptables pour les jeunes hommes.

Les manifestations des chauffeurs de bus, des enseignants, des mouvements des femmes et des étudiants ont été brutalement réprimées, et des dizaines d'arrestations ont eu lieu. Des photos et des vidéos des forces de police tabassant des civils à Téhéran et dans d'autres villes du pays ont été diffusées sur Internet.
Aujourd'hui, les adversaires d'Ahmadinejad se positionnent pour réaffirmer les contraintes de longue date imposées à la présidence. Son principal rival, Akbar Hashemi Rafsandjani, l'ancien président qu'Ahmadinejad a battu aux dernières élections, a effectué un remarquable rétablissement politique pour devenir le chef de l'Assemblée des Experts, l'organisme tout-puissant qui élit le Guide de la Révolution et qui peut même le destituer.

De plus, les conservateurs qui s'étaient alignés avec Ahmadinejad le critiquent aujourd'hui ouvertement. L'ayatollah Khamenei, qui en qualité de Guide Suprême est également chef des armées, a pris lui aussi des mesures pour afficher son autorité en remplaçant récemment les chefs des Gardiens de la Révolution et des Bassidji.

Pour les observateurs de l'Iran, ces mesures semblent avoir pour objectif de revitaliser l'armée, en particulier dans la perspective d'un éventuel conflit avec les Etats-Unis. Mais ils notent également que les chefs limogés étaient proches d'Ahmadinejad et qu'au cours des dernières deux années, ceux-ci avaient grandement contribué à mettre en oeuvre le programme politique du président.
Bien qu'Ahmadinejad continue à attaquer verbalement les Etats-Unis, il ne contrôle pas l'appareil politique qui décidera de la poursuite du programme nucléaire iranien et des relations que le pays entretiendra avec la communauté internationale. La menace de sanctions continue à peser lourdement et les milieux d'affaires iraniens, sans parler de la population, souffrent de l'isolement de l'Iran.

Compte tenu de l'implication complexe des dirigeants politiques iraniens dans l'économie, les effets des sanctions ne doivent pas être sous-estimés. L'économie est l'un des seuls domaines de la vie du pays où Ahmadinejad garde un pouvoir certain. Mais ses choix économiques sont vivement critiqués et ses déclarations ne font qu'aggraver la situation en isolant davantage encore le pays de l'économie mondiale.

Alors que les différends avec l'Occident atteignent un point critique, il est important de comprendre les manoeuvres politiques en cours dans l'opaque système politique iranien. Même si Ahmadinejad fait preuve d'une virulence de plus en plus marquée, il n'a pas les moyens de mettre ses diatribes en oeuvre concrètement. Seule une confrontation militaire avec les États-Unis pourrait lui donner l'occasion de revenir au centre de la scène - une évolution dont l'administration américaine devrait tenir compte.

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