17 juin 2008

L'électeur musulman vote surtout pour le PS

Une enquête "sortie des urnes" du Cevipol (ULB) éclaire le scrutin de juin 2007.
En Communauté française, un peu plus de deux électeurs musulmans sur cinq (43,1 pc) votent pour le Parti socialiste. Les choix pour les autres partis sont bien plus éparpillés mais c'est quand même le CDH qui tire le mieux son épingle du jeu avec 18,7 pc de l'électorat musulman pour 14,8 pc au MR et 10,5 pc pour Ecolo. De manière surprenante, 1,3 pc des électeurs musulmans ont accordé leur voix au Front national. Quant au choix de partis nettement identifiés comme s'inspirant peu ou prou de l'islam, il ne couvre que 4,5 pc de l'électorat, du moins à Bruxelles où de telles listes ont participé au scrutin. Ce sont les grands enseignements parmi d'autres d'une enquête "sortie des urnes" menée à l'occasion des élections législatives du 10 juin 2007 par le Cevipol, le centre d'étude de la vie politique de l'Université libre de Bruxelles. Ses résultats sont d'autant plus intéressants que l'on prend le pouls des électeurs à un moment où ils sont ouverts aux diverses sensibilités politiques, en phase avec leur choix, la seule limite étant que sortant des isoloirs, les électeurs aspirent parfois à vaquer à d'autres occupations...
Pascal Delwit et Emilie van Haute qui ont coordonné l'enquête ont voulu voir si les lignes de démarcation traditionnelles, lisez : les clivages philosophiques mais aussi socio-économiques - étaient toujours aussi prégnantes dans les choix des électeurs.
C'est ce qui explique que l'ouvrage qu'ils viennent de sortir comprend des chapitres sur le vote des catholiques (qui reste la religion majoritaire chez nous) mais aussi sur celui des musulmans à côté de contributions sur le capital scolaire, les questions socio-économiques ou encore les positionnements ethnocentriques ou universalistes.
Les politologues de l'université libre-exaministe avaient donc retenu aussi la variable clé de l'orientation philosophique.
Sécularisation électorale
Il en ressort d'abord quelques constats étonnants sur les appartenances philosophico-religieuses des électeurs interrogés dans trente communes wallonnes et bruxelloises.
Ainsi, 59,1 pc des électeurs du CDH se disent catholiques (ou chrétiens) mais un électeur sur quatre est agnostique ou athée alors que 16 pc se revendiquent d'autres religions. Au PS, l'électorat croyant (un tiers chrétiens, deux cinquièmes d'autres religions) coiffe d'une courte tête les non-croyants (45,2 pc) alors que le rapport est inverse dans les rangs du MR où 45 pc de chrétiens et 8,9 pc d'autres courants l'emportent sur les non-croyants.
Enfin, Ecolo est le parti dont le public électoral est le plus non-croyant (55,2 pc) pour un tiers de chrétiens et 12 pc d'autres croyants. A noter, enfin, que près d'un électeur sur deux du FN est non-croyant.
Ces données éclairent déjà d'une certaine manière le rôle des électeurs musulmans. Mais Giulia Sandri et Nicolas De Decker ont voulu aller plus loin. Ils ont ainsi constaté qu'au niveau de la pénétration des partis, les musulmans belges votaient majoritairement à gauche.
Une confirmation en fait des élections régionales de 2004. Autre constat : c'est le CDH qui a gagné le plus de voix d'une élection à l'autre et pour les politologues de l'ULB, les humanistes ont été perçus comme le parti de référence pour des électeurs ayant des valeurs religieuses profondes, indépendamment d'une appartenance partisane spécifique. Reste que les musulmans ont voté surtout pour le PS. Pas seulement parce que ce parti avait beaucoup de candidats issus de l'immigration mais aussi parce qu'ils ont retenu davantage les réalités socio-économiques et leur positionnement sur l'échiquier social que les facteurs strictement religieux.
"Le vote des Belges (Bruxelles - Wallonie, 10 juin 2007", Pascal Delwit et Emilie van Haute, Editions de l'ULB.

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