16 décembre 2006

Le docu-fiction, la suite

MAJ 18/12/06

En priorité: la pétition : http://www.petitiononline.com/mod_perl/signed.cgi?rtbf1312&1
Il faut sauver l’ indépendance de l'information RTBFiène de la tentative de hold-up par nos politiciens.

Attention François, générique ! C'est parti !!

Ceci n'est pas une fiction !


''Une caricature'', qui a suscité de vifs reproches (15/12/2006)
Lire aussi
Lendemain de panique Le public n'a pas sanctionné la RTBF

Les personnalités politiques flamandes ont réagi de manière globalement négative à l'émission-fiction diffusée mercredi soir par la RTBF.
Ainsi, selon le ministre-président flamand, Yves Leterme (CD & V), ce programme constitue "une caricature d'un certain nombre d'exigences flamandes". M. Leterme y voit un jeu politique qui rend impossible "un bon débat" sur l'avenir de la Belgique." C'est une manière très douteuse de soi-disant susciter le débat. Il s'agit seulement d'une recherche de sensationnalisme. J'y vois aussi une intention politique cachée", a-t-il déclaré. "Ces méthodes sont indignes dans une société démocratique qui fonctionne bien."
Selon le porte-parole du ministre flamand des Médias Geert Bourgeois (N-VA), deux problèmes peuvent être soulevés après la diffusion cette émission : celui de la crédibilité de la RTBF, d'une part, et de l'objectivité du service public, d'autre part. "Et il va de soi que cela touche les autres médias, pas seulement dans la partie francophone du pays", a indiqué Ben Weyts. "Ce n'est pas le 1er avril." Une question d'objectivité se pose également puisqu'un "message politique est de facto apporté". Ainsi, "on crée ici un climat où les exigences légitimes de la Flandre concernant la réforme de l'État sont dépeintes comme menant à l'apocalypse. On crée une atmosphère d'intimidation et de mobilisation" qui se rapporte à une "stratégie politique perfide". Et "que se passerait-il si la VRT diffusait un reportage fictif où l'indépendance flamande serait présentée comme un bienfait ? Je pense que les francophones crieraient au scandale".
La question a été évoquée, hier, au Parlement par Paul Tant et Pieter De Crem (CD & V). Ceux-ci sont d'avis que la participation à l'émission du président de la Chambre, Herman De Croo, avait porté atteinte aux capacités de fonctionnement de l'institution. Le président de la Chambre a expliqué qu'il avait été interrogé deux mois avant l'émission sans savoir que sa réponse serait utilisée dans ce docu-fiction.
Enfin, seuls les partis extrémistes flamands ont applaudi ce qu'ils considèrent, en substance, comme le scénario le plus réaliste de l'avenir de la Belgique.
J. M.
© La Dernière Heure 2006



Un psychodramme télévisé de 48 heures
samedi 16 décembre 2006, 14:39
Mercredi, 21 h 50. L'émission brûlot n'a pas encore pris fin et déjà tous les membres du Conseil d'administration de la chaîne publique sont en ordre de bataille. La plupart des administrateurs PS font bourdonner leurs GSM. Et tombent d'accord : il ne faudra pas compter sur eux pour dégommer Jean-Paul Philippot si d'aventure la direction du Parti socialiste réclamait la tête de l'administrateur général.
Jeudi. Côté MR et CDH, on attend que l'administrateur général soit venu s'expliquer devant le conseil avant de prendre officiellement position. « Personne ne croit un seul instant que Philippot va démissionner, lance un administrateur. Mais certains verraient bien Yves Thiran jouer le rôle du fusible ». A midi, Jean-Paul Philippot rencontre sa ministre de tutelle, Fadila Laanan (PS).

Vendredi matin. Les deux commissaires du gouvernement mettent une dernière touche à leur rapport ultraconfidentiel. Un chauffeur le dépose au cabinet de Fadila Laanan à midi pile. Sa tonalité ? Mystère et boule de gomme.
Vendredi midi. Une réunion de crise à lieu au boulevard de l'Empereur en présence... de Jean-Paul Philippot mais aussi d'un administrateur, André Mordant. La vindicte socialiste sur l'émission de mercredi s'est sérieusement adoucie car sur le web, notamment, le vent a tourné. Promis, le conseil d'administration ne décapitera personne.
Vendredi, 14 h 30. Au boulevard Reyers. C'est le début d'un conseil d'administration hypertendu. « La pesanteur de l'atmosphère était palpable », confie un administrateur. « Un malaise intense et omniprésent », lâche un autre. Durant cinq heures, on va s'empoigner sur la notion de faute, sur les règles de déontologie. Les « présumés coupables » viennent s'expliquer en bloc : il y a Alain Gerlache, directeur de la télévision, Yves Thiran (info et éthique), Benoît Moulin (rédacteur en chef du JT), Pierre Marlet (éditeur de Questions à la Une), le journaliste Philippe Dutilleul et, bien sûr, François De Brigode. Durant les cinq heures, les deux commissaires du gouvernement ne pipent mot.
Vendredi soir. Un projet de communiqué est laborieusement établi. Mais le MR renâcle. Pas question de passer l'éponge à n'importe quel prix. Lors du vote, trois de leurs administrateurs rejettent le texte (Marc Weber, Clarisse Albert et Daniel Soudant). Un autre MR, Pol Jacquemart, s'abstient. Le reste du conseil approuve le texte.

Audace, oui crédibilité, oui esprit critique, oui

DELVAUX,BEATRICE
vendredi 15 décembre 2006, 09:34
L'édito de Béatrice Delvaux, rédactrice en chef.
F aut-il que l'information se transforme en fiction pour toucher le lecteur-téléspectacteur et passer la barre de l'indifférence et de la banalisation ? Non, évidemment. Se résoudre à cette équation serait suicidaire pour notre profession.
Mais faut-il pour autant fermer les yeux sur une réalité qui frappe tous les médias qui ont fait de l'information, et non de la distraction, leur métier : comment capter et conserver l'intérêt des lecteurs sur des sujets ardus, répétitifs et pourtant capitaux ? Faire la une sur les enjeux communautaires, le développement durable ou le Darfour devrait être la priorité mais, souvent, ces sujets lassent les lecteurs-téléspectateurs : trop compliqués, trop ennuyeux, trop tristes.

Pour les journalistes qui n'ont pas renoncé à traiter ces sujets qui comptent, il est devenu impératif d'explorer des voies nouvelles pour capter l'attention. C'est à ce titre que le JT-fiction de la RTBF, ovni médiatique, mérite une mention spéciale. L'audace, la créativité et le travail qui ont accompagné cette idée, sur un sujet majeur pour les prochains mois, démontrent la non-sclérose d'une profession.
Deux limites cependant doivent encadrer le chemin de l'audace journalistique. Une limite interne : les responsables de rédaction se doivent de préserver la crédibilité de leur titre et de leurs journalistes, fondement de leur existence. Le fait d'avoir mis en scène le JT, cathédrale de l'info, et d'avoir trop longtemps maintenu l'illusion de la fiction, nuit ici clairement à l'exercice.
Et si le débat sur la déontologie de la RTBF prend le pas sur l'objectif premier visé par ce JT-fiction - la conscientisation sur l'avenir de la Belgique -, la RTBF devra conclure à l'échec de son idée.
Limite externe ? Chers lecteurs-téléspectateurs, non l'information ne va pas uniquement de pair avec consommation, émotion et réaction. Elle rime aussi avec raison. Et esprit critique.
Recouper l'information, multiplier les sources ne sont pas des exercices réservés aux seuls journalistes. C'est même une manière extrêmement riche de mener son chemin dans la société. Et de stimuler l'information à être meilleure, en se montrant insatiable et exigeant à son égard.

Un mea-culpa, mais pas de sanctions
samedi 16 décembre 2006, 11:22
Après avoir entendu son administrateur général Jean-Paul Philippot et les responsables du "faux JT" sur le séparatisme, le Conseil d'administration de la RTBF n'a pas pris de sanctions. Il a toutefois décidé la mise en place de nouvelles structures de contrôle interne.

e Conseil d'administration de la RTBF a reconnu des erreurs importantes à l'occasion de la diffusion mercredi soir du vrai-faux journal annonçant l'indépendance de la Flandre, mais a confirmé sa confiance dans l'équipe dirigeante.
Dès le début de l'émission, une signalétique plus claire aurait dû avertir le téléspectateur qu'il s'agissait d'une fiction, ce qui a été insuffisamment et trop tardivement établi, regrette le CA de la RTBF dans un communiqué à l'issue d'une réunion extraordinaire vendredi soir. Présentant ses excuses aux téléspectateurs qui se sont sentis choqués et abusés, le conseil demande la mise sur pied rapide d'un comité de déontologie à la RTBF et une réglementation stricte sur la présence de journalistes dans ce genre d'émissions.
Le Conseil estime que l'objectif poursuivi de diffuser une émission d'information sur l'avenir de la Belgique et l'analyse d'un scénario de séparatisme était légitime. La volonté de provoquer la réflexion et le questionnement du téléspectateur sur une problématique importante de notre société répond à une mission caractéristique du service public, souligne le communiqué publié à l'issue de la réunion.
Rechercher la manière de sensibiliser la plus grande partie de nos concitoyens à un débat aussi essentiel que l'avenir de notre pays, est un devoir pour une télévision de service public comme la RTBF, ajoute le Conseil, réafirmant son attachement à une information interpellante, dérangeante, objective, impartiale et audacieuse.
Interrompant mercredi soir ses programmes à une heure de grande écoute, la RTBF a annoncé que la Flandre avait fait sécession et que le roi avait pris la fuite en direction de Kinshasa, capitale de l'ex-Congo belge. Beaucoup de personnes se sont laissées prendre par le réalisme d'un programme multipliant les directs, les analyses et les reportages.
L'impact émotionnel a été énorme, les téléspectateurs inquiets alertant leurs proches par SMS et submergeant d'appels l'ensemble des médias. Si la classe politique a unanimement condamné ce procédé, les sondages ont montré que les Belges étaient plus partagés. Cependant, le conseil d'administration juge légitime l'objectif poursuivi, à savoir un débat sur l'avenir de la Belgique et tient à confirmer sa confiance aux journalistes, hiérarchie et équipe dirigeante, pour tirer les leçons de la soirée de mercredi.
Ce texte n'a pas été approuvé par les membres du parti libéral francophone (MR), qui réclamaient des sanctions fortes contre l'administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot. Le conseil d'administration de la RTBF est composé des représentants des partis politiques francophones, proportionnellement à leur poids au parlement.
Le long communiqué du Conseil d'administration note encore que la responsabilité et la crédibilité de la RTBF sont maintenant clairement engagées: il importe aujourd'hui que les équipes de l'information fassent le meilleur usage de l'attention et de l'émotion qu'elles ont suscitées auprès de leur public.
Le véritable défi que la RTBF s'est lancé, au-delà de l'expérience délicate de mercredi soir, est d'utiliser tout son savoir-faire pédagogique pour éclairer les grands enjeux, bien réels ceux-là, des débats institutionnels des prochains mois. Et ce avec le souci de favoriser le dialogue et la compréhension entre les différentes communautés du pays. C'est par ce biais, principalement, qu'elle fera la démonstration des qualités uniques de l'ensemble des ses journalistes et de la spécificité du service public, conclut le communiqué.
(avec Belga et AFP)

L'article du Standaard: Nous en avons marre
samedi 16 décembre 2006, 09:31
Vendredi, le Standaard publiait un texte de son rédacteur en chef, Peter Vandermeersch. En voici l'essentiel.
Le 10 novembre 1929, notre journal publiait à la une un article pleine page intitulé ,,Aux catholiques wallons''. Toute la page était rédigée en français. C'était en réaction aux ,,fausses représentations qui étaient débitées par les fransquillons aux Wallons'' par une ,,presse fransquillonne... aux forces unies dans une effervescence disproportionnée''.
Près de quatre-vingts ans plus tard il est temps de dire tout haut : "we zijn het beu", nous en avons marre. Nous en avons marre en Flandre du fait que la presse francophone ne fasse pas son travail comme elle le devrait. Et sans se donner la peine de présenter un portrait nuancé de ce qui se vit en Flandre. L',,édition spéciale'' de la chaîne de télévision publique RTBF et les réactions qu'il a suscitées, hier, dans quelques journaux francophones, en disent long à cet égard.


Pour commencer, ce coup de pub déplacé peut s'avérer mortel pour la crédibilité des médias. On ne parle pas d'un groupe d'étudiants de première année en communication qui chercheraient à démontrer la puissance des médias. Il s'agit de la télévision publique, qui a soigneusement préparé l'émission après l'avoir planifiée depuis deux ans. (...)
Mais le plus enrageant dans toute cette affaire est le grand retour des clichés. La Flandre, chers compatriotes francophones, est donc peuplée de porte-drapeaux qui hurlent des cris sauvages. La Flandre possède un parlement super-puissant où les francophones ne peuvent même pas entrer. La Flandre sort à coups de pieds les braves usagers de leur tram lorsque celui-ci atteint les riches abords de la flamande Tervuren. La Flandre est contente de soi et égoïste. (...)
Cette caricature a eu hier quelques suites dans une partie de la presse francophone. Pour La Libre Belgique, ce genre d'émission a le mérite de ,,porter le débat sur la place publique". Mais pas un mot sur l'approche unilatérale et mesquine du ,,débat'' en question.
,,On vous explique ce qui pourrait se passer'', affirme très sérieusement un éminent commentaire en page 3 du journal Le Soir. ,,Le fantasme flamand'' est aussitôt bombardé scénario crédible, y compris les trams retenus à la frontière. Et le quotidien bruxellois de poursuivre sur l'élan de la RTBF en assénant la vision des hôpitaux francophones grevés de dettes, des médecins quittant le pays et bientôt du ,,Sud qui bascule dans la précarité''. Et tout ça à cause des flamands. (..)
Et maintenant ? La télévision publique et les médias francophones comptent-ils persévérer dans leur sotte vérité caricaturale pleine de porte-drapeaux ? Ou alors sont-ils prêts à mettre en place le personnel et les moyens nécessaires à un journalisme en profondeur ? Si c'est le cas ils découvriront sans aucun doute une autre Flandre, bien plus nuancée. Qu'un débat sérieux puisse commencer. Pas sur,,les obsédés de l'indépendance'' mais sur l'organisation compétente et efficace d'un état belge fédéral. Pas sur la fermeture des vannes financières mais sur une solidarité transparente. Si l'édition spéciale de mercredi soir insuffle cet esprit dans la conscience des rédacteurs en chef des médias francophones, alors ce coup de pub aura peut-être eu un effet positif.
Traduction Daniel Berkenbaum

débriefing
Les journalistes se divisent, la ministre écoute



Réunion de la SDJ de la RTBF, réunion des députés francophones, entrevue entre Laanan et Philippot. Ambiance !
On s'est beaucoup parlé, interpellé, écouté, parfois même querellé, tout au long de la journée de jeudi. Autour d'une seule et même question : la RTBF a-t-elle dérapé, mercredi, à l'occasion de la diffusion de son "émission spéciale" sur le pseudo-éclatement de la Belgique ?
Le sujet a notamment mobilisé la Société des journalistes (SDJ) de la RTBF. Sur le coup de 13 heures, une cinquantaine d'entre eux était réunie à Reyers. Certains, l'esprit échaudé, avaient préalablement lancé des appels rageurs envers Yves Thiran, directeur de l'information et de l'éthique. Au terme de plus d'une heure de débat, la SDJ est sortie divisée. Certes, sur le fond, l'unanimité s'est faite sur la nécessité de pouvoir informer "autrement". Sur la forme, en revanche, deux clans se sont affrontés. D'une part, ceux qui jugent que le jeu en valait la chandelle. D'autre part, ceux qui estiment que la RTBF a joué avec des allumettes... Un point d'accord, tout de même : l'exigence d'un débat rapide avec la direction de l'information.
Le sujet était aussi au centre des discussions au Parlement de la Communauté française, jeudi matin, l'ordre du jour de la Commission Culture ayant été modifié à la demande de son président Pierre-Yves Jeholet (MR). Un docu-fiction "irresponsable", a jugé le député libéral, "qui porte atteinte aux institutions, au Roi, aux francophones en général, au gouvernement et au Parlement de la Communauté française en particulier".
La ministre Laanan (PS) n'aura donc pas été interpellée en séance, hier matin. Elle a demandé dès hier un rapport circonstancié aux deux commissaires du gouvernement, Henri Ingberg et Jean Leblon, qui siègent au conseil d'administration de la chaîne publique; elle a aussi saisi le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) pour entamer une procédure d'instruction; enfin, à 13 heures, Fadila Laanan s'est entretenue durant plus d'une heure avec Jean-Paul Philippot.
Après cette rencontre, à laquelle participait Yves Thiran, la ministre socialiste a répété qu'il était trop tôt pour parler de sanction (d'autant que s'il devait y en avoir, elle serait du ressort du conseil d'administration) mais que, "sur base de pièces utiles", elle "prendra ses responsabilités". "Le choix d'une émission de fiction a été fait par l'ensemble des responsables de l'information, de la télévision, et des rédactions, dans le respect de la procédure interne de la RTBF : il n'était donc pas improvisé et je l'assume", a pour sa part déclaré M.Philippot.
et P.-F.L. © La Libre Belgique 2006


Après l'émission de sécession-fiction belge...
Publié le 15/12 à 17:54
Jacques Chirac s'est exprimé vendredi sur l'émission de la RTBF annonçant la sécession de la Flandre

De nombreux Belges ont vraiment cru à une sécession de la Flandre.
Mercredi à 20h15, heure de grande audience, la chaîne publique a abordé de la plus fracassante des manières l'un des sujets les plus brûlants du pays, provoquant un immense émoi dans la population et l'indignation de la classe politique belge.Vendredi, Jacques Chirac a qualifié le coup d'éclat de la RTBF de "canular de mauvais goût".
Interrogé sur cette émission lors d'une conférence de presse à la fin du sommet de l'Union européenne à Bruxelles, le Président français a juste répondu: "Je n'ai aucun commentaire à faire sur un canular de mauvais goût."Si le directeur de la chaîne RTBF Alain Gerlache s'est justifié en expliquant avoir amené sur la place publique un débat important, beaucoup de politiques ont condamné une attitude jugée irresponsable.
Au sommaire
Une émission spéciale Des réactions outrées dans la classe politique

Une émission spéciale
Par souci de réalisme, la RTBF a fait mine d'interrompre un programme en cours pour diffuser une émission spéciale annonçant: "La Flandre a proclamé son indépendance!", ou encore "la Belgique n'existe plus!" L'émission a duré près de deux heures.Un seul élément, quelque peu ambigu, permettait au téléspectateur vigilant de comprendre qu'il s'agissait d'un canular, la diffusion, avant l'émission et l'espace de quelques secondes d'un message indiquant: "Ceci n'est peut-être pas une fiction...", par référence au tableau du peintre belge Magritte représentant une pipe, mais intitulé : Ceci n'est pas une pipe.Le réalisme allait très loin, plusieurs politiques s'étant prêtés au jeu, donnant de fausses interviews sur le sujet d'une partition belge irréelle. A la fin de l'émission, la RTBF a appelé les téléspectateurs à lui envoyer un SMS indiquant s'ils avaient été abusés ou non par la fiction, 6% ont déclaré y avoir cru jusqu'au bout, 89% y avoir cru au début, et 5% seulement ne pas y avoir cru du tout. A en croire la présidente du Sénat belge, certains ambassadeurs à Bruxelles eux-mêmes ont été abusés et ont envoyé des messages dans leur capitale...Le nombre de crédules aurait pu être plus nombreux encore si la ministre de l'Audivisuel de la Communauté francophone, Fadila Laanan, n'avait demandé l'affichage d'une mention "ceci est une fiction", et n'avait été exaucée.


Des réactions outrées dans la classe politique
L'intervention de la ministre, assortie de ce commentaire: "Je trouve honteux l'utilisation d'un tel procédé qui a plongé les citoyens dans une telle crainte", est un bon exemple de l'indignation qu'a exprimée un grand nombre d'hommes et de femmes politiques belges.Elio di Rupo, membre du parti socialiste belge, a condamné une émission "au goût douteux", ajoutant encore : "des canulars de ce type n'ont pas de place dans ce pays." Lui a fait écho la réaction du ministre de la Défense, André Flahaut, membre du PS, qui, s'exprimant à titre personnel, a déclaré: "On ne joue pas avec les institutions."Le Mouvement Réformateur (MR) a réagi dans le même sens que le PS, se disant "consterné et indigné", les Libéraux demandent des comptes à la ministre de l'Audiovisuel de la communauté francophone.Le Premier ministre belge Guy Verhofstadt lui-même s'est indigné, qualifiant l'émission de "très mauvais Orson Welles", en référence au feuilleton américain La Guerre des mondes, qui avait fait croire à des milliers d'Américains que les extra-terrestres débarquaient aux Etats-Unis.Côté flamand, les condamnations sont moins unanimes: Filip Dewinter, chef du groupe Vlaams Belang au Parlement flamand, qui milite pour une sécession flamande, était ravi de l'émission, qui permet, selon lui de "parler librement de l'indépendance de la Flandre et de la Wallonie". Yves Leterme, vice-président flamand a quant à lui évoqué une blague de mauvais goût.Pour se justifier, le directeur de la chaîne, Alain Gerlache a avancé que l'émission avait permis que le débat sur une scission belge "soit réapproprié par la population". Il a encore expliqué que ce programme était dans la tradition la plus pure de la RTBF: "Dans les années 60, on disait que l'on faisait de l'information dérangeante à la RTBF, eh bien, nous sommes fidèles à nous-mêmes."


Lettre ouverte au Roi
Le 15 décembre 2006
Sire,
Voici dix ans, notre collège a décidé de créer dans les deux classes supérieures un cours de citoyenneté. Je dois Vous avouer que la tâche n'est pas toujours facile d'intéresser les jeunes de 17 ans à la politique. Quoi qu'il en soit, nous avons toujours tenu bon. Nous complétons ces cours par des invitations d'hommes politiques, de magistrats, de chefs d'entreprises,...
Ces derniers temps, les divers scandales politiques ont encore compliqué notre mission, allant jusqu'à semer le doute non seulement chez les jeunes mais en moi-même également... « A quoi bon... ? »
Un des grands reproches des élèves à ce que je résumerai par « la politique » est son caractère parfois ésotérique et confidentiel. Tous ces grands débats sont, pour eux, réservés à un groupe fermé constitué d'hommes politiques et d'intellectuels : la politique, ils la voient au travers de débats souvent stériles, pour ne pas dire ridicules, présentés le dimanche midi. Nous n'avons pas les guignols de l'info mais chez nous, la réalité dépasse souvent la fiction.
Nos jeunes pensent souvent à leur « petit » présent égoïste, à leurs difficultés familiales, à leurs sorties mais - je Vous l'assure - ils rêvent aussi à un avenir meilleur, à un idéal aussi élevé que leurs parents ou grands-parents. Et de quoi leur parle-t-on ? De l'arrondissement BHV, des facilités dans telle ou telle commune, d'une circulaire Peeters. Et lorsqu'on évoque ces problèmes ou d'autres, c'est souvent dans un langage compliqué et dans des discussions techniques. MAIS « ils devraient s'intéresser à la politique ».
Dans les cours, on leur parle de tolérance, d'humanisme, de fraternité. Spontanément, ils rêvent de rencontres, de découverte de l'autre. Pour eux, du moins la majorité, ce que certains s'obstinent à appeler les « querelles communautaires » sont des inventions de cénacles qui en ont fait leur fonds de commerce.
Ce mercredi 13 décembre, une émission de la RTBF a sorti la population de sa léthargie. Oui, la Belgique « a vécu ». Soudain, des dizaines de milliers de gens se sont sentis concernés par la Politique. Très tard, pendant l'émission, j'ai reçu des mails de mes élèves pour me demander ce que j'en pensais. Ce matin, malgré l'examen de math, la plupart des élèves commentaient l'événement, non seulement sa forme mais aussi son contenu... Un cours improvisé se créait dans le hall...
Les journalistes de la RTBF ont réussi à ce que des citoyens ordinaires, dont des jeunes, se réapproprient la Politique. L'émotion a bien sûr joué mais que serait la vie sans l'émotion ?
Un autre « docu-fiction » a été réalisé en 1993. Votre Majesté voudra bien m'excuser pour mon audace, particulièrement pour un événement qui La touche intimement. Le 31 juillet, l'impensable était arrivé : le Roi était décédé. Des centaines de milliers de Belges - j'en étais - se sont précipités pour rendre un dernier hommage au Souverain mais aussi, à travers lui, à la Belgique. Durant les quelques années précédentes, « on » avait tenté de décrédibiliser la Belgique et également son soutien : la Monarchie (affaire de l'avortement). Ce 31 juillet, les citoyens se réappropriaient la Politique, en affirmant leur soutien à l'Essentiel : « Vivre ensemble malgré les difficultés. »
Au lendemain de l'émission de la RTBF, la majorité des hommes et femmes politiques condamnent les journalistes et déclarent que la Politique n'est pas une comédie - certains s'y connaissent évidemment bien en la matière - tout en admettant que le sujet est important. Ils me semblent réagir comme des enfants à qui on vient de prendre leur jouet. « Portons l'attention sur la forme plutôt que sur le fond. » Peut-être parviendra-t-on une fois de plus à noyer le poisson... Et dire que mes élèves qui suivent majoritairement un cours de théâtre pensent que la politique belge n'est qu'une comédie !
Sire, en m'adressant à Vous, par cette lettre ouverte, j'espère toucher tous les responsables politiques de ce pays. Depuis des années, nous entendons régulièrement « cette fois nous avons entendu le signal des citoyens » ou « les électeurs ont parlé : entendu cinq sur cinq »... Ce fut aux premiers progrès de l'extrême droite, puis aux multiples suivants, ce fut lors du drame des enfants assassinés, ce fut lors des scandales de Charleroi, ce fut....
Et à quel titre j'ose le faire ? Celui d'un simple citoyen, qui a pour mission d'en former d'autres, qui depuis quelque temps s'interrogeait sur l'opportunité de celle-ci mais qui depuis hier a pris la résolution de se réapproprier la Politique et d'inciter ses élèves à l'imiter.
Dans l'espoir que Votre Majesté accueillera avec intérêt cette lettre ouverte, je La prie de croire en mon profond respect.
Philippe Van Malder
Professeur au Collège Pie X Châtelineau

Lettre à nos amis flamands
DELVAUX,BEATRICE
samedi 16 décembre 2006, 09:42
Beste vrienden, Vous vous insurgez à grands cris contre l'image caricaturale qu'a donnée de la Flandre la fiction de la RTBF sur la mort de la Belgique. Vous nous accusez même d'être tous complices, nous les journalistes francophones.
Caricaturale, l'émission ? Elle l'était. C'est le genre imposé d'une telle fiction. Si la scission devait devenir un jour réalité, sachez qu'elle aurait aussi, dans la vie des gens, un impact caricatural. Mais de là à prétendre que les francophones vous ignorent, vous caricaturent systématiquement, non ! C'est faux et c'est injurieux à notre égard. Non, nous ne vous dépeignons pas qu'à coups de clichés. Oui, nous dirigeons nos enquêtes, nos reportages, nos analyses vers ce qu'on vit et ce qu'on dit en Flandre.
Interrogez-vous. Pourquoi pensez-vous que l'immense majorité des téléspectateurs y a cru, à l'indépendance de la Flandre, à la mort de la Belgique ? Parce que quand vous dites « confédéralisme », les francophones comprennent « séparatisme ». Serions-nous moins intelligents ? Non. Au contraire, nous sommes, sans cesse, à votre écoute. Nous nous efforçons de décoder l'ambiguïté de certains discours. Quand votre ministre-président, Yves Leterme, dit que la Belgique n'a pas de valeur ajoutée, nous, francophones, en déduisons qu'il la rejette. Quand le cartel flamand CD&V/N-VA, première force politique de Flandre, annonce, pas plus tard que mardi, qu'il exige l'autonomie dans tous les domaines, des soins de santé à l'emploi, de la fiscalité à la SNCB, de la Justice à la police, nous comprenons, nous francophones, que vous ne voulez plus rien gérer avec nous. Quand vous parlez de confédéralisme, nous y voyons une coquille vide. Quand vous dites aspirer à un Etat plus efficace, nous craignons que vous souhaitiez surtout réduire les transferts de la solidarité. Nous ne sommes pas naïfs.

« Nous en avons marre », écrivait vendredi le rédacteur en chef du Standaard (lire page 2).
Cher Peter Vandermeersch, sachez que nous aussi, nous en avons parfois marre de vos clichés. Marre d'être décrits comme des paresseux, des chômeurs qui refusent de travailler. Marre d'être dépeints comme des assistés, qui se plairaient à vivre aux crochets des Flamands travailleurs. Marre d'entendre dire que nous sommes intellectuellement incapables d'apprendre le néerlandais.
La caricature ne fait pas progresser le débat. Elle le tue. Le Soir a depuis longtemps investi temps et espace dans l'enquête et la rencontre avec la Flandre. Ne citons que les exemples récents : Bénédicte Vaes a séjourné dans la rédaction de la Gazet van Antwerpen avant les élections communales, nous avons échangé avec De Morgen nos pages opinion et nos critiques théâtrales, publié un éditorial commun en français à l'occasion du festival « Toernee general » et d'autres projets uniront en 2007, Morgen, KVS, Soir et Théâtre national. Nous consacrons chaque lundi une revue de presse aux journaux néerlandophones. Nous publions des sondages reprenant les résultats pour l'ensemble du pays là où celui du Standaard se contente de suivre la Flandre et ses Bekende Vlamingen.
Alors, cher Peter Vandermeersch, Le Soir vous fait cette proposition : nos deux journaux ont des liens proches, mais nos positions éditoriales divergent souvent sur les enjeux communautaires. Mettons dès lors nos esprits critiques et notre professionnalisme en commun au service d'une grande enquête sur la Belgique et ses régions, que nous publierons avant les élections. Le devenir de la Belgique mérite mieux que des humeurs, il impose la rigueur.
Vous êtes partant ?
"Une caricature des exigences flamandes", selon Leterme
Selon le ministre-président flamand, Yves Leterme (CD&V), l'émission-fiction dans laquelle la RTBF a mis en scène, mercredi, l'indépendance de la Flandre, constitue "une caricature d'un certain nombre d'exigences flamandes".M. Leterme y voit un jeu politique qui rend impossible un bon débat sur l'avenir de la Belgique. "C'est une manière très douteuse de soi-disant susciter le débat. Il s'agit seulement d'une recherche de sensationnalisme et d'une caricature d'un certain nombre d'exigences flamandes. J'y vois aussi une intention politique cachée", a déclaré jeudi le ministre-président flamand sur les ondes de la radio publique flamande VRT. "Ces méthodes sont indignes dans une société démocratique qui fonctionne bien", a-t-il ajouté.

Di Rupo prône l'union des francophones

samedi 16 décembre 2006, 10:01
Di Rupo tire les leçons du reportage RTBF : le risque de la scission du pays, la prise de conscience francophone... Le président du PS vise au Nord le cartel CD&V/N-VA, et le Belang


Le président du PS tire les leçons du docu-fiction de la RTBF et convoque maintenant les francophones...
Mercredi soir, les politiques ont réagi durement à l'émission de la RTBF. Trop durement ?
Parce que le moment était grave. Une partie de la population, surtout les gens plus vulnérables, étaient en panique, et nous avions donc un double devoir : les rassurer, et défendre les institutions. A commencer par le Premier ministre.
« Défendre les institutions »... Quoi, elles étaient en danger ?
L'image que l'on en donnait à l'écran pouvait laisser penser à un danger soudain. Il nous fallait recréer de la « stabilité ».
Le rôle que l'on a fait jouer au Roi dans le scénario RTBF, en fuite, pitoyable donc, n'est-ce pas cela qui a poussé les politiques à réagir aussi vigoureusement ?
Pas impossible.
N'était-ce pas là, au fond, le problème, le vrai ?
Ce fut, en effet, un élément clé de l'émission. Présenter le Roi comme un déserteur, cela a dû créer une peur, une profonde incompréhension dans une très grande partie de la population.
Imaginons que, dans le docu-fiction, le Roi soit resté au pays pour s'adresser à la nation...
... Si le scénario de la scission devait se produire réellement, le Roi, certainement, se dresserait contre cet état de fait, s'adresserait à l'opinion publique, rassemblerait les corps constitués.
Ce qui aurait modifié la perception du reportage...
Vraisemblablement. Au moins, tout cela a montré à quel point nos concitoyens sont attachés à notre pays. En fait, il faut distinguer plusieurs choses. Quant à la forme de l'émission : utiliser des journalistes pour une fiction reste pour moi un gros sujet d'interrogation. Ajoutez, on l'a dit, le sort fait au Roi. Et la confusion entre réalité et fiction. Mais par-delà la forme, essayons de transformer cet événement en une opportunité. Pour les francophones, et pour la stabilité du pays.
L'émission met en scène un scénario catastrophe montrant à quel point l'on pourrait arriver si les thèses de certains responsables politiques flamands, notamment du CD&V/ N-VA (et je pense surtout à la N-VA) ou du Vlaams Belang, devaient triompher.
En cela, l'émission a permis une prise de conscience forte.
Les thèses du cartel CD&V/N-VA conduisent à la scission ?
Je suis formel : celles répétées après le remariage l'autre jour du CD&V et de la N-VA, exigeant la régionalisation de l'emploi et des soins de santé entre autres, ces thèses, oui, conduiraient, dans la durée, à la scission. Attention, ne mélangeons pas : ce n'est pas la Flandre, ce ne sont pas les Flamands, ce ne sont pas tous les partis flamands... C'est fondamental. Et je soutiens qu'il faut un dialogue des cultures avec la Flandre, du respect mutuel, participer à la négociation gouvernementale de 2007 en se respectant les uns les autres, en essayant de voir comment on peut avoir des avantages partagés... Mais la manière outrancière avec laquelle un Yves Leterme s'exprime vis-à-vis du PS, ça, je ne l'accepte pas.
Justement, il vous attaque dans le « Morgen » de vendredi : le PS caricature les positions flamandes, c'est lui qui déstabilise l'Etat, sa gestion de la Wallonie est une catastrophe...
Alors là !... J'affirme que le PS, qui a partagé le pouvoir tantôt avec le MR, tantôt avec le CDH, est vraisemblablement le parti qui a permis à la Wallonie de rester debout alors qu'elle a connu un cataclysme social, une hécatombe ! Si aujourd'hui, malgré les difficultés, il y a encore énormément de lieux où il fait bon vivre en Wallonie, un espoir qui renaît, les universités parmi les meilleures au monde, un potentiel culturel exceptionnel, un territoire parmi les plus beaux d'Europe, des villes rénovées comme rarement ailleurs... Tout cela, on le doit « aussi » aux socialistes !
Leterme déplore les « affaires » à répétition...
Mais quand il y a eu des « affaires » au Nord, nous n'avons pas dit que la Flandre était pourrie à cause du CVP de l'époque ! La tactique de Leterme est simple, et les francophones doivent faire bloc : il dit que l'ennemi est à l'extérieur pour faire valoir ses arguments auprès de son opinion publique. C'est tactique, politicien. En face, je plaide un militantisme d'union des francophones : défendre ensemble nos intérêts. J'en reviens à l'émission de la RTBF, à la prise de conscience...
Yves Leterme reste malgré tout un interlocuteur ?
Comme tout démocrate. Mais sa manière d'attaquer le PS montre bien que si nous étions affaiblis, alors, sa thèse, celle du confédéralisme, antichambre du séparatisme, aurait des chances d'aboutir.
Oui, mais : les poches de chômage en Wallonie, à Charleroi...
Arrêtez !... Je voudrais que dans la presse, on dise que la Wallonie, c'est autre chose que les « poches de chômage » ! C'est normal d'avoir écrit et montré tout ce qu'on a écrit et montré sur les « affaires » ; des gens doivent être jugés s'il le faut, et sanctionnés. Mais ce PS n'est pas le mien. Et la Wallonie c'est une terre de talents ! Bon sang !
Expliquez ça à Charles Michel...
Dans l'opposition en Wallonie, le MR croit que le seul moyen de revenir au pouvoir, c'est de détruire. La galaxie des Michel est marquée par la rancoeur, la rancune. Cela dit, même s'il y a eu des excès de langage de part et d'autre, je ressens plus de modération quand on discute avec M. Reynders qu'avec certains lieutenants.
L'union francophone...
J'ai lancé les invitations aux présidents du MR, du CDH et d'Ecolo. Nous nous rencontrerons la semaine prochaine. Je n'en dis pas plus. On ne dévoile pas ses plans à l'adversaire...
Ce secret renforce l'idée qu'il se passe quelque chose de grave... De fait : on veut nous conduire vers la division du pays. L'attitude de certains Flamands pourrait conduire le pays à la crise, à la scission, je vous l'ai dit. En face, notre attitude sera celle-ci : lorsque les néerlandophones viendront avec leur liste d'exigences, notre réponse sera proportionnée. Nous avons en réserve une série d'idées, comme l'extension de la Région bruxelloise, avec un lien territorial avec la Wallonie.
« Réponse proportionnée », cela signifie qu'on pourrait, par exemple, échanger l'emploi contre l'élargissement de Bruxelles ?
Allons ! Il y a des éléments fondamentaux et intangibles. Nous n'entrerons dans aucune négociation qui pourrait conduire à la destruction du pays, dans aucune discussion qui pourrait conduire à la déstructuration de la sécurité sociale.
Ils veulent tous scinder l'emploi : Leterme, Vande Lanotte...
Si l'idée est d'adapter les politiques à des réalités régionales, eh bien, faisons-le, mais dans le cadre fédéral. Sans régionaliser.
Les marchés du travail sont trop différents, disent-ils...
Une économie en restructuration et l'autre florissante, ce n'est pas tout à fait la même chose, en effet, mais ce n'est pas du tout une raison pour régionaliser. Quand on a une blessure à une jambe, on coupe la jambe ? On la soigne. Cherchons ensemble des solutions intelligentes pour chacun. Scinder la concertation sociale, scinder les conventions collectives, c'est totalement inacceptable. On n'en discute pas.
Alors, la marge de négociation est infime...
Non. La négociation à laquelle je pense est très vaste : que fait-on des nouveaux besoins sociaux, comment va-t-on financer la Sécu, quelles mesures prendre pour rendre notre pays plus compétitif, comme innover davantage, que fait-on contre le réchauffement climatique, comment réagit-on à la mondialisation, à l'essor de la Chine ?
Toutes ces choses concrètes, stratégiques pour nos sociétés, seront sur la table de la négociation gouvernementale en 2007. Voilà, pour moi, la négociation utile.
Il peut y avoir du répondant du côté flamand ?
Il le faut. Nos concitoyens ont montré leur attachement au pays. Alors, on s'y consacre, oui ou non ?
Aux fêtes de Wallonie, vous aviez lancé que les francophones pouvaient vivre ensemble, seuls, sans la Flandre.
Les francophones ne sont pas dans cet état d'esprit. Pas de fuite en avant. Aux fêtes de Wallonie, j'avais voulu tirer la sonnette d'alarme, montrer le danger que nous courons. Cela n'avait pas eu le même écho que l'émission de la RTBF, voilà. Maintenant, oui, il y a une prise de conscience.

La fiction continue, dit Reynders

Le président du MR Didier Reynders s'étonne, dans une réaction à l'Agence BELGA, de lire dans Le Soir que le président du PS Elio Di Rupo aurait convoqué les francophones pour évoquer l'avenir du pays après le faux JT de la RTBF mercredi.
Il s'agit-là du deuxième épisode de la fiction RTBF-Le Soir, on aura peut-être un coffret pour les fêtes, s'étonne Didier Reynders. Selon le président du MR, Elio Di Rupo lui a adressé le 29 novembre dernier, une invitation à se réunir le 20 décembre à 10 heures dans les locaux du Parlement de la Communauté française pour préparer une position francophone pour l'échéance institutionnelle de 2007.
Je n'ai pas à être convoqué mais je suis prêt à répondre à une invitation, dit-il. Je suis sidéré de lire comment Le Soir présente les choses. Je ne sais pas si c'est leur initiative ou celle d'un président de parti, souligne-t-il.

Didier Reynders réfute le scénario retenu par le quotidien vespéral selon lequel la réunion entre francophones se tiendrait à la suite du faux JT de la RTBF. Le président du MR a refusé samedi de s'exprimer sur la radio-télévision de service public. Je ne veux pas participer à cette tentative d'instrumentalisation, justifie-t-il.
Didier Reynders rappelle par ailleurs que le MR est demandeur, outre de la détermination d'une position francophone face aux revendications flamandes, de certaines exigences concernant l'organisation dans le sud du pays.
Il s'agit de demander une meilleure gouvernance, une meilleure gestion des budgets, mais aussi de tirer les leçons de ce qui s'est passé à la société wallonne du logement, à l'Agence Wallonne pour l'Intégration des Personnes Handicapées (AWIPH), ainsi que des événements récents à la RTBF, cela en vue de valoriser l'image francophone avant de rencontrer les Flamands, précise le président du MR.

Reynders veut des sanctions
La fiction diffusée mercredi soir par la RTBF, relative à une proclamation d'indépendance de la Flandre, continue à susciter la polémique. Le président du MR, Didier Reynders, ne se satisfait pas de la position prise par le Conseil d'administration de la RTBF.

Source:Info radio - 16 déc 2006 18:28

VIDEO• Elio Di Rupo réagit à l'émission de la RTBF • Pétition de soutient à la RTBF
ARTICLES• RTBF: erreur mais pas faute• Vifs débats autour de la RTBF• Le patron de la RTBF s'explique
Didier Reynders, interviewé dans la Libre Belgique ce samedi matin et qui refuse pour le moment de donner toute interview à la RTBF, n'est pas loin de voir dans tout cela la main du PS. En tout état de cause, il ne se satisfait pas de l'absolution offerte vendredi par le Conseil d'administration de la RTBF. Didier Reynders veut des sanctions fortes.

Le président des libéraux, comme d'ailleurs les administrateurs libéraux du Conseil d'administration de la RTBF, estime qu'il y a eu une faute lourde et pas seulement des erreurs d'appréciation. Didier Reynders veut donc des sanctions. Pour lui, «l'affaire ne s'arrêtera pas là». Il y a d'ailleurs encore le rapport des commissaires du gouvernement à attendre et les auditions la semaine prochaine au Parlement de la Communauté française.

Et puis, il relève les contradictions des autres partis, essentiellement le parti socialiste, dont le président, Elio Di Rupo, la ministre responsable, Fadila Laanan, et la ministre Onkelinx ont eu des mots très durs et scandalisés à l'égard de l'émission et qui, aujourd'hui, passent l'éponge en effectuant une curieuse courbe rentrante.

Et puis Didier Reynders, qui refuse toute interview à la RTBF, s'interroge sur le fait que, comme par hasard, le PS médiatise ce samedi matin dans le journal Le Soir une réunion des présidents de parti prévue de longue date dans le cadre de la préparation des futures négociations communautaires.

Bref, à quoi rime ce show, nous dit-il. Le PS devait être au courant des dessous de l'émission. Une émission dont les vertus citoyennes sont loin de le convaincre, comme d'ailleurs les administrateurs MR de la RTBF. Elle aura plus alimenté la caricature et les extrémismes, estiment-ils, en jouant essentiellement sur le registre de l'émotion.

La vraie victime de la fausse scission ?


Jean-Paul Philippot assume l'émission déjà historique de mercredi soir. Il risque d'en faire les frais. Injustement ?
Parallèlement, Philippe Dutilleul, réalisateur de l'émission-fiction en cause a présenté son ouvrage "Bye-Bye Belgium", comme une prolongation à l'émission.
A u fur et à mesure de la soirée de mercredi, ceux qui le connaissent bien ont vu, devant la proportion prise par les événements, Jean-Paul Philippot commencer à blêmir. Au point que certains ont imaginé la tête de l'administrateur général de la RTBF sur le billot.
Et notamment en entendant Laurette Onkelinx, vice-Première ministre PS, déclarer l'émission « inacceptable » - parce que la RTBF aurait rompu le cordon sanitaire réduisant l'extrême droite au silence sur les antennes du service public. Une attaque que rejette catégoriquement le patron de la RTBF : « Je m'insurge contre toute récupération des événements par l'extrême droite. Nous n'avons en rien enfreint les réglementations internes de la RTBF vis-à-vis de l'extrême droite. Le code de déontologie prévoit que l'extrême droite n'a pas voix au chapitre chez nous dans des émissions en direct, dans des débats par exemple, où elle peut être incontrôlable. La réaction de Filip Dewinter était enregistrée et donc encadrée comme l'étaient les paroles des représentants du Vlaams Belang ou du Front national dans les reportages de Jean-Claude Defossé. »



C'est ce type d'éclaircissements que souhaite avoir la ministre de l'Audiovisuel de la Communauté française, Fadila Laanan (PS), qui a convoqué, hier, Philippot et le directeur de l'information et de l'éthique de la RTBF, Yves Thiran. Réponses, écrites, attendues pour lundi. La ministre a par ailleurs demandé rapport à ses deux commissaires du gouvernement auprès du Conseil d'administration de la RTBF.
Suffisant pour calmer les esprits et faire retomber le soufflé ? Ou bien, dans le « contexte actuel », comme dit Verhofstadt, les tensions politiques pourraient-elles mener à des sanctions vis-à-vis de la hiérarchie de la RTBF, voire actionner l'un ou l'autre fusible, fût-ce Philippot, pour assouvir une soif du politique de punir cet acte « irresponsable » ? Trop tôt pour le dire.
Les discussions sur le contrat de gestion ont montré l'énorme enjeu politique que revêtait la RTBF, régulièrement présentée comme un suppôt du PS par le MR. Or, les choses ne sont pas si simples. Que l'administrateur général de la RTBF soit étiqueté PS est une évidence. Qu'il soit aux ordres du parti est loin d'en être une autre.
Quelles qu'aient été les « affaires » auxquelles l'info estampillée RTBF a été confrontée ces derniers mois (la diffusion du film « Vlaamse Choc » de Peter Boeckx, le MR Alain Destexhe s'estimant « censuré » dans un reportage de « Questions à la une » sur le plan Marshall, la révélation de plusieurs affaires carolos par la RTBF et le « Pétasses » lancé par Jean-Claude Van Cauwenberghe à des journalistes de la maison...), Jean-Paul Philippot a, comme le faisait son lointain et brillant prédécesseur Robert Wangermée, toujours défendu ses troupes face au pouvoir politique, à son CA et aux pressions qui pesaient sur ses épaules. L'ancien rédacteur en chef du JT, Pierre Delrock, disait qu'« une chose est de subir des pressions, une autre est de savoir ce qu'on en fait ». Philippot n'y a jamais donné suite. Comme le résume, Jean Libon, producteur de « Tout ça », « dès mercredi soir, j'ai vu certains ouvrir leur parapluie mais, moi qui ne suis jamais le dernier à critiquer la hiérarchie de cette maison, je peux dire que Philippot assume les événements d'une façon exemplaire ». Une « indiscipline » qui force le respect. Sauf à accréditer la thèse de partis politiques qui rêveraient peut-être d'un retour à un ministère de l'Information, prévenu du contenu des émissions et ayant un pouvoir de contrôle avant leur diffusion.

Le Prince Philippe a douté

D'après le journal télévisé de RTL-TVi, le Prince Philippe en mission économique en Bulgarie serait apparu "légèrement paniqué" mercredi soir. Selon plusieurs témoins, le Prince aurait vécu quelques minutes de doutes. Alors que le contexte est actuellement explosif pour la famille royale belge, l'émission de la RTBF affirmait en effet que le Roi avait fui à l'étranger. Quelques minutes d'incompréhension et de panique tranquille ont traversé la pièce réunissant ministres belges et bulgares ainsi que le Prince. Apprenant qu'il ne s'agissait que d'une fiction, les travaux ont repris, non sans un parfum d'angoisse surréaliste. "Ce n'est pas le rôle du Palais de commenter ou de condamner des programmes TV ou des initiatives de presse. Nous constatons simplement que ce programme avait les caractéristiques d'un canular de mauvais goût", a indiqué ce jeudi le porte-parole du Palais.Ce constat du Palais porte sur l'ensemble de l'émission et non pas uniquement sur la manière dont la famille royale a été mise en scène, a précisé le porte-parole, ajoutant également que le Palais n'avait pas "d'état d'âme particulier, ni sur le fond ni sur la forme de l'émission"

Aucun commentaire: