10 octobre 2007

La chasse aux déchets nucléaires étrangers

Des matières faiblement radioactives seraient importées à Dessel


Belgique, terre d'accueil des déchets radioactifs ? La question, qui a été posée la semaine dernière suite à l'importation de combustible nucléaire irradié au Centre d'étude de l'énergie nucléaire (Cen) de Mol, est plus que jamais d'actualité.
Selon deux procès-verbaux confidentiels du conseil d'administration de l'Organisme national de gestion des déchets radioactifs (Ondraf) dont Le Soir a pu prendre connaissance, il apparaît en effet que d'intenses prospections ont été menées, ces derniers mois, à l'étranger.
Une précision importante s'impose d'emblée : à la différence des quelques kilos de matière hautement radioactive espagnole, il s'agit ici de déchets dits « faiblement » radioactifs, qui proviennent pour la plupart d'installations nucléaires (vêtements, matériel exposé à l'irradiation...) voire médicales.

Levier industriel de l'Ondraf, la société Belgoprocess souhaite « valoriser » son incinérateur de déchets de faible activité, à Dessel, en Limbourg. Or, cet outil tourne à peine à 25 % de ses capacités. « Un taux intenablement bas », selon l'Ondraf, justifié par la fin des programmes liés à l'assainissement du passif nucléaire belge.

Déjà formulée en 2003 par l'Ondraf, la demande de pouvoir importer pareils déchets avait été refusée par l'ancien secrétaire d'Etat à l'Energie Olivier Deleuze (Ecolo), soucieux de ne pas alimenter ce marché, voire de ne pas banaliser ce type de déchets via d'incessants va-et-vient sur la route. Le gouvernement sortant a tourné le dos à la position écologiste. Discrètement, le ministre de l'Energie Marc Verwilghen (VLD) a marqué son accord de principe à ces importations, en juin 2006, ouvrant le champ à la prospection étrangère.
Bémol : toute demande d'importation devra être soumise à une nouvelle approbation ministérielle. Selon nos informations, aucun dossier n'est abouti pour le moment : « Belgoprocess est absent du marché depuis des années, confirme Rik Vanbrabant, responsable commercial chez Belgoprocess, à Dessel. Nous devons reprendre notre position face à d'autres opérateurs en Europe. Cela va prendre du temps, c'est un marché très dur »
Selon les documents en notre possession, six pays ont été contactés par Belgoprocess en 2007. Il s'agit de l'Allemagne, la France, l'Italie, les Pays-Bas, la Roumanie et la Slovénie. Différentes institutions publiques et privées sont à chaque fois concernées par des marchés pour lesquels la Belgique avait parfois été sollicitée en son temps.
Où aboutiraient ces déchets en fin de course ? D'après les rapports de l'Ondraf, le retour à l'expéditeur des cendres, après incinération, est garanti sur facture : « Chaque dossier de demande de traitement de déchets étrangers doit contenir les garanties nécessaires que les produits finis ( ) retourneront dans leur pays d'origine, précise un procès-verbal. À cet effet, des modalités de renvoi sont à définir et à fixer contractuellement entre les parties »
Dans un marché libéralisé en Europe, il n'y a pas de raison de ne pas valoriser l'expertise belge, note par ailleurs cet administrateur de Belgoprocess. « L'ancien secrétaire d'Etat Deleuze avait aussi refusé, en son temps, de pouvoir faire transformer le plutonium américain en Mox (NDLR : combustible retraité). Cela a conduit à la perte d'un marché qui a précipité l'arrêt des activités de fabrication du Mox en Belgique. Or, ces marchés ont été réalisés en France »
Faut-il suspecter l'importation de déchets moyennement, voire hautement radioactifs, dans le sillage des marchés prospectés actuellement ? Sollicité à deux reprises par Le Soir, le directeur général de l'Ondraf n'a pas souhaité s'exprimer à ce propos. Si l'on se tient à la teneur des rapports de l'Ondraf, la réponse paraît négative : « Afin de s'assurer que les déchets étrangers à traiter ne seront pas utilisés pour la production de combustible Mox, l'Ondraf vérifiera pour chaque dossier de demande si les déchets contiennent des concentrations permettant de les utiliser éventuellement comme matière première »

Aucun commentaire: